RPG Saint Seiya : Saints Of The Past
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 [1751] Dans l'Attente... (Krauser)

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Narcisse


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MessageSujet: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Lun 9 Juil - 12:30

¤ 1 ¤
Tandis qu’il n’y a aucune certitude dans l’attente…
… On trouve bien plus de passion dans la recherche active d’un but à atteindre ! C’est en tout cas ce que se dit Narcisse tandis qu’il voyage à travers les rêves et les mondes à la recherche du dit « but à atteindre ». Car en réalité le Dieu du Rêve ne saurait trouver de but à l’heure actuelle. Les directives laissées par Hadès et les Dieux jumeaux n’ont pas été les plus précises du monde. Remarque que cela n’aurait rien changé pour lui si elles avaient été concrètes : Narcisse n’en fait toujours qu’à sa tête en fin de compte.

Tant et si bien qu’il finit par découvrir des choses intéressantes, en Asie. Plus particulièrement en Inde d’ailleurs. Le conflit entre Français et Britanniques y est là-bas exacerbé par des enjeux économiques plus qu’importants, dans lesquels les indiens eux-mêmes ne prennent pas part. Une situation dont l’idiotie conforte le Spectre dans son idée d’envenimer encore plus la situation… Est-ce que cela lui rapporte quelque chose ? Pas spécialement. Disons que sous couvert d’amusement, ceci sera également une étincelle de plus sur la grande poudrière humaine. Une étincelle qui, accumulée avec beaucoup d’autres, pourrait bien faire exploser des conflits comme ceux d’antan.

Il y a pourtant des choses qu’un Dieu du Rêve tel que lui ne peut pas faire. Ou plutôt, ne « veut » pas faire. Certaines liberté qu’il pourrait prendre ne sont tout simplement pas à son propre goût mais il reconnait leur utilité. Les idées les plus faciles convenant à merveille aux gens simples, ce fût donc au-delà des cieux et des dimensions qu’il chercha la réponse, depuis les étoiles d’un univers imaginaire dont l’observation des rêves humains était la seule fonction. Et il trouva ce qu’il cherchait, à Paris. Plusieurs entités spectrales s’y trouvaient, dont une dont il reconnaissant la trace sans comprendre comment elle avait pu tant gagner en puissance. Lorsque les auras se séparèrent, Narcisse put passer à l’action…

Tandis que les uns buvaient le vin et mangeaient la tendre chaire…
… D’autres croquaient le pain rassis et les raisins secs. Ceux-là, Narcisse les survolaient presque littéralement, d’un pas élancé le conduisant vers une destination méconnue. Car il ne s’agissait même pas d’un lieu, mais d’un simple coin de ruelle délabrée. Et c’était ici, dans les vapeurs des égouts et les odeurs méconnaissables s’en dégageant, que le Dieu du Rêve allait retrouver celui dont il allait requérir la pleine participation à son petit projet.

Habillé de vêtements sombres et brodés de vert, on aurait dit le quelconque orateur d’une sombre secte comme celles que l’on trouvait dans les bas-fonds de la capitale française. Dans un sens, il était bien trop beau pour un tel endroit. Cela renforçait d’ailleurs l’envie qu’il avait de mettre son plan à exécution. Levant les yeux vers le ciel assombri, le jeune homme disparue dans l’ombre, attendant que le rejoigne celui à qui il avait envoyé un rêve bien étrange, dans lequel cette rencontre devait avoir lieu, sur ordre du « Dieu du Rêve ». Restait à savoir s’il était assez intelligent pour obéir, ou pas.
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Krauser


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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Mar 10 Juil - 11:19


Des rencontres, beaucoup de rencontres…. Mais pas encore toutes les réponses.
Krauser connaissait beaucoup de choses. Sa mission. Ses ennemis. Ses alliés. Tout jusqu’à présent lui indiquait qu’il suivait la bonne voie. Mais une question le tourmentait toujours.
Qui ?
Qui avait décidé de tout cela ? Qui dirigeait ce monde et ce qui s’y déroulait ? Qui … Oui, qui tirait les ficelles de l’existence ?
En tant qu’humain, il ne se serait jamais posé cette question. Elle avait accompagné son arrimage aux Enfers, comme un tourment discret, une douce obsession lui donnant soif de réponses.
D’un point de vue purement physiologique, il pouvait passer outre. Ses ennemis, ses alliés et ses maîtres lui en avaient révélé suffisamment pour qu’il puisse accomplir son devoir du mieux qui puisse être, tel le simple soldat qu’il était. Mais cette même question revenait, comme une ombre au tableau de son existence. Sa vision du monde s’organisait telle une fresque qui, une fois terminée, atteindrait la perfection. Mais l’artiste qu’il était n’avait pas obtenu l’inspiration nécessaire à l’achèvement de cette œuvre.

Cela faisait maintenant plus d’un mois qu’il était arrivé à Paris. Il s’en étonnait lui-même, car n’avait jusque-là demeuré qu’une à deux semaines dans un même pays… et voilà qu’il s’attardait dans une seule et même cité. Mais quelle cité ! Il s’y sentait à sa place. Même les plus sombres ruelles lui semblaient être un havre de paix. L’agitation citadine saturait son esprit, le délaissant durant quelques précieuses minutes de toute autre pensée. Il se laissait bercer par les sons de la foule, et savourait un brouhaha qui aurait incommodé n’importe quel homme.
Comme lors de toutes ses autres promenades, il déambulait dans les rues, errait entre les passants à la recherche d’une évasion qu’il savait de courte durée.
Ce jour-là, malgré les teintes ternes qu’arborait le ciel, la chaleur dans les rues de Paris était étouffante. Un temps humide accompagné de températures dignes des jours les plus ensoleillés rendait Krauser amorphe, l’épuisait. Inconvénient à abriter le spectre de l’Ogre : les consommations et les besoins physiologiques se faisaient incroyablement plus importants que ceux d’un humain normal.
Fourbu, étouffant, il repéra une petite ruelle adjacente à l’avenue qu’il arpentait. Une courte impasse, de moins de cinq mètres de long sur un mètre cinquante de large ; exiguë, mais baignée d’une ombre qui y garantissait une fraîcheur bienvenue.
Il entra de biais, et s’enfonça jusqu’au bout de la ruelle. Là, un pied de colonne encastré dans un mur lui fournit un siège providentiel. Il s’assit, et appuya ses pieds sur le mur lui faisant face. Il croisa les bras, et ferma les yeux, se délectant de la douce fraîcheur de l’ombre et de la brise parcourant l’alcôve. Il entendait toujours l’agitation de la ville, rendue plus modérée par la chaleur ralentissant l’activité des passants. Cette agréable sonorité formait, avec le frais, un parfait équilibre pour un spectre de l’Ogre en manque d’évasion. Krauser ne comptait plus les minutes. Il savourait ce délicieux assortiment de bienfaits physique et mental. Il se sentait comme dans un épais nuage, isolé du monde extérieur. Ses oreilles percevaient toujours les bruits ambiants, mais il lui semblait ne rien entendre. Plus rien.
Quoique…
Une voix, parmi le brouhaha des passants, sembla se faire plus forte, plus insistante. Krauser percevait clairement ses paroles, mais son esprit engourdi ne parvenait pas à associer les mots qu’elle prononçait. Comme si elle parlait en une langue étrangère.
La voix s’amplifiait de plus en plus. Elle semblait s’approcher. Puis, dans les yeux de Krauser plongés dans les ténèbres par ses paupières baissées, les paroles prononcées par la voix apparurent, comme si elles constituaient une entité visible, une aura. Comme un fantôme sans couleur tourbillonnant devant lui. Ce fantôme parut se mettre en forme, et bientôt, une silhouette apparut. Un visage se forma alors.
Magnifique, indescriptible. Une perfection qui ne pouvait être qualifiée par aucun adjectif que le langage humain ait pu imaginer. Ce visage semblait inexpressif, et paraissait pourtant arborer toutes les expressions en une. Une aura s’échappait de cette silhouette. Pas vraiment autoritaire, mais qui forçait l’obéissance et l’écoute aveugle.
A la fois fasciné et terrifié, Krauser ne songea pas un instant à ouvrir les yeux. Il n’en avait ni la volonté ni la force, et il lui semblait de toutes façons que cette vision persisterait quoi qu’il fasse.
Alors, la silhouette se mit en mouvement. Elle décrivit de lents et grands gestes de ses bras fantomatiques, et parlait à Krauser sans émettre le moindre son. Comme si ces gestes étaient des mots. Comme si chaque mouvement était aussi compréhensible qu’une parole.

Rejoindre.
Besoin.
Rencontre.
Assistance.
Projet.

Comme des mots sans rapport, que Krauser percevait pourtant comme une phrase claire et concise. Alors, une seconde silhouette apparut. Imparfaite, plus massive que la première et pourtant bien inférieure. A nouveau, un visage s’y forma. Krauser s’y reconnut.
Son image se déforma pendant un instant, envoyant les mêmes mots gestuels.

Obeissance.
Servir.

Puis la silhouette tendit l’autre main vers l’image de Krauser, et en saisit le visage. Les deux silhouettes se déformèrent, et perdirent peu à peu leur caractère visuel pour revenir à l’état de sons. Toujours des paroles imperceptibles, qui disparurent peu à peu pour retourner se mêler au brouhaha de la foule.
Là, Krauser replongea dans les ténèbres, pour émerger aussitôt dans le monde réel.
Rien n’avait bougé. Il était toujours assis au même endroit, dans la même ruelle. Les mêmes bruits s’échappaient de l’avenue toute proche. Il s’était endormi.

Ce n’était donc qu’un rêve ?

Non. Si. Pas vraiment. C’était un rêve, mais pas seulement. Comme si son instinct avait été parasité, Krauser sentait qu’il devait obéir à cette silhouette. Il devait la rejoindre… enfin, rejoindre celui qu’elle représentait. Pourquoi, il ne le savait pas. Il avait senti comme une… autorité. Une demande de cette silhouette, dont il avait fait un besoin. Comme… oui. Comme si cette entité si parfaite lui avait promis la réponse à sa question. Il devait y aller, sans plus attendre.

Krauser se leva, mais se figea un instant. Il ressentait une énergie phénoménale non loin d’ici. La sensation était comparable à la perception d’un cosmos, mais ici c’était différent… Cette énergie n’était pas un cosmos. C’était… oui, cette même aura qui émanait de la silhouette de son rêve, une aura forçant l’obédience. Une énergie phénoménale… incomparable à tous les cosmos qu’il avait ressenti jusque-là. Phénoménale, mais pas agressive, comme le serait celle d’un juge des enfers, ou des plus puissants guerriers d’Hadès. Cette énergie semblait à sa place, comme si elle avait toujours été présente ; et ne perturbait rien des autres sensations que Krauser éprouvait dans le même temps.
Il émergea de la ruelle, et se dirigea vers la source de cette énergie. Il parcourut la totalité de l’avenue, puis les deux, trois, quatre rues suivantes.
Il s’approchait.
Il entra sur une rue adjacente plus étroite, ramifiée de nombreuses ruelles crasseuses. Il était tout près. Mais ou, exactement…
Krauser ferma les yeux un instant, et se laissa guider par ses sens. Il avança doucement, et lorsque l’aura se fit sentir plus fortement, il fit un quart de tour et s’engagea dans une ruelle.
Là, il stoppa, et ouvrit les yeux. Il se trouvait dans une impasse, plus petite encore que celle dans laquelle il s’était endormi. De la moisissure suintait entre les pierres agglomérées formant les murs, et de l’humidité comparable à de l’eau d’égout formait une pellicule luisante sur les pavés. Le bout de la ruelle était plongé dans l’ombre.
Puis, une silhouette émergea des ténèbres. Un individu vêtu d’une tunique sombre, presque noire, aux multiples coutures vertes. Avant que son visage n’apparaisse à la lumière, il marqua un temps d’arrêt. Krauser, qui n’était pas friand de ce genre de mise en scène, s’adressa à lui avec toute la politesse qu’un homme se doit d’avoir, ainsi qu’avec tout le respect qu’inspirait la présumée puissance de son interlocuteur.

Est-ce vous qui m’avez contacté ?

Bien que sachant qu’il ne pouvait en être autrement, Krauser avait posé cette question pour s’assurer un contact rapide et clair avec cet homme. Alors, l’individu fit un pas, révélant son visage.
Krauser en fut presque ébloui. Ses traits étaient si parfaits qu’ils semblaient imperceptibles à l’œil humain. Comme si ce visage appartenait à un autre monde.
Ce même visage qui lui était apparu en rêve.
Aussitôt, de la même façon que son instinct lui avait dicté de se mettre à la recherche de cet homme, Krauser comprit à qui il avait affaire. Cette aura, ce visage, ce pouvoir… Oui, il ne pouvait s’agir de personne d’autre.

Plus de doute possible.

Krauser baissa les yeux, et posa un genou à terre en signe d’obédience et de respect. Même si les mots étaient inutiles, il se sentit obligé de montrer sa dévotion.

Monseigneur, veuillez pardonner mon impertinence. Je suis honoré que vous fassiez appel aux services d’un misérable serviteur tel que moi. Ordonnez et j’exécuterai, quelle que soit la directive.

Il était bel et bien en présence d’un Dieu. Et quel Dieu… Il ne lui inspirait ni crainte ni haine, mais lui imposait un respect total et une obéissance sans limite. Cela dit, Krauser n’avait pas besoin de ce genre de rappel ; l’attachement qu’il portait aux Enfers et ses seigneurs avait pris le pas sur tout autre sentiment. Il ne pensait même plus à trouver des réponses ; l’honneur que lui faisait son maître en réclamant ses services, était bien trop important pour songer à quoi que ce soit d’autre…
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Narcisse


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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Ven 13 Juil - 11:50

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Tandis que certains allaient et venaient sans but…
… D’autres savaient exactement où se rendre. Bien, il est venu. Voici tout ce que pensa Narcisse en voyageant émerger à travers les vapeurs insalubres la silhouette auréolé de Cosmos d’un Spectre, dont la couleur caractéristique ne laissait que peu de place au doute quand à son allégeance. Il n’y eut dans un premier temps qu’une étude réciproque de leurs apparences terrestres. Tandis que le Spectre étudiait le Dieu du Rêve, celui-ci scrutait l’Étoile Terrestre, à la recherche de l’incompétence. Mais lorsque celui-ci mit un genou à terre après avoir comprit à qui il avait à faire, Narcisse dût reconnaître que cet homme n’avait apparemment aucune tare rédhibitoire à infliger à son regard délicat. Cela présageait donc la bonne réussite de la mission dont il allait être chargé.

Les bras croisés, l’Apollon à la longue crinière d’émeraude ne tira aucune flatterie des paroles de son serviteur, n’y voyant là qu’une preuve supplémentaire d’une intelligence suffisante pour comprendre dans quelle situation il se trouvait. Non pas qu’il soit en danger, mais enfin les fils d’Hypnos étaient des êtres un peu à part aux Enfers. N’obéissant à aucunes règles, qu’elles aient été dictées par Hadès, ou bien par la logique elle-même, ils agissaient comme bon leur semblait et poursuivaient des buts parfois bien étrange. Le but de Narcisse par exemple, n’était pas très éloigné de celui du Dieu des Enfers lui-même…

Narcisse acheva de détailler le Spectre et sur ce point là non-plus, aucune surprise : il était aussi laid que pouvait l’être une Étoile Terrestre. Son aura n’émerveillait point sa perception et ses traits, tout comme ses vêtements, laissaient penser à un déchet humain au moins autant à sa place dans la fange de cette ville que la plupart des insectes s’y déplaçant. Mais à cela, le Dieu du Rêve s’était préparé et sans rien laisser transparaitre de son dégoût, il se contenta de décroiser les bras et de les faire passer dans son dos. Son pas résonné dans la petite impasse, tandis qu’il commençait lentement à marcher sans avoir invité son invité à se relever. Toujours à genou, celui-ci ne pouvait que voir les chaussures en daim de Narcisse passer à ses côtés, tandis qu’il amorçait un petit tour autour du Spectre.

« Je suis heureux de voir que malgré les années, les Spectres d’Hadès savent rester à leur place. J’avais peur que cette trop grande liberté hors des Enfers n’ait raison de votre obéissance. Force est de constater que non. »

Compliment hautain ? Dédain ? Moquerie ? Difficile de bien analyser le vrai sens des paroles de Narcisse sans l’avoir jamais côtoyé mais dans sa bouche, dit avec tant de neutralité, cela pouvait presque passer pour un compliment sincère mais bizarrement formulé. On pouvait entendre par là qu’il était simplement heureux de voir le Spectre ici. Mais à lui de se faire sa propre opinion, dans ce fichait éperdument Narcisse.

« Le Dieu du Rêve a effectivement des ordres à te donner, pour une mission somme toute particulière. Une mission au cours de laquelle tes aptitudes seront pleinement utilisées, aussi médiocres puissent-elles être pour une Étoile Terrestre. »

Cette fois, difficile de laisser une part de doute dans ses paroles. Sa haute estime de lui-même était flagrante et sa considération pour le Spectre à genou devant lui, évidente. Mais en même temps, cela vous semblait-il si anormal ? Que pouvait donc bien attendre un Dieu d’un simple serviteur comme lui ? Peut-être qu’il fasse des choses qu’il ne désirait pas faire lui-même, sans doute. L’idée était donc de déléguer une partie du travail, si l’on pouvait appeler ça du travail. Avant de se mettre en route, Narcisse avait une question à poser au Spectre. Une question dont la réponse allait peut-être lui arracher un sourire, l’unique depuis l’arrivée de cet homme.

« Dis-moi, que ressens-tu pour cette cité, et ceux qui y habitent ? »

Une question étrange. Une logique étrange. Une rencontre étrange… Le plus puissant des fils d’Hypnos était le mystère et l’étrange à lui seul. Derrière sa beauté parfaite, se cachait un esprit retord et complexe. Mais seul comptait ici la réponse qu’allait lui donner celui dont il connaissait déjà l’identité, pour l’avoir lu dans son rêve. Narcisse se pencha en avant, face à son interlocuteur, l’obligeant presque à relever la tête pour croiser son regard…

« Que ressens-tu, Krauser, Spectre de l’Ogre et Étoile Terrestre de la Faim ? »
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Krauser


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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Ven 13 Juil - 14:37



Quel sentiment adopter ?

Une question bien étrange. Pourtant c’est celle que se posait Krauser en ce moment même. Il ne ressentait ni peur, ni haine, ni aucun sentiment reconnaissable. Il se sentait comme vide, et cherchait à s’emplir d’une sensation, quelque chose qui aurait pu le rendre quelque peu plus vivant que ce qu’il était depuis quelques secondes.
Ces quelques secondes durant lesquelles son Dieu avait laissé planer le silence, et qui lui semblaient des heures.

Krauser, les yeux baissés, entendit les pas de son interlocuteur. Il s’approcha de lui et lui tourna lentement autour, comme s’il voulait le jauger. Enfin, il prit la parole. Une voix à la fois douce et autoritaire qui, tout comme celui à qui elle appartenait, était aussi claire qu’imperceptible. Ce dieu était décidément une véritable représentation des sensations hyper-humaines.
Ses paroles fournirent aussitôt un sentiment à Krauser. La fierté.
Il n’était pas du genre à se prosterner devant le premier venu, ni à se comporter en « premier de la classe » cherchant constamment à attirer les bonnes attentions de son professeur ; mais le respect et l’obéissance qu’il portait à ses maîtres ne lui laissait aucune marge. Il se faisait un besoin vital de montrer sa dévotion à sa cause, et entendre un dieu parmi les dieux lui reconnaître cette valeur était pour lui un honneur, et une satisfaction plus grande que quiconque puisse lui donner.
Il préféra ne pas répondre. Il aurait pu appuyer ses propos, répéter encore et encore qu’il était dévoué jusqu’au plus profond de son âme à la cause des enfers. Mais plus qu’une preuve d’obédience, c’eût été un comportement digne des guerriers les plus fourbes. Ces hommes sans scrupules vantant sans cesse les louanges de leurs maîtres, cherchant par insistance à s’attirer leurs bonnes grâces; puis lorsque vient le moment de prouver leur valeur en donnant leur vie pour leur cause, s’enfuient sans demander leur reste, car attachant trop d’importance à leur existence propre.

Le Dieu du Rêve poursuivit, et fit un rapide résumé de quelle genre de mission il comptait lui confier. Mais il insista sur les compétences de Krauser qui, à ses yeux, étaient négligeables.
Il s’en étonna lui-même, mais il ne fut nullement irrité par ses propos. Il se prêta à une logique simple et purement mathématique : pour un dieu, dont la puissance incommensurable s’étend à l’univers entier, que pourrait représenter celle d’un soldat de seconde classe, même bien supérieur à tout humain lambda ? Il était tout à fait normal, si ce n’est évident, que la force de Krauser, aussi importante fût-elle, ne pouvait être qu’insignifiante aux yeux d’une divinité.

Seigneur, permettez-moi de vous exprimer ma gratitude. Je vous suis infiniment reconnaissant d’accorder une quelconque importance à mes capacités, qui plus est en me confiant vous-même une mission. Ma modeste contribution sera à la hauteur de vos attentes. Je n’en fais pas le serment, car il en est ainsi de façon originelle et indiscutable ; et s’il devait en être autrement, je ne me considèrerais plus comme digne de porter le titre de serviteur des Enfers.

Le Dieu ne répondit pas. Il sembla réfléchir un instant, puis se plaça à quelques centimètres devant l’Ogre. Krauser ne sut pas si cette réaction était due à sa réponse, mais son maître lui posa alors une question… aucun terme n’était approprié pour désigner le caractère de cette question. Du moins pas pour Krauser. Il fut aussi troublé que surpris, et se trouva comme perdu, ne sachant quoi répondre. Il entrouvrit la bouche, dans l’espoir que la réponse vienne d’elle-même ; mais aucun son ne se fit entendre. Les idées se bousculaient dans sa tête.
Devant son silence, le Dieu insista. Il répéta sa question, et comme pour troubler plus encore son serviteur, se pencha vers lui comme pour le regarder dans les yeux.
Krauser dut alors livrer bataille contre les muscles de son propre cou, qui semblaient vouloir se tendre et faire se lever sa tête, pour plonger ses yeux dans ceux de son maître. Mais lui ne voulait pas s’autoriser cette liberté, considérant lui-même ce geste comme un acte d’insubordination, voire de défi. Jamais, non, jamais, il ne se le serait permis.
Pourtant, ne pas répondre était également une marque d’irrespect. En l’espace de moins de trois secondes, plusieurs minutes de réflexion se bousculèrent dans son esprit. Il se remémorait la question, la tournait dans tous les sens, la remodelait…
Tout à coup, une illumination. Il obtint la réponse. Oui. Ce que son dieu attendait de lui était évident. Et il ne serait pas difficile de le satisfaire : il suffisait à Krauser d’être honnête.

Ce que je ressens pour cette cité et ses habitants ? Seigneur, cette ville a apporté à mon esprit un apparent calme, mais qui n’était guère qu’un anesthésique de courte durée. J’ai maintenant honte de m’être laissé charmer par ce qui n’est comparable qu’à une drogue, dans le seul but de calmer le trouble qui tenaille mon esprit. Je ressens maintenant comme de la haine à son égard, car à présent que mes idées sont claires, je prends comme une fourberie de sa part le fait qu’elle ait tenté de m’hypnotiser.

C’était bel et bien la vérité. Krauser avait compris que, lorsqu’il sentait son esprit vidé de toute pensée, c’était une intervention qu’il devait à la simple présence de son dieu. Ce ménage psychique lui avait permis de reconnaître le vrai visage de cette ville, et il ne lui plaisait plus du tout.

Ses habitants… la réponse est simple : j’éprouve une aversion sans égal à l’encontre de tous les humains.

Si je ne suis pas un guerrier sans pitié qui massacre des villages entiers, je n’accorde aucun attachement à l’espèce humaine, et leur seule présence fait croître la haine que j’accumule en moi depuis ma naissance. Je n’éprouverai aucune pitié à l’égard de quiconque cherchera à me faire du tort.

Mon objectif personnel, après servir notre cause, est une vengeance irrévocable et sans échappatoire sur tous ceux qui m’ont rejeté, et qui ont fait de ma vie un cauchemar éveillé.

Pire que tout, les habitants de cette ville sont à mes yeux une véritable tare. Tous sont plus égocentriques les uns que les autres, rustres, ignares détestables et antipathiques. J’ignore si ce sont là les effets à long terme de la vie dans cette ville, mais je suis soulagé de devoir la quitter.

Si je n’ai pas commis de massacre généralisé parmi cette population, c’est d’une part grâce aux propriétés calmantes que cette ville a sur moi, et d’autre part car je ne suis pas d’un naturel violent. Mais croyez-moi, qu’un seul de ces individus cherche à me causer du tort, et le terme « parisien » sera à rayer du langage français.


Krauser n’en dit pas plus. Il s’était quelque peu égaré, et prenait un ton qui devenait trop familier pour s’adresser à un dieu. Quoi qu’il en soit, il lui avait donné une réponse, et s’il ne s’était pas trompé, c’était bel et bien ce qu’il attendait.
Et quand bien même ce ne serait pas le cas, Krauser n’aurait rien à regretter, car il venait simplement de dire la vérité.



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Narcisse


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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Sam 14 Juil - 12:31

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Tandis que le temps n’avait plus d’emprise sur lui…
… Les secondes défilèrent, puis les minutes, sans que le Spectre de l’Ogre ne daigne lui répondre, plongé dans la perplexité par la question somme toute simple du Dieu du Rêve. Était-ce car la réponse risquait de ne pas lui plaire que son subordonné s’autorisait un tel temps de réflexion ? Loin d’être agacé, Narcisse semblait presque satisfait de voir ainsi Krauser chercher en lui-même la réponse à sa question, montrant ainsi qu’il était capable de réfléchir un temps soit peu. Certes l’important restait la réponse mais cela présageait d’elle qu’elle soit appropriée à ce qu’attendait le fils d’Hypnos. Se redressant en voyant que son interlocuteur ne comptait pas relever la tête vers lui, Narcisse croisa les bras sur son torse et attendit, dans une pause gracile, sa longue chevelure voletant légèrement autour de lui sous l’effet des vapeurs chaudes provenant des égouts de Paris…

Et enfin, l’Ogre parla.
Et enfin, le Dieu du Rêve eut un franc sourire.

« Voilà qui est fort bien. » Lâcha-t-il pour seule réponse.

Au-delà du temps et de l’espace, quelque chose en lui semblait se rappeler d’une situation similaire. Ce souvenir perdu, oublié de Narcisse, se calqua à la réalité présente et le fit se détourner du chemin emprunté jadis. Aujourd’hui il n’était pas question de prendre sous son aile une Étoile Terrestre, loin de là. Aujourd’hui il était question d’envoyer un Spectre faire le sale boulot dont il n’avait cure mais qui lui semblait primordial à la bonne réussite de son plan.
Mais quel était le plan retord du fils d’Hypnos ? Quel but pouvait bien rechercher le Dieu du Rêve, du haut de son domaine intemporel ? Pourquoi s’immiscer dans les affaires des Hommes et ainsi désirer provoquer chez eux l’exact inverse de sa propre réalité ? Car il allait briser leurs rêves, cela ne faisait plus aucun doute. Et son objectif ultime ? Quoi de plus simple et de plus représentatif que ce seul mot : la mort. Ce monde allait peu à peu basculer dans le chaos. Cela prendrait des années, des siècles voir des millénaires, mais lorsque le chaos sera installé, alors la mort prendra le pas sur le destin de la Terre.

Alors tout lui serait égal, et plus rien n’aurait d’importance. La manipulation des rêves des défunts deviendrait sa seule distraction… Et la Terre serait enfin, calme, silencieuse, tranquille… Oui, tout cela n’aura un jour plus d’importance, mais pour en arriver là, il faudra bien plus qu’une seule mission. Et dans le fond, c’est l’accomplissement d’un objectif qui donne ses ailes à un Homme, aussi est-ce pour ne pas voir la Terre dominée par les autres Dieux que Narcisse cherche à atteindre un but aussi immense. Sa détermination sans faille faisant naître chez lui une puissance incalculable dont ses ennemis pourront vite avoir un petit aperçu, dans leurs cauchemars les plus sombres…

« Relèves-toi, Spectre. » Commanda-t-il à son serviteur qui ne put qu’obtempérer face au ton devenu légèrement différent de Narcisse.

Face à Krauser se tenait à présent la véritable déité du Rêve, dont les réflexions avaient motivé bien plus encore le désire d’accomplir la folie dont s’était emparée son esprit. Son sourire disparu depuis plusieurs minutes, les bras toujours croisés, il était aussi beau que glacial face au Spectre de l’Ogre. Inaccessible, au-delà de tout calcul terrestre, divin.

Décroisant un instant le bras droit, il releva la main en arrière, comme s’il venait de lancer quelque chose derrière lui… Mais aucun son ne résonna dans l’impasse. Au contraire, c’était comme si tous les sons semblaient s’éteindre autour d’eux. Tel un mirage dans le désert, les murs tremblèrent, le sol se déroba mais la réalité et ses propriétés ne disparurent pas. Malgré le vide, Narcisse et Krauser restèrent debout face à cette manifestation du pouvoir d’un Dieu. Des flammes vertes soufflèrent depuis les enfers dimensionnels et s’écartèrent devant eux pour former un portail ovale, tel un miroir dans lequel chacun d’eux pouvaient voir leurs reflets. Narcisse se retourna alors et tendis son bras droit vers le portail, duquel jaillit un objet métallique noir et brillant. Son gant droit retrouva le chemin de son bras. Puis l’épaule, la jambe, le torse… En quelques secondes, le Dieu du Rêve fût habillé de son Surplis. Tel Oneiros lui-même, il se retourna d’un pas dansant vers le Spectre de l’Ogre.

« Ceux qui souhaitent les massacres mais ne les réalisent pas eux-mêmes sont les plus prompts à les provoquer. Sache que notre voyage nous amènera à provoquer la mort de bon nombre des compatriotes des habitants de cette ville. Ton objectif se réalisera donc, petit à petit, jusqu’à ce qu’un jour, Hadès puisse régner en maître sur toutes les âmes humaines… dans la mort. »

Ainsi répondit-il aux paroles de Krauser et à sa réflexion suite à sa question. Cela signifiait donc, si besoin était-il de le signifier, que Narcisse avait apprécié sa franchise et partageait avec lui un semblant d’objectif commun.

« Ton Surplis, agent de la mort, nous partons immédiatement. »

Puis, ni une, ni deux, le Dieu du Rêve se détourna et traversa le miroir opaque pour disparaître de la réalité, traversant les dimensions jusqu’à atteindre celle qui était la sienne : la dimension des rêves. Très proche de la dimension miroir qu’il affectionnait tout particulièrement pour ses propriétés étonnantes. Dans un vortex horizontal d’énergie et d’imagination, il commença à marcher, tendant l’oreille pour s’assurer être bien suivi par son subordonné à qui il faisait l’honneur d’employer ce petit raccourci, jusqu’à atteindre l’autre côté du monde…
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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Sam 14 Juil - 14:30



Alors, même aux enfers, l’honnêteté a sa place…

Krauser s’était imaginé, l’espace d’un instant, que sa franchise allait lui attirer les foudres de son dieu. Pourtant, celui-ci sembla satisfait de sa réponse, ce qui rassura Krauser autant qu’il fut fier de partager le point de vue de son maître.
Le Dieu Du rêve abandonna son sourire aussi vite qu’il l’avait pris, et autorisa son serviteur à se relever. Krauser obtempéra aussitôt, tâchant malgré tout de prendre une posture reflétant la soumission ; car craignant que sa stature, bien plus importante, ne puisse faire transparaître une présumée démonstration de supériorité.

Un court instant s’écoula, puis le Dieu du Rêve effectua un rapide mouvement de son bras droit. Aussitôt, les murs qui les entouraient semblèrent se déformer, et le sol disparût sous leurs pieds, laissant cependant l’appui nécessaire pour ne pas sombrer dans le vide insondable qui guettait. Alors, un jet de flamme surgit des profondeurs, pour former une sorte de porte présentant les mêmes propriétés réfléchissantes qu’une glace de salon. Le Dieu porta alors la main à ce miroir improvisé, et presque instantanément, son surplis en surgit pour l’en recouvrir. Stupéfait par ce spectacle, Krauser resta abasourdi un moment, et faillit ne pas écouter les paroles de son maître. Il en entendit pourtant l’intégralité, la voix du Dieu primant sur toute autre sensation environnante.
Ses paroles illustrèrent parfaitement l’image que Krauser se faisait des Dieux infernaux avant d’en rencontrer un. Mort et destruction étaient leur mot d’ordre, et cela n’était au fond pas pour lui déplaire.

Il comprit bien aisément que la mission que son Dieu souhaitait lui confier était une tâche, si impropre à ses yeux, qu’il laissait sa mise en œuvre au menu fretin, ses serviteurs qui n’ont pas peur de se salir les mains. La encore, Krauser n’en fut nullement vexé, car sachant pertinemment à quelle place il se trouvait par rapport à un dieu. Il en fut même particulièrement fier, car son maître lui confiait une mission à laquelle il attachait manifestement une certaine importance par rapport à ses ressentis ; et surtout, il avait sélectionné –hasard heureux ou choix délibéré ?- le guerrier dont l’objectif personnel correspondait parfaitement à cette tâche.

Sur un ton à la fois autoritaire et tout à fait aimable, il ordonna à Krauser de revêtir son surplis.
Celui-ci baissa alors les yeux. Il semblerait que même un dieu puisse laisser échapper certains détails… Mais là ou d’autres en auraient profité pour souligner la moindre marque d’imperfection chez un dieu, Krauser se sentit coupable d’avoir fait commettre une erreur, même infime, à son maître.
En effet, il ne quittait jamais son surplis, et l’avait sur lui depuis bien avant le début de cette discussion ; il avait mis un soin exceptionnel à le dissimuler sous des vêtements civils. Et pour ajouter à la duperie, toute involontaire soit-elle, il n’en portait que les jambières, les brassières et les gantelets ; il avait abandonné le casque et le plastron, obstruant les mouvements d’un guerrier que le physique rendait déjà bien lent.
Terrorisé à l’idée que cette duperie, adjointe à l’abandon d’une partie de son armure, ne rende furieux son maître, Krauser s’inclina autant que possible, et présenta ses excuses les plus sincères.

Veuillez me pardonner, seigneur. Mon surplis protège mon corps à l’instant ou je vous parle, mais je crains d’avoir commis un affront en me permettant d’en retirer quelques pièces. Celles-ci rendaient mes mouvements, déjà lents, plus malhabiles encore ; et limitaient ainsi ma capacité d’action. Je tiens cependant à vous assurer que ces pièces sont en lieu sur, et me sont accessibles à tout instant. Sachez cependant qu’il se pourrait que je ne puisse vous servir aussi efficacement.

Le Dieu du Rêve sembla ne pas se soucier de ce détail, car il ne répondit pas et entra dans le miroir de flammes. Krauser n’était pas rassuré pour autant : il n’avait pas prononcé un mot, et n’avait exprimé aucun accord avec la situation.
Quoi qu’il en soit, il fallait le suivre. Krauser arracha son pantalon, choisi ample pour dissimuler son surplis, et les longues manches de sa tunique, révélant d’épaisses jambières sombres, et des gantelets mitaines dont les phalanges étaient dotées d’excroissances métalliques formant un accessoire utile aux coups non chargés.
Puis, sans hésitation, car confiant en son maître, Krauser franchit à son tour la porte de flammes, et déboucha dans un monde étrange d’énergie et d’irréalité. Il vit le Dieu du Rêve devant lui, marchant d’un pas décidé, sans se retourner. Il le suivit en pressant le pas, dans l’espoir de le rattraper.
Cette dimension était certainement un passage rapide vers leur destination. Krauser en ignorait tout, mais pour peu qu’elle soit aussi lointaine que l’île australe sur laquelle il avait rencontré des spectres pour la première fois, un raccourci était le bienvenu. C’était un passage étonnant, semblant infini, irradié de multiples sources d’énergies étranges plus développées les unes que les autres.
Krauser avait hâte d’atteindre leur destination. Sans qu’il s’en rende compte, une impatience l’avait gagnée. L’impatience de servir son maître, cela va de soi ; mais aussi et surtout une impatience qu’il n’avait encore jamais ressenti.
La soif de sang.
Pas celle qu’éprouvent certains guerriers psychopathes ne jurant que par les massacres à tour de bras, non. Krauser ressentait de plus en plus le besoin de se déchaîner, de semer mort et destruction au nom de sa cause. Etait-ce une intervention psychique de son dieu, une conséquence de son départ de Paris, la ville des illusions ; il n’en savait rien.
Pourtant, il avait déjà ressenti ce besoin. Il y a de cela très longtemps, peu avant son serment aux Enfers. Ce jour où il avait appris son assimilation par le spectre de l’ogre.
Ce jour ou il avait perdu le contrôle de son esprit.
Ce jour ou il avait commis son premier meurtre.
Ce jour ou l’ogre avait fait son apparition pour faire exploser sa haine et répandre la mort sur son chemin.
Le fait d’apprendre qu’il va devoir tuer, probablement. L’excitation de mener à bien une mission sous les ordres directs de son Dieu. Sa première véritable mission en tant que Spectre.
L’ogre allait enfin pouvoir se déchaîner, montrer sa véritable puissance, celle que lui procure la haine que lui seul abrite en de telles proportions.
Sans même qu'il ne s'en rendre compte, son visage prit une expression des plus effrayantes. Ses yeux s'assombrirent, et un rictus sadique révéla la faim qui le tenaillait. La faim de violence.

Si l’objectif de la mission était la destruction, le Dieu du Rêve allait avoir de quoi être satisfait.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Dim 15 Juil - 3:05

¤ 4 ¤
Tandis que leurs pas résonnaient dans l’abîme du vide dimensionnel…
… Narcisse put constater à l’oreille que son serviteur était bien sur ses talons. Bien entendu qu’il savait que Krauser avait déjà son Surplis sur lui. Lui demander de le présenter n’était autre qu’une manière de lui faire subtilement retirer ces affreux atours qui contrastaient avec son teint et la couleur de ses yeux démoniaques. On ne plaisante pas avec le goût en présence du Dieu du Rêve. Lumières explosives et même, sons inconnus et angoissants, accompagnèrent leur voyage à travers les mondes. Des mondes accessibles aux Dieux des Rêves uniquement. S’il prenait par exemple l’envie à Narcisse de relâcher sa concentration… Alors l’Étoile Terrestre l’accompagnant se retrouverait expulser du vortex vers sa réalité, dans un lieu inconnu, et peut-être même pas dans un endroit où un être humain normal ne pourrait survivre. Quand au Dieu du Rêve, il se laisserait juste tomber dans le rêve d’un autre, son corps s’en retournant vers la Dimension du Rêve dont les écorchures semblaient vouloir déchirer le vortex qu’emprunteraient les deux agents de la mort.

« J’ai vu bien des rêves. »

La voix du Dieu du Rêve sembla s’élever des murs du vortex eux-mêmes, tandis qu’ils le traversaient tous deux vers leur destination. Cela faisait bien des minutes qu’il n’avait pas parlé et il se sentait désireux de partager avec l’Ogre certaines de ses réflexions, philosophiques certes, mais pertinentes sur l’âme humaine. Pas que l’avis de Krauser soit important sur la question, mais la curiosité de Narcisse l’emportait trop souvent sur le reste.

« Des énigmes d’esprits et d’âmes dépassants les plus grands cerveaux connus à ce jour. Et bien que nombre de penseurs et de philosophes aient traités du sujet des rêves, des prédictions, des sources d’inspirations des Hommes, aucuns n’avaient ce que tu as la chance d’entrapercevoir Spectre. » D’un geste du bras, il désigna le vortex et ce qui s’étendait à l’extérieur de celui-ci. « Voici où naissent, vivent et… meurent, les rêves des Hommes. »

Une explosion enflammée accompagna sa déclaration théâtrale et sans être pleinement calculée, Narcisse avait toujours aimé jouer sur la mise en scène lors de ses apparitions. Pour un être aussi narcissique que lui, cela relevait d’un naturel bien calculateur, trop même pour un être humain « normal », ce qu’il n’était pas : il était un Dieu et cela, nul ne pouvait en douter à son contact.

« Les rêves ont apporté l’espoir, la mort, la paix, les massacres, les découvertes, l’oubli… Mais ceux qui décident de ce qui doit ou pas être sauvegardé dans les rêves des Hommes, ce sont nous, les fils d’Hypnos. Dans la masse de ces rêves informes où s’épanouissent les désirent inavouables et les sombres desseins, il arrive parfois qu’un être se distingue par son originalité. Son rêve frappe alors à la porte de notre conscience et nous, juges immortels, sommes les seuls à décider de la survie des rêves les plus importants des êtres humains… et des autres. » Il jeta un regard à Krauser par-dessus son épaule. « Ton rêve n’est guère original mais il est celui que l’on peut attendre d’un Spectre comme toi. »

Qu’il ne se fasse pas d’idées : les paroles de Narcisse n’étaient pas des flatteries à son égard mais bien une réflexion simple sur lui-même et sur les rêves qu’ils traversaient en cet instant, tels des étoiles traversant le firmament, lentement, vu de la Terre, mais si vite en réalité…

« Mais il y a non-loin de nous un homme dont le rêve est d’une pureté aussi simple qu’immorale à mon regard. » Il claqua des doigts et des images traversèrent le dédale du vortex et glissèrent sur les murs de celui-ci, révélant un homme entamant bon nombre de discussions à natures commerciales. « Le Major-général Robert Clive. La Compagnie anglaise des Indes orientales lui doit beaucoup, autant sur les traités commerciaux qu’il a sut passer que sur les batailles qu’il a remportées. Il rêve sans cesse de glorifier son nom, et sans fioritures ni embellissements, il est proche d’atteindre son objectif. » Les images disparurent et le silence revint quelques secondes sur le vortex. Dos à Krauser, Narcisse acheva son exposé par la conclusion somme toute simple à laquelle Krauser devait être arrivé. « Cela me déplait. »

« Accomplir un rêve de cette envergure n’est pas sans déclencher bon nombre de réactions en chaîne. »
Continua-t-il, tandis que les visions réapparaissaient, plus persistantes et réelles encore, comme si elles étaient en train de se dérouler de l’autre côté du vortex. « La mémoire de cet homme pourrait se perpétuer durant des siècles et chacun de ceux le connaissant rêverait comme lui d’une destiné magnifique, de l’immortalité de son nom, de la gloire éternelle ! » Son ton retomba à la normale. « Cela ferait naître l’espoir, et plus encore que la gloire, celui-ci peut rompre ton rêve comme le mien Krauser. »

« Un homme comme Robert Clive doit disparaître. Et d’autres comme lui, bien d’autres encore. »
Narcisse s’arrêta enfin de marcher. « Nous y sommes. » Les flammes vertes léchèrent les murs du vortex et créèrent une nouvelle faille dans celui-ci. « Bienvenu aux Indes. » Déclara-t-il symboliquement après avoir traversé, et lorsque tous deux foulèrent enfin l’herbe chaude et humide du climat encore endormi de ce côté du monde, où le soleil ne s’était pas encore relevé…

« Le destin de Robert Clive basculera, demain. »

Et la voix de Narcisse s’éleva dans la nature bruyante, prophétie d’un Dieu faite à sa victime.
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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Dim 15 Juil - 22:52



Le silence était pesant.
Depuis plusieurs minutes sans un mot, Krauser craignait que son comportement n’ait froissé son maître. Il marchait, devant lui, d’un pas modéré mais régulier, sans tourner un seul instant le regard vers lui.
Lorsque sa voix s’éleva dans l’espace de la dimension, Krauser se sentit soulagé. Le Dieu du Rêve semblait vouloir lui faire partager ses pensées, et cela ne le réjouissait que plus.
En un discours parfaitement bien dosé, aussi parfaitement que l’on pouvait l’attendre du Dieu du Rêve, le seigneur Narcisse décrivit à Krauser la nature exacte de ce lieu –s’il pouvait être désigné ainsi- ou ils se trouvaient en ce moment. Aussi clairement que cela pouvait l’être, il le mit en relation et en opposition avec les rêves eux-mêmes. Ils n’étaient, disait-il, rien par rapport à cette dimension, ou chacun trouvait sa source et sa mort.
Krauser était fasciné par ce lieu, hors du temps et de l’espace, et pourtant si proche de lui comme de chaque homme vivant sur cette planète.
Puis son maître lui expliqua l’importance des rêves dans le monde du réel, et le rôle que lui et ses frères Fils d’Hypnos, jouaient dans l’existence et l’inexistence de ces rêves.
Krauser, absorbé par cet exposé que lui seul aurait probablement le privilège d’entendre, lui demanda alors :

Si je puis me permettre, Seigneur, qu’en est-il de mes propres songes ? A la seule condition, bien sûr, que vous ayez fait l’honneur de vous pencher sur ma modeste personne.

La réponse fut immédiate, et ne le surprit guère. Il espérait au fond de lui entendre qu’il sortait du lot, qu’il avait quelque chose que les autres n’avaient pas, et que ses rêves en étaient les témoins silencieux. Tout comme l’aurait espéré n’importe qui à sa place. Mais la réponse qui lui fut donnée, si elle le déçut un tant soit peu, fut précisément ce que la part réaliste de son esprit s’attendait à entendre. En un sens, cela le rassura. La gourmandise qu’était la volonté d’être exceptionnel ne l’intéressait somme toute pas. Il était heureux de n’être finalement que ce qu’il pensait être, un serviteur parmi tant d’autres, aussi banal et normal que les autres. Cela lui permettait de se dire que tout ce qui le différenciait des autres spectres de son rang, c’était la dévotion absolue et sans limite qu’il portait à ses maîtres ; plus encore que le plus dévoué des serviteurs d’Hadès.

Puis le Dieu du Rêve aborda le sujet de la mission. Il fit apparaître de nombreuses images de l’objet de leur voyage, un homme du nom de Robert Clive, officier affilié aux affaires des Indes. Selon le seigneur Narcisse, cet homme était « trop bon ». Jusque-là, Krauser n’était pas très étonné : un dieu infernal parmi les plus importants, souhaitant la disparition d’un homme à l’esprit plus « blanc » que « noir », que ce soit par objectif personnel ou juste par prévention… il ne devait pas se poser de question, et exécuter la mission. Mais le sujet qu’aborda ensuite son maître le fit douter un instant.
Il rapporta que la raison qui le poussait à souhaiter sa mort : il s’agissait d’un rêve qui démontrait sa volonté de gloire ; mais une gloire éternelle, sans décoration ni exagération. Cet homme souhaitait qu’on l’apprécie pour ce qu’il était.
Cette pensée fit frémir Krauser. Il se rendit compte d’un détail plus qu’important dans cette histoire.
Une reconnaissance de ses actes… n’était-ce pas, au fond, ce que lui-même voulait ?
Il insistait tellement sur sa volonté de contenter ses maîtres, qu’il en oubliait de considérer cette loyauté comme un désir de se faire apprécier par eux. Il n’agissait pas dans ce but. Mais n’en rêvait-il pas ? Les rêves sont quelque chose d’irréel et de personnel, mais également de très fugitif. Que surgisse un rêve de lui montrant une quelconque volonté de reconnaissance, et le voilà logé à la même enseigne…
Heureusement, la suite de l’explication le rassura. Cet homme désirait la reconnaissance, mais la réalisation de ce rêve donnerait au monde un espoir qui pourrait compromettre les projets de tous les serviteurs des Enfers. Celui de Krauser, en revanche, n’agissait que pour eux.
Une fois chassé de son esprit cette pensée perverse, Krauser se permit d’exprimer son opinion.

Monseigneur, l’image que vous me donnez de cet homme va à l’encontre de tout ce que je pourrais espérer d’un humain qui ne serait pas gênant. Les images que vous me fournissez de lui me procurent une véritable aversion à son égard.

Soyez tranquille. Vous venez de faire de cet homme l’un de mes ennemis personnels. Et je vous ai déjà exposé le traitement que je réserve à ceux qui me cherchent du tort, à moi ou à notre cause.


Le visage de Krauser prit alors une expression digne des plus dangereux prédateurs. Ses yeux se plissèrent sous l’angle de ses sourcils, ne laissant plus transparaître qu’une pupille noire. Sa bouche prit un sourire en coin et s’entrouvrit, laissant transparaître une canine saillante et luisante.
L’ogre avait faim.

Alors, son maître annonça leur arrivée à destination. Un portail de flamme identique à celui qui leur avait permis d’entrer dans cette dimension s’ouvrit, et tous deux le franchirent, apparaissant dans un paysage encore plongé dans les ténèbres de la nuit. Pourtant, la chaleur était bien présente, et l’humidité ambiante témoignait du climat tropical sous lequel la mission allait se dérouler.
Une dernière déclaration à l’attention de sa victime, et le Dieu du Rêve ordonna à Krauser de se mettre en route. Lui se chargerait de superviser le bon déroulement de l’opération, tandis que son serviteur en serait l’exécutant. Il en avait été décidé ainsi, et Krauser s’exécuta sans hésitation.

Le spectre de l’Ogre marcha durant plusieurs heures, suivant son instinct qu’il savait guidé par la volonté de son maître. De toute évidence, la guerre faisait rage dans ce pays. Un paysage qui avait du être resplendissant autrefois, était aujourd’hui parsemé de traces de combats : cratères d’obus, débris, cadavres Français, Anglais, Hindous… La guerre ne faisait pas de distinction. Les âmes des victimes que Krauser apercevait régulièrement et abondamment devaient à présent couler aux enfers des jours… malheureux.
Pour passer le temps, Krauser s’ « amusait » en jouant aux devinettes. Celui-ci, dont les bras avaient été arrachés par une explosion, serait sûrement envoyé à la carrière des avides… Celui-là, qui avait manifestement chuté d’une falaise en surplomb, avait toutes les chances de finir au puits des criminels…

Enfin, à l’aube naissante, Krauser parvint en vue d’une ville particulièrement imposante. Un écriteau, à l’entrée de celle-ci, indiquait « Arkât ». Il s’agissait d’Arcot, l’une des plus grandes villes d’Inde de l’époque. C’était de toute évidence ici que résidait le dénommé Clive.
A cette pensée, le spectre lâcha un murmure :

Et il y résidera pour l’éternité…

Se délectant par avance du festin qui l’attendait auprès de l’homme. L’ogre s’était éveillé, et son festin commencerait là ou sa victime aurait terminé le dessert de son existence.

Et Krauser adorait servir le dessert....
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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Mer 18 Juil - 0:40

¤ 5 ¤
Tandis que les paroles s’agglutinaient entre les lèvres des uns…
… Un seul mouvement silencieux avait suffit à Narcisse pour se faire comprendre. Bras tendu vers le lieu de la « mission », le Spectre de l’Ogre après s’être incliné s’était dirigé vers Arcot. Mais tandis que les secondes passaient, que l’aura de son subordonné s’éloignait de plus en plus de lui, le Dieu du Rêve avait comme qui dirait un « doute ». Pas sur lui-même, ni sur la mission non, mais sur le serviteur qu’il venait d’envoyer vers Arcot. Une question se posait dans son esprit, en lettres étincelantes : cet homme avait-il bien compris en quoi consistait sa mission ? D’aucuns rétorqueraient qu’il n’avait qu’à mieux s’exprimer mais il était un Dieu ! Nul besoin d’être clair, sa simple aura devait à elle seule renseigner un Spectre sur ses ordres…

Non, il faut arrêter de tant idéaliser cette position particulière au sein de l’armée d’Hadès, car après-tout, le Dieu du Rêve Narcisse n’est pas à proprement parlé un subordonné du Dieu des Enfers. Il ne devait pas attendre de la part d’une simple Etoile Terrestre qu’elle saisisse l’intégrité de son génial plan après une simple discussion. Le mieux pour savoir de quoi il en retournait, était encore de surveiller l’Ogre et sa progression vers la ville. D’une impulsion, le jeune homme à la noire armure s’éleva dans le ciel nocturne et surplomba de toute sa stature le bassin d’Arcot dans lequel de nombreuses batailles avaient déjà eu lieu. La situation s’était envenimée vers un point de non-retour dans la région et elle ne tournait guère à la faveur des Français. Mais quand à savoir vers qui penchait exactement la balance, Narcisse s’en fichait éperdument. Tous pouvaient bien mourir, et à ses yeux, tous méritaient bien de mourir.

Mais il y avait des façons de provoquer la mort, et une intuition donnait lieu de penser à Narcisse que Krauser n’avait pas comprit de quelle façon il comptait faire basculer le destin de Robert Clive demain. Il n’avait d’ailleurs posé aucune question et avait filé, droit comme une flèche, à travers la jungle. En réalité tout portait à croire qu’il allait tenter d’assassiner la cible. Une erreur que cela, une erreur que Narcisse allait empêcher d’ailleurs.
Les yeux clos, le Dieu du Rêve chercha les traces d’un quelconque Cosmos dans la ville endormie et en trouva un. Un seul, se déplaçant à travers les ruelles, peut-être en quête d’un lit ou bien d’informations sur Robert Clive ? Il s’arrêta finalement devant le port et un grand bâtiment de pierres et de bois surmonté du drapeau anglais. C’était ici, au milieu d’une garnison plus que conséquente, que Robert Clive se reposait. Mouillant derrière le comptoir, plus d’une dizaine de bâtiments anglais et au loin, les cadavres éventrés de bâtiments français. Le siège s’était terminé il y avait peu de temps, et Robert Clive avant encore gagné. La beauté de son nom continuait de s’embellir…

C’est lorsque l’Étoile Terrestre choisit de faire un premier pas vers le bâtiment lourdement défendu qu’une main gantée se posa sur son épaule. Puissante, ferme mais aussi délicate, elle arrêta immédiatement Krauser dans son mouvement. Nul doute qu’il reconnu immédiatement la facture du métal qui composait se gantelet : un Surplis. Et bien qu’ayant prit soin de dissimuler la présence de son Cosmos, cela n’enlevait rien à sa présence purement « physique » qu’un être humain même normal pouvait pressentir. Ce parfum, ce souffle paisible et sûr de sa puissance… Le Dieu du Rêve était à nouveau à ses côtés dans les ombres.

« Qu’allais-tu faire là Krauser ? » Silence. « As-tu seulement comprit un mot de ce que je t’ai dit en venant ici ? Robert Clive est un homme presque au sommet de sa gloire. Qu’arrive-t-il à ceux que l’on tue au sommet de leur gloire ? Celle-ci gagne en intensité, et devient éternelle… » Il relâcha son emprise et toujours dans son dos, vint murmurer à son oreille la suite de ses paroles. « Je devais m’attendre à ce qu’une brute prenne au premier degré mes paroles, aussi vais-je être clair avec toi : si tu n’es pas certain d’une chose, demandes-moi conseil avant d’agir. Cela évitera à Hadès de perdre l’un de ses plus fervents serviteurs. »

Narcisse recula et laissa à l’Étoile Terrestre le soin de retourner et de le suivre dans une ruelle plus noire encore, d’où personne ne pouvait plus les apercevoir ou les entendre. Comme il était nécessaire d’être clair avec Krauser, c’était ici qu’allait avoir lieu le réel débriefing du « jugement » du Dieu du Rêve sur la personne de Robert Clive.

« Je comprends que tu ais donné un mauvais sens à mes paroles. La mort est le plus court chemin que l’on pourrait donner à cet homme pour quitter ce monde. Mais il laisserait derrière lui un trop lourd héritage, lié à son image et à sa renommée. Ce qu’il faut mon cher serviteur, c’est tuer son image. Je souhaite le discréditer aux yeux des siens, et pour cela j’ai besoin de toi. » Se détachant du mur contre lequel il s’était adossé, Narcisse leva les yeux vers une direction et tandis son doigt dans celle-ci. « Là-bas, se trouve les survivants du Lieutenant Bourdon Paul. Avec sa vingtaine de rescapés et des indigènes, il s’est retranché loin d’Arcot pour préparer sa revanche et attendre les renforts français. Ce normand ne rêve que de vengeance, il sera facile pour toi de t’introduire auprès de lui… Sois convaincant sur tes capacités » Se relevant, il plongea son regard presque brillant dans la pénombre dans celui du Spectre. « Réussis, et je te recontacterais dans tes songes. L’échec n’est pas une option. »

Le jeune homme disparu à nouveau dans l’ombre qui se referma sur lui. Une seconde plus tard, le mur par lequel il avait disparu était à nouveau un simple mur…
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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Mer 18 Juil - 19:37

Une mission bien simple…
Même un peu trop simple. Krauser se serait attendu à plus complexe de la part d’un dieu… étrange…
Alors que les pensées se bousculaient dans sa tête, il sentit une présence, toute proche.
Un poids sur son épaule.
Krauser se figea. Il reconnaîtrait cette sensation entre mille. Le toucher froid et coupant d’une pièce de surplis.
Et pas n’importe quel surplis. Un gantelet d’un noir profond, ouvragé et décoré comme aucun autre. Celui de son dieu.
Il lui sembla que son corps ne voulait plus lui obéir. Il resta sans bouger, les yeux grands ouverts, osant à peine respirer, sentant approcher la punition divine pour une erreur qu’il aurait commis… mais laquelle ?
Alors que Krauser s’attendait à ne plus voir que la lueur du cosmos de son dieu, ne plus sentir que la brûlure d’un châtiment, le dieu du rêve se contenta de lui parler, d’une voix aussi douce qu’autoritaire. Comme il savait si bien le faire.
Il l’entraîna dans un coin de ruelle. Là, reprenant son souffle, Krauser se mit à genoux, face vers le sol. Il sentait presque les larmes couler de ses yeux.

Pardonnez-moi, seigneur… Pardonnez-moi… La mission a frôlé l’échec par ma faute… Si vous ne m’aviez pas arrêté, je… je… je n’ose même pas imaginer ce qui ce serait passé… Oh, pardonnez-moi de n’avoir pas su comprendre le sens de vos paroles…

En toute autre circonstance, Krauser aurait préféré se mutiler lui-même plutôt que de se voir dans un tel état ; sanglotant, implorant, tel un enfant devant son père dont la fureur ne s’exprime que par le cuir de son ceinturon.
Pourtant, à cet instant, il se trouvait encore trop sûr de lui pour présenter ses excuses à un Dieu.
Celui-ci ne semblait cependant pas irrité de son erreur. Il expliqua calmement à Krauser ce qu’il attendait de lui ; et ce n’était en effet pas vraiment ce qu’il s’était imaginé.
Se reprenant peu à peu, il se redressa, et retrouva un sourire assuré lorsque son dieu prononça ces quelques mots : « j’ai besoin de toi ». Puis, il expliqua avec précision la mission de Krauser, et disparut en chassant toute idée d’échec de son esprit.

Soyez sans crainte, monseigneur. Une telle erreur ne se reproduira plus. Quand à l’échec, cela n’a jamais été une option.

Krauser ressentait maintenant bien plus la nécessité de faire ses preuves. Il se dirigea à grands pas vers la direction que lui avait indiqué son maître, là ou se trouvait ce fameux lieutenant français. En chemin, Krauser imagina le meilleur stratagème possible pour s’introduire dans ses rangs. Et quoi de mieux pour gagner la confiance d’un officier que de se présenter en parfait petit soldat…

Parvenu en vue du camp des rescapés Français, Krauser se dissimula dans l’ombre d’une ruelle, arracha de son support une tenture en toile de jute, et cacha les jambières de son surplis sous un pantalon improvisé, fixé dans les articulations de l’armure. Se présenter en surplis devant ledit lieutenant n’était sûrement pas la meilleure chose à faire…
Puis, il se suspendit à un rebord de fenêtre, et de toute la force de ses bras, se hissa jusqu’au premier étage de la bâtisse le dissimulant. Répétant la même opération sur toute la hauteur du bâtiment, il en atteint bientôt le toit. Là, il rampa jusqu’au rebord opposé, et leva doucement les yeux jusqu’à obtenir une vue imprenable sur le camp français improvisé. Tous les accès étaient gardés par au moins un soldat en armes. Il serait donc difficile d’entrer autrement qu’en s’infiltrant ; Krauser aurait en effet été étonné de voir un soldat français acculé et sous la menace de l’ennemi, laisser pénétrer le premier venu dans son camp.
Là ou aucun soldat n’était stationné, d’épaisses barricades de tessons et de barbelés empêchaient l’accès au camp. Cela ne serait pas un problème pour Krauser ; il faudrait plus que quelques pointes pour arrêter un spectre de l’ogre. Mais comme le but de la mission n’était pas un massacre généralisé, il lui faudrait agir avec ruse.
Il scruta alentours, et aperçut, à quelques centaines de mètres à l’opposé du camp, un homme en uniforme vermillon, dissimulé derrière un pan de mur démoli. Un éclaireur Anglais, prenant des repères, tout comme lui, mais dans un but bien différent. Il ne l’avait de toute évidence pas repéré, et cela n’en était que plus intéressant.

Krauser recula de son poste d’observation aussi doucement que possible, et descendit du bâtiment par le même chemin que pour y monter. Il franchit à pas de loup les quelques ruelles le séparant de sa cible, et arrivé au pied de la bâtisse en ruines, grimpa plus discrètement que jamais les piles de gravats. Il parvint dans le dos de l’Anglais, trop concentré sur sa tâche pour sentir la présence du spectre. Krauser fit les quelques pas l’en séparant, comme s’il marchait sur des œufs ; et arrivé derrière lui, l’homme eut tout juste le temps de tourner la tête dans sa direction, lorsque la poigne gigantesque de l’ogre saisit la gorge de l’homme. Il serra, suffisamment pour l’empêcher de crier, mais assez doucement pour ne pas lui broyer le cou.
Il lui murmura :

Un geste, un bruit, et je te jure que tu vas regretter de ne pas être encore mort au combat.

Puis, l’anglais en main, il se dirigea vers un côté du camp qu’il avait repéré comme non surveillé. Il fit un rapide détour pour éviter de passer en vue des gardes, et parvint devant un coin de rue encombré de gravats et de barbelés. Là, de sa main libre, il saisit une poignée de barbelés de la même façon qu’un fagot de brindilles, les pointes d’acier se pliant sous la résistance de son gantelet ; puis d’un violent mouvement de bras, il arracha les câbles de leur support, et s’en servit pour ligoter son prisonnier. Avec ce que lui feraient probablement subir les français, quelques entailles de plus ou de moins ne feraient pas grande différence.
Sentant que l’homme voulait hurler, et ne voulant pas prendre le risque de le laisser le faire repérer par un relâchement involontaire de sa poigne, il se saisit d’un morceau de toile traînant au sol, et l’engouffra dans la bouche de l’individu.
Par le passage ouvert, Krauser se glissa dans le camp français. Grâce à son précédent repérage, il avait choisi l’entrée la plus proche du poste de commandement. Celui-ci n’avait pas été difficile à repérer : le seul bâtiment en dur du camp, au-dessus duquel flottait un pavillon blanc, symbole de la France.
Krauser s’avança à pas de loup jusqu’au poste, scrutant avec attention le moindre passage de soldat. Heureusement, l’aube naissant, les seuls hommes éveillés étaient les gardes de faction.
Lorsque l’Ogre fut devant la porte le séparant de son objectif, il tendit l’oreille, et entendit des voix à l’intérieur. Le lieutenant parlait déjà stratégie avec ses officiers.

Sans plus de discrétion, Krauser poussa la porte du poste, levant sa main libre devant lui. Aussitôt, tous les hommes présents dans la pièce dégainèrent leurs pistolets, qu’ils pointèrent en direction de Krauser. Tous, sauf un, resté stoïque, observant la scène aussi calmement que si il s’y était attendu. Les galons sur ses épaulettes de laissaient aucun doute : il s’agissait du lieutenant Bourdon.
L’un de ses subordonnés lança alors :

Qui êtes-vous ? Et comment osez-vous entrer ainsi, en pleine réunion stratégique ?

Krauser ne répondit pas. Les simples paroles de cet homme faisaient monter la colère en lui. Sa haine des humains se réveillait, mais il fallait qu’il la surpasse. La réussite de la mission était primordiale.
Le lieutenant prit alors la parole.

Du calme, caporal. Cet individu n’a certes pas fait preuve d’une grande politesse ; mais observez-le bien. Il n’est pas armé, et qui plus est, il nous apporte un présent des plus réjouissant.

Krauser, reprenant son calme, laissa son prisonnier tomber à ses pieds, et s’adressa au dénommé Bourdon, avec un accent allemand à couper au couteau.

J’ai rencontré cet éclaireur ennemi alors que je me rendais à votre camp. Je ne l’ai pas tué, j’imagine qu’il possède des renseignements qui vous seront précieux.

Le lieutenant eut un franc sourire, et sur le même ton calme et assuré, demanda :

Et à qui ai-je l’honneur ?

Je me nomme Krauser Cailevare. Je faisais partie de la garde rapprochée de l’émissaire d’Allemagne envoyé en Inde en tant qu’observateur et chroniqueur. Mais il y a peu, mon maître a été tué lors d’une embuscade menée par ces chiens d’anglais. Mon devoir en tant que garde personnel est de venger sa mort en combattant ses assassins, quitte à y laisser ma vie.

La haine qu’il avait mise dans ses paroles était réelle. Il lui suffisait, pour être convainquant, de jeter un rapide regard vers l’un des hommes qui le tenaient en joue, et son caractère faisait le reste.
Bourdon sembla réfléchir un instant. Il plaça ses mains derrière son dos, et s’avança d’un pas lent en direction de Krauser. Arrivé devant lui, il dut lever la tête à quarante-cinq degrés pour voir son visage.

Et qu’attends-tu de moi ?

Je souhaite combattre à vos côtés. Les relations entre nos pays respectifs ne sont pas à leur meilleur stade, mais je ne me bats pas ici au nom de l’Allemagne. Je souhaite me venger des anglais, et quoi de mieux pour cela que d’offrir mes services à leurs ennemis. De plus, ce serait un honneur de combattre sous les ordres d’un officier au nom si prestigieux. Rares sont ceux qui possèdent les capacités pour résister aussi bien aux assauts d’un ennemi supérieur en nombre.

Une petite flatterie au passage, et l’affaire était réglée. Le lieutenant posa sa main sur l’épaule de Krauser, et lui dit, un franc sourire illuminant son visage :

Un tel état d’esprit ne se voit plus que très peu de nos jours. Je suis absolument ravi de voir que certains guerriers savent encore faire la part des choses, et choisir la meilleure façon de servir leurs supérieurs. Ton enthousiasme m’a convaincu, Krauser. Mon bataillon a besoin d’hommes comme toi. De plus tu dois être un combattant hors pair, pour avoir su capturer un éclaireur ennemi, et ce, sans armes. Tu es officiellement intégré sous mes ordres.

Première partie de la mission, accomplie.
Krauser lâcha un sourire carnassier comme il savait si bien les faire. Il n’avait maintenant plus qu’à attendre les directives de son maître.

Sous ses ordres… Cet officier prétentieux ne savait pas à qui il s’adressait. Cela mettait même Krauser en colère, d’entendre ce pantin en manteau azur se hisser au même rang que son Dieu.
Mais Krauser devait contenir sa rage. Il aurait bien assez tôt l’occasion de lui donner une leçon.
Une fois que la mission serait terminée.
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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Ven 27 Juil - 2:27

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Tandis que certaines échouent à comprendre…
… Cette fois, son subordonné semblait avoir comprit les ordres qui lui avaient été attribués. Mais loin de le surveiller en permanence, le Dieu du Rêve avait ses propres objectifs à réaliser de son côté pour le bon déroulement de ça manigance. Comme il l’avait annoncé à Krauser, le but de la manœuvre était de faire chuter la gloire de Robert Clive pour que son nom dans l’Histoire soit associé au déshonneur et même oublié des mémoires. Mais ceci n’était pas chose facile car c’était un homme pieux et intelligent, qui savait contenir ses émotions et prendre les bonnes décisions, aux bons moments. Lui faire commettre une erreur relevait donc de l’impossible… Ou presque.

Car il y aurait peut-être une solution. Et c’est pour s’assurer de ceci que Narcisse a préféré s’écarter de l’Étoile Terrestre, le temps de chercher dans les rêves de Clive les confirmations nécessaires au bon déroulement de son plan génial.
Assis en tailleur, mains jointes, le Spectre médite donc, depuis la dimension des Rêves, plongeant dans la masse informe des songes jusqu’à trouver ceux de l’homme qui l’intéresse. Ce soir, Robert Clive dort d’un sommeil de plomb, satisfait de sa journée de travail. Il ne se souviendra pas de son rêve à son réveil, mais il se sentira confiant et vu ses songes, il aura bien raison. La paix à Arcot, la prédominance de la compagnie des Indes sur l’océan Indien et jusqu’au Pacifique, la gloire et la renommée… Voilà de quoi rêve Robert. Aussi pour le faire chuter, le machiavélique Dieu du Rêve doit faire trembler ce rêve sur ses fondations. Et la base de tout ceci, c’est l’emprise qu’a cet homme sur la ville d’Arcot et ses environs. L’insécurité, les escarmouches, la peur. Les maîtres mots de ce plan. Là où un Spectre comme Krauser pourra agir en parfaite sérénité.

D’ailleurs que devient-il ?
Plutôt que de chercher ses rêves, Narcisse plongea dans ceux du Lieutenant Paul Bourdon et y trouva trace de sa rencontre avec Krauser. Celui-ci avait fait forte impression apparemment, et avait même été jusqu’à livrer une sentinelle en « cadeau » à ses nouveaux employeurs. Mais quelle était cette histoire qu’il s’était inventé ? Un suivant de l’ambassadeur d’Allemagne ? Voilà un fait qui ne lui disait rien. Et si cela ne lui disait rien, peut-être que cela n’allait rien dire non-plus à Paul. Voilà où était toute la difficulté de se mêler des affaires humaines, pensa Narcisse, si l’on veut éviter d’attirer le regard de certains, il faut rester « vraisemblable ». Secouant mentalement la tête, le jeune homme projeta des songes bienveillants au Lieutenant Bourdon pour apaiser ses craintes quand à son choix d’accueillir Krauser Cailevare parmi eux.

Puis le Dieu du Rêve se pencha sur les songes du dit Spectre, dormant sans doute pour l’heure avec le reste des hommes du Lieutenant français. Heureusement que le Dieu du Rêve n’était pas avec eux, il n’aurait pas pu supporter l’odeur de crasse, de sueur, d’alcool et de sang séché dans le minable réduit qui leur était attribué. Pénétrant avec douceur dans les rêves de l’Ogre, Narcisse s’y matérialisa habillé de son Surplis. Tout était blanc autour de lui : apparemment le Spectre l’attendait patiemment, sans chercher à rêver de quelque chose. Et qui dit univers d’une telle blancheur dit également, possibilités infinies ! Le Spectre à la longue crinière verdoyante laissa donc sa magie opérer et dresser face à lui le trône de son domaine, dressé dans la dimension du Rêve. Brodé d’or, de feutre noir et de roses rouges, il semblait fait pour mettre en valeur la pâleur naturelle du teint de Narcisse mais également la profondeur de son regard encadré d’obscurité. Bien installé, il n’eut plus qu’à amener à lui le « conscient » de Krauser, bien qu’il s’agisse plus de l’effet de création d’un rêve au sein même de son subconscient. Mais inutile de jouer sur les mots des terminologies complexes pour une fois…

« Heureux d’avoir pu enfin constater tes talents Krauser. » Fît-il en guise de salut au Spectre de l’Ogre, représenté dans ce rêve sous la forme qui lui allait le mieux. « Cependant l’histoire que tu contas au Lieutenant Bourdon m’oblige à accélérer mes plans. Malgré des rêves apaisants cette nuit, d’autres de ses hommes pourraient être pris d’une paranoïa soudaine à ton égard et tenter de vérifier certains de tes dires quand aux origines de ta présence dans les environs. »

Le Dieu du Rêve fit une petite pause pour laisser à son condisciple le temps de se remémorer ses propres mots et la réception que ceux-ci avaient eue auprès de son auditoire. N’avait-il pas entraperçu quelques haussements de sourcils ? Cet homme là-bas, n’avait-il pas échangé quelques mots à voix basse avec son collègue puis prit la porte comme pour vérifier quelque chose ? Qu’il se souvienne donc de tous ces détails, car ce sont ceux qui pourraient lui coûter la vie. Après quelques minutes de silence, Narcisse reprit donc la parole.

« La seconde phase du plan commence à partir de demain, au plus noir de la nuit. Le Caporal André Marini que tu as déjà eu le loisir de rencontrer va imaginer un plan durant la journée. Trouves-le et soutien son idée auprès du Lieutenant pour la mettre en application à la nuit tombée. Lorsque vous serez sur les lieux, vous ne trouverez aucune résistance et porterez à Clive le premier coup. » Acheva-t-il en souriant de toutes ses dents.

Oui, Arcot sera bientôt menacé de l’intérieur, et le grand Robert Clive n’aura bientôt plus d’autres choix que de commettre l’irréparable… Bientôt oui, très bientôt… Mais en attendant, le Dieu du Rêve laissa là le Spectre, remettant à son réveil la mise en place d’un plan des plus « simple » et se résumant en un seul et unique mot : sabotage. Oui, demain sera le premier coup porté, mais également le plus difficile à encaisser. Dormez tous, veilla le Dieu du Rêve avant de plonger au plus profond des rêves d’un certain Caporal français…
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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Lun 30 Juil - 11:03


Krauser s’impatientait. On parlait souvent de rigueur militaire, alors pourquoi le régiment était à cet instant dans un état proche de la léthargie ? Tous les soldats étaient au repos, et les rares à ne pas dormir tenaient des conversations qui n’avaient pas lieu d’être dans la situation acuelle.

Les armées des humains sont-elles si différentes de la nôtre ?

Assis sur une caisse, le dos appuyé à un pan de mur, Krauser percevait ça et là des bribes de discussions entre deux soldats Français. Certains parlaient de la vie qui les attendait dans leur pays, d’autres exprimaient le bien comme le mal qu’ils pensaient de leurs officiers, d’autres enfin parlaient de la pluie et du beau temps…

Ca se rafraîchit, en ce moment… l’air plus humide que d’habitude.

C’est parce que nous sommes proches de la mer. Il paraît que ça secoue, au large.

Ah bon ? Il y a de la tempête ?

Un typhon, il paraît. On m’a dit aussi que des navires anglais sont bloqués en mer à cause de ce grain, et qu’il leur faudra un certain temps pour rejoindre les côtes.

Des navires de marchandises, ou de troupes ?

Ca, je ne saurais pas te dire. Mais bon, quelle importance, tant que ça empêche ces salopards d’Anglais de se ravitailler !!!

Krauser préféra ignorer cette discussion stérile et sans intérêt. Les humains aimaient les rumeurs, décidément. Et le peu d’estime qu’ils s’accordaient, même en tant qu’ennemis, confortait Krauser dans son point de vue.
Plutôt que de perdre son temps à écouter les racontars, il préféra se laisser aller au sommeil, estimant nécessaire d’être en pleine possession de ses moyens pour la mission à suivre. Il en ignorait tout… mais il faisait confiance à son maître. Il en aurait connaissance en temps et en heure, cela ne faisait aucun doute.
Alors, -fût-ce aussitôt ou après un temps de repos ?- comme si ses espérances avaient été entendues, le Dieu du rêve lui apparut, dans ce domaine qui était le sien. Après une première expérience de ce genre de communication, Krauser n’en était plus surpris.
Son maître semblait s’être confortablement installé dans un trône qui… comment dire ? Ne semblait pas à sa place. Il prit la parole, et lui fit un bref résumé de la situation.

Veuillez me pardonner si j’interfère dans vos prévisions, Seigneur. Mais cet argument était celui qui me paraissait le plus vraisemblable. Il ne me sera en effet pas difficile de me faire passer pour ce que je suis… enfin presque.

Cela dit, il est vrai que certains signes avaient montré la suspicion de certains quand à son récit. Mais quelle importance ! Ils seraient bien obligés de le croire ; le gouvernement Allemand gardait tout renseignement de cet ordre aussi secrètement que possible.
Le Dieu du rêve poursuivit en exposant le prochain objectif de Krauser.

C’est bien compris, Seigneur. Faites-moi confiance, cette mission sera un succes. Vous serez entièrement satisfait.

Puis l’image de son maître disparut, et Krauser sombra dans un profond sommeil.
Plus tard, il s’éveilla, avec à l’esprit tout ce qu’il avait à faire. Il s’étira, et se leva d’un mouvement lent, afin de ne pas éveiller les autres soldats, tous endormis. Si son maître ne s’était pas trompé, et il en était sûrement ainsi, les français se méfiaient trop de lui pour le laisser rejoindre seul les officiers.
Il s’extirpa le plus discrètement possible du réduit qui faisait office de dortoir régimentaire, et se dirigea vers le poste de commandement. De loin, il vit une sentinelle postée devant la porte. De toute évidence, le conseil tactique avait déjà commencé.
Un rapide coup d’œil, et l’attitude du garde révéla à Krauser la fatigue de celui-ci. Il se glissa dans une tente vestiaire, et revêtit un uniforme règlementaire, qu’il ne put fermer malgré ses efforts. Cette tenue était ridicule… mais nécessaire.
Il s’approcha du garde, tout en veillant à rester dans l’ombre ; et là, il s’adressa à lui, sans qu’il ne puisse voir son visage.

Hep, l’ami… Tu es relevé. Va te reposer, je prends ton poste.

Sans même répondre, l’homme bâilla, et s’éloigna de la porte d’un pas lent et mal assuré. Sans doute souhaitait-il atteindre le dortoir, mais la fatigue fut plus forte, et le fit s’effondrer sur un empilement de sacs de sable, ou il s’endormit aussitôt.
Krauser se posta à la porte de la salle des officiers, et tendit l’oreille pour entendre ce qui s’y disait. Il entendit le lieutenant, et une voix qu’il reconnut comme celle du caporal qui l’avait interpellé lors de sa première apparition. Le caporal Marini.

…plan a toutes les chances de fonctionner. Nos hommes savent se faire discrets ; et imaginez l’impact que cette attaque aura sur l’ennemi.

Une attaque ? J’appellerais plutôt cela un attentat. Enfin, au point où nous en sommes, ce n’est plus tellement l’étiquette qui me perturbe, mais plutôt le fait que les lignes anglaises à cet endroit sont surprotégées. Nous risquons de perdre beaucoup de soldats, si ce n’est la totalité.

Je conçois que ce plan semble être impossible à mettre en œuvre. Et je ne vous cache pas que des pertes sont envisageables. Mais l’ennemi se trouvera dans l’incapacité de riposter, une fois la mission menée à bien ! Faites-moi confiance, nous passerons.

Tiens donc ! Et pourquoi les anglais nous laisseraient-ils passer, selon vous ?

C’était l’occasion. Krauser poussa la porte, et lança, comme si la question lui était adressée :

Parce qu’ils sont dans un état de confiance excessif.

Encore vous ? Décidément vous avez le chic pour interrompre des réunions au sommet ! Qui vous a permis d’écouter cette conversation ?

Si vous me permettez, caporal, je possède quelques informations qui pourraient vous être utiles.

Non mais, vous…

Laissez-le parler, caporal. Nous ne perdons rien à entendre ce qu’il a à nous dire.

Merci, lieutenant. Pour être passé à plusieurs reprises par les lignes anglaises, que ce soit avec ou sans mon maître, je puis vous affirmer que les anglais n’opposeront aucune résistance, pour la simple et bonne raison qu’ils s’imaginent déjà vainqueurs. Ils ne s’inquiètent aucunement d’une probable attaque, et cela ne m’étonnerait pas qu’ils ignorent jusqu’à l’existence d’une quelconque résistance française. Et quand bien même ce serait le cas, croyez-moi, ils ne s’en soucient guère.

Aussitôt, le caporal sembla plus à même d’écouter la nouvelle recrue.

Vous voulez donc dire que nous pourrons franchir les lignes anglaises sans rencontrer la moindre résistance ?

Je ne garantis pas que vous ne rencontrerez personne. Mais croyez-moi, si gardes il y a, ils ne s’attendront pas le moins du monde à subir une attaque. L’effet de surprise sera total. Votre plan a toutes les chances de fonctionner, caporal. Et mieux encore ; la mission pourra être menée à bien sans perdre un seul homme. Il ne tiendra plus qu’à vous de mener au mieux vos troupes, ce que, je n’en doute pas, vous ferez avec brio.

Une flatterie au passage, et le petit caporal était apprivoisé. Krauser ne doutait pas qu’il avait reçu un coup de pouce du dieu du rêve… mais quoi qu’il en soit, il aurait désormais la confiance du sous-officier ; restait encore à convaincre le lieutenant.

Que voilà des nouvelles réjouissantes ! Mon lieutenant, au vu des informations dont nous disposons, je me permets d’insister.

Tiens donc, caporal ! Je vous ai connu plus farouche que cela. Ou est passée votre suspicion légendaire ? Si ces informations sont véridiques, je ne vois aucune raison de ne pas lancer l’assaut ; mais je ne peux me fier aux dires d’un soldat fraîchement recruté, et qui plus est, étranger. Envoyez un éclaireur en observation, et si l’ennemi est bien dans l’état de léthargie que le soldat Cailevare nous a décrit, nous pourrons passer à l’offensive.

Le caporal effectua un salut militaire, et sortit de la pièce. Krauser resta un moment avec le lieutenant pour lui fournir toutes les informations dont il disposait ; mais le spectre s’arrangeait pour rester le plus évasif possible, afin de ne pas raconter de faits improbables.

Moins de deux heures plus tard, un soldat entra dans la salle des officiers. Il salua, et se présenta comme l’éclaireur envoyé aux lignes anglaises.

Au rapport, soldat. Qu’en est-il?

mon lieutenant, les anglais ne sont absolument pas en état d’alerte, bien au contraire. La quasi-totalité de leurs soldats sont éparpillés dans les baraquements, et les quelques sentinelles en poste… euh… comment dire…

Eh bien, parlez! Que font ces sentinelles?

Les sentinelles jouent aux cartes, mon lieutenant.

Le lieutenant ouvrit des yeux ronds de surprise. Puis il se reprit, et annonça :

Soldat, vous pouvez disposer. Bon ! Eh bien je crois que les dires de notre chère recrue allemande sont véridiques. Nous allons donc pouvoir lancer l’offensive. Caporal, préparez les troupes. Nous partirons à la tombée de la nuit, afin de mettre toutes les chances de notre côté.
Soldat Cailevare, je ne sais quel prodige vous a mené jusqu’à nous, mais vous êtes sans conteste une perle rare. Moi qui m’affirmait athée, vous commencez à me faire croire en Dieu.


Si tu savais…
Krauser se retint pour ne pas rétorquer quelque chose qui aurait pu le discréditer. Il laissa échapper un sourire satisfait, et répondit simplement :

Merci, mon lieutenant.


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Narcisse


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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Ven 3 Aoû - 9:28

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Tandis que des ombres naturelles se faufilaient à travers les rues d’Arcot…
… Une ombre bien plus mystique qu’elles les observait en silence. Cette ombre croisa les bras, alors même qu’un humain passait à côté d’elle sans le voir. Difficile de voir ce qui n’était pas « censé » être là. Tel pouvait être le pouvoir d’Oneiros par moment : modifier la perception de la réalité de tous autour de lui pour n’être rien à leurs yeux. Qu’avait-il donc affaire d’être ou non dans le souvenir d’un humain ? Rien, si ce n’était que le plan de ce soir ne prévoyait pas l’apparition d’un homme en armure noire au cœur de la nuit. Alors il se contentait d’être discret et d’observer, camouflé des humains mais aussi des autres… Krauser lui-même ne pouvait pas le « voir » ou le distinguer à son aura à cet instant. C’était comme si Narcisse n’existait plus… Dans cette réalité tout du moins.

Face à la bâtisse servant du QG à la compagnie des Indes orientales, le jeune homme à la chevelure d’émeraude guetta de l’oreille la première détonation. Impatient d’assister au déroulement du plan ourdi par ses soins dans le sommeil du Caporal Marini, il laissa son esprit dériver au-delà de la barrière de la chaire divine qu’était son corps pour « voir » ce qui se déroulait sur les quais…

« Alors ? »
« C’est comme je vous ai dit Caporal, ils jouent aux cartes ! »
« C’est le meilleur moment pour passer à l’action, les hommes sont-ils prêt ? »
« Jean et Alexandre sont dans la ruelle là-bas, et Marc nous couvre depuis le toit. »
« Et… Krauser ? »
« Il a décidé de les prendre à revers mon Caporal. »
« Par la mer ? Mais… l’eau doit être gelée ! Passons, il est inutile de se soucier de son cas. »
« Psssst ! »
« Marc ? Qu’est-ce qu’il y a ? »
« L’allemand vient d’assommer les gardes, la voie est libre ! »
« On fonce ! »
Lança à voix basse le Caporal Marini en vérifiant pour la énième fois la poche qu’il avait à la ceinture.

Les deux soldats français avancèrent à découvert et Narcisse dût immédiatement tourner son regard ailleurs… Pas assez prudent, pensa-t-il en plongeant dans un sommeil Cosmique une sentinelle placée sur un balcon du QG de la compagnie des Indes et qui avait, depuis l’ombre du bâtiment, une vue parfaite sur les quais. Le Caporal et son subordonné rejoignirent Krauser qui déjà, fouillait le corps des gardes pour trouver les clés de l’entrepôt hermétiquement clos. Le Dieu du Rêve les devança et plongea au sein de celui-ci… Hum, ils vont avoir une drôle de surprise, pensa-t-il en voyant le second groupe de gardes, invisible depuis l’extérieur, jouant aussi aux cartes mais étant eux, pleinement réveillé.

« Désolé Caporal. » Murmura-t-il en pénétrant l’esprit de ce dernier.

Bien que tentant d’ouvrir la porte silencieusement, celle-ci était vieille et la barricade solide. Il fallut la déplacer avec bien des efforts qui alertèrent immédiatement les gardes de l’entrepôt, car il n’était pas l’heure de la relève. Déjà armé, ils prirent position et attendirent que les intrus entrent… Le premier à passer la porte fût le Caporal Marini, qui dans un éclair étrange de lucidité, venait de penser qu’il était de son devoir d’entrer le premier dans l’entrepôt pour commencer l’opération de sabotage. Inutiles devinrent ses poudres et ses mèches lorsqu’il passa la porte, tombant nez à nez avec quatre mousquets armés. Comprenant trop tard qu’il avait été imprudent, et réellement suicidaire, il fût fusillé sur place, sans sommations aucunes. Dans cette guerre les sommations dataient d’un autre temps, et aujourd’hui mieux valait tuer que d’être tué, tout simplement.

Krauser et le soldat restant se rangèrent sur les côtés de l’entrepôt, et déjà des cris venant du QG et des autres sentinelles endormies commencèrent à retentirent partout. Une nouvelle vague de tir faillit les faucher tous les deux, mais les soldats en train de se réveiller n’étaient pas bien précis. L’allemand jeta un coup d’œil à l’intérieur de l’entrepôt pour voir le corps en apparence inanimé du Caporal se mouvoir… Et avant que les gardes, en train de recharger, ne s’en aperçoivent…

« Pour la France… » Murmura le Caporal en visant la réserve de poudre avec son unique pistolet à silex chargé.

Ce ne fût que par chance, que sa balle ne trouva pas sur sa route le corps d’un des anglais pour l’intercepter. Narcisse perdit de vu Krauser lorsque l’entrepôt s’embrasa sous le regard effaré des gardes. Leurs dernières pensées furent pour cette situation incroyable : comment les sentinelles n’avaient pas pu voir les intrus arriver jusqu’ici ? Comment ? Comment… Puis ce fût le chaos, et la vision de Narcisse cessa, pour apprécier comme une délivrance, l’explosion de l’entrepôt des quais. Une telle mélodie n’était pas sans raviver d’amusants souvenirs, lorsque Narcisse avait apprit aux côtés de son Maître à manier la poudre et les armes humaines crachant le feu et le métal. Que de magnifiques inventions de mort capable de semer le plus indescriptible des chaos… Tel un volcan entrant en éruption, le quai fût éventré par l’explosion des barils de poudre et le premier coup fût porté…

Mais ce n’était pas le seul.
Échappant de nouveau à son corps, Narcisse s’éleva au-dessus du tumulte pour tourner son regard au-delà des terres, vers l’océan…

« God… Save us… » Prononça le Capitaine anglais à mi-voix.

Sous ses yeux, Arcot semblait en proie aux flammes. Réveillé dans son lourd sommeil par un cauchemar, l’homme bedonnant était sorti sur le pont de son navire pour prendre l’air et se sortir de l’esprit ces rêves étranges, annonciateurs de mort et de carnage. Il s’était vu, cadavre agonisant dans les rues de cette ville. Il s’était vu, la gorge tranchée sur les quais de la compagnie des Indes. Il s’était même vu, le corps gonflé par l’océan, noyé auprès de son navire en flammes… Difficile de se sentir serein après ça. Mais la sensation la plus persistante était que ce voyage était dangereux.

Capitaine des trois navires de commerce de la compagnie ancrés à plusieurs miles de la ville d’Arcot, il avait essuyé au court de ce voyage plus d’ennuis qu’à son habitude. Il y avait eu le typhon, la veille, mais également des pirates hindous et même des intoxications alimentaires à bord ! En retard sur son horaire de deux jours, il savait que sa présence était requise par Clive de toute urgence. Car le Capitaine transportait dans ses soutes, ors, et armes, pour le bataillon de la compagnie des Indes en place dans la ville récemment acquise. Et sans armes, et sans soldes, des soldats étaient bien peu performants… ou fidèles.

Mais à présent, voilà que scintillait au loin un brasier irréel… Courant chercher sa longue-vue dans sa cabine, il réveilla au passage la sentinelle qui s’était endormit à son poste -décidément !-. Pointant l’objet en direction de la ville qui n’était qu’un point à l’horizon, il vit les quais en proie aux flammes…

« Capitaine, la ville brûle ! »
« Je le vois bien imbécile ! »
« Les français ? »
« Je ne distingue aucun pavillon… C’est peut-être un accident. »
« Que fait-on Capitaine ? »


Et nous voilà face à une situation qui avait demandé des nuits et des nuits d’attention de la part du Dieu du Rêve. Celui-ci ne pouvait pas obliger quelqu’un à faire ce qu’il voulait qu’il fasse. Il ne pouvait que, truquer la réalité, et tenter d’orienter les choix des humains vers ceux qui lui étaient le plus favorable. Et de la réaction du Capitaine, dépendait la réussite ou non de son plan.
Mais au fond de lui, Narcisse souriait de toutes ses dents, Dieu cruel qu’il était. Car il savait déjà quelle allait être la réponse de cet homme dont personne ne se souviendrait plus… Le Dieu du Rêve était trop parfait pour échouer dans ce qu’il savait faire de mieux : manipuler.

« Il est trop dangereux de naviguer de nuit, à cause des récifs qui nous séparent du port… Faites mettre une barque à l’eau et envoyés cinq hommes à Arcot pour s’enquérir de l’état de la ville. »
« De, de nuit Capitaine ? »
« Et bien oui de nuit ! Pensez-vous que nous pourrions aller nous rendormir en nous disant que cela ne nous concerne pas ?! »
« Non, non bien sûr Capitaine. Et quel message les hommes doivent-ils transmettre ? »
« Qu’ils… »
Commença-t-il en réfléchissant quelques secondes. « Qu’ils disent à Clive, ou à celui qui commande sur place, que je n’avancerais pas mes navires tant que la situation n’aura pas été clarifié et mise sous contrôle là-bas. »
« Capitaine… ?! »
« Exécutions ! Ou c’est toi que l’on va exécuter pour insubordination ! »


Le matelot partit en courant chercher des hommes pour mettre en application les ordres de son Capitaine dont le stress était palpable et même visible sur sa peau moite de transpiration. Et voilà, pensa le Dieu du Rêve, Robert Clive est totalement isolé à présent. Mais, voyons, où se trouve Krauser à présent ? Car la suite dépend de lui.
Et où qu’il se trouva en cet instant, il vit de l’ombre, surgir à son regard seul, la silhouette habillée d’une armure aux reflets noirs du Dieu du Rêve…
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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Ven 3 Aoû - 23:17




Les rues, de nuit, semblaient bien moins délabrées que de jour.
Etait-ce parce que les innombrables gravats jonchant les rues étaient dissimulés par l’obscurité, ou parce que le chemin que la petite troupe empruntait ne leur permettait pas de voir les bâtiments dans leur ensemble ? Toujours est-il que Krauser et ses « camarades » s’approchaient à grands pas du port.
Arrivés en vue du poste anglais, les soldats se dispersèrent, et couvrirent chacun une ruelle. Krauser resta planté au milieu de la rue, ne comprenant décidément rien aux méthodes martiales humaines.

Soldat Krauser ! Vous voulez que toute l’armada anglaise nous repère ? Mettez-vous à couvert, et vite !

Lui souffla le caporal. L’ogre supportait de moins en moins de devoir obéir à ce pantin, mais il n’avait d’autre choix. Il se dissimula relativement efficacement derrière un tonneau abandonné au pied d’un mur.
Le caporal envoya le même éclaireur que l’après-midi en reconnaissance. Il jeta un œil à tous ses hommes, et souffla de se tenir prêts.
Krauser s’amusait. Ces petits hommes, avec leurs fusils et leur « tactique »…
Leur but était visiblement d’attaquer les sentinelles de front. Stratégie précaire, ou sens de l’honneur ? Quoi que ce soit, les Français iraient à leur perte.
Krauser s’en moquait plus encore que les Anglais, mais pour son maître, la réussite de la mission reposait sur eux. Il n’était donc pas question de les laisser se faire tuer.
L’ogre s’éclipsa discrètement, et passa en large boucle autour du poste de garde. Là, le terrain était à découvert. Il jeta un œil à la limite du port, et vit que l’eau était à un niveau bien inférieur à celui du quai. Un couvert parfait.
Il se laissa glisser en bas du quai, et entra dans l’eau froide et sale du port. Il nagea un instant, jusqu’à l’arrière du poste de garde.
Se hissant hors de l’eau avec l’agilité et la discrétion d’un reptile, il franchit les quelques mètres le séparant de la barricade derrière laquelle les gardes se trouvaient.
Les deux sentinelles, en pleine partie de cartes, furent aussi surprises qu’effrayées de voir deux mains massives surgir de l’ombre et les happer par le col. Deux brise-nuques plus tard, la voie était libre.
Il vit alors les Français s’avancer vers lui. Il récupéra un trousseau de clés sur le corps d’un des deux gardes, saisit au passage la gamelle de haricots chauds posée sur la table (qui ne resta pas pleine bien longtemps), puis donna sa première trouvaille au caporal.

La grande porte, là-bas ! On place quelques explosifs, et on lève le camp !

Le groupe se plaça autour de la vieille porte en bois. Krauser l’aurait volontiers ouverte d’un coup de pied, mais il fallait, paraît-il, être discrets… Raté !!!

Caporal, si je puis me permettre, il aurait été plus discret de faire sauter la porte à l’explosif. Le bruit que vous faites ne…

Ni l’un n’eut le temps de finir sa phrase, ni l’autre de rétorquer. A peine la porte ouverte, une salve de tirs retentit depuis l’intérieur du bâtiment. Bien qu’insensible aux armes humaines, Krauser s’écarta par réflexe, imité d’un autre soldat. Mais lorsqu’il tourna les yeux, le caporal n’était plus à sa place. Ou du moins, pas dans la même position.
Gisant au sol, les quatre fusils des gardes imprévus lui avaient infligé le châtiment que Krauser aurait voulu lui donner lui-même. Il se replaça derrière la porte en entendant de nouvelles détonations, et profita du long temps de rechargement des mousquets pour observer de nouveau le corps du caporal… qui n’en était pas encore un. Le sous-officier tendit le bras, au bout duquel se trouvait un petit objet que Krauser reconnut comme le pistolet qu’il avait braqué sur lui lors de leur première rencontre.

Tiens donc, on dirait que certains humains sont plus braves que les autres…

Un sourire mauvais illumina son visage, en même temps que l’explosion de fer et de flammes qui souffla tous les gardes, ainsi que le caporal. Cette fois, il n’en réchapperait pas.
Le panache de flammes engloba la totalité du bâtiment, mais fut confiné, et seules quelques flammes, un peu chaudes mais inoffensives, atteignirent Krauser.
Une fois l’explosion dissipée, il essuya les quelques gouttes de sueur suintant de son front, et tourna la tête vers le dernier soldat français encore en vie. Celui-ci gisait au sol, le corps brûlé par le souffle que lui, un simple humain, avait bien moins supporté. Il leva la tête vers l’Ogre, qui était, lui, indemne.

Tu…tu… comment… comment as-tu… survécu à…

Alors qu’il tentait d’aligner quelques mots en suffoquant, Krauser s’avança à sa hauteur. Avant qu’il ne termine sa phrase, il le coupa.

Vous êtes vraiment naïfs, vous, les humains. Vous croyez vraiment tout ce que l’on vous raconte. Mais ne t’en fais pas, je vais me charger de te mettre quelques chose dans la cervelle. Mon pied, par exemple.

A ces mots, il leva la jambe, et l’abattit violemment sur la tête de l’homme, brisant son crâne dans une gerbe de sang et de débris organiques.

Pardonnez ces manières barbares, seigneur Narcisse ; mais cela fait bien trop longtemps que l’Ogre attend son tour.

Alors que la lumière de l’explosion de dissipait, il vit, loin en mer, quelques points lumineux trahissant la présence de navires. Mais les lumières disparurent aussitôt, masquées par le flash lumineux qui éclaira le port l’espace d’un instant. Quelque chose siffla à son oreille. On lui tirait dessus.
Des anglais.
L’espace d’un instant, Krauser songea à les exterminer. Mais son maître avait peut-être besoin de lui ailleurs, et il paraissait souhaiter agir discrètement. Il jugea donc préférable de s’éclipser.
Le spectre s’éloigna du quai, traversa quelques quartiers délabrés, et parut en lisière de la jungle. Il s’enfonça quelques peu dans les arbres, et attendit patiemment un signe de son maître.
Il n’eut pas à attendre bien longtemps. Presque aussitôt, une silhouette surgit de l’obscurité des bosquets. L’Ogre se mit à genoux, les yeux vers le sol.

Seigneur, la première partie de la mission est achevée. Je n’attends que vos directives pour la suite des opérations.
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Narcisse


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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Mar 7 Aoû - 7:53

¤ 8 ¤
Tandis que certains tentaient de sauver des flammes la ville d’Arcot…
… D’autres tels que le Dieu du Rêve se délectaient de leurs veines tentatives. Mais il fallait aussi être réaliste : le feu allait être maîtrisé au bout du compte. Cependant il avait surpris tout le monde et ses dégâts étaient considérables sur les quais visibles depuis l’océan et les navires qui y mouillaient, ce qui constituait l’atout principal du Dieu du Rêve pour garder son avantage tactique sur les anglais et maintenir en eux l’angoisse si délectable qui était la leur à l’heure actuelle.

Autre source de satisfaction, le Spectre de l’Ogre ne s’était pas laissé à l’envie sanguinaire qu’il sentait dévorante en lui. Ce point plus que satisfaisant laissait présager pour lui de la plus agréable des récompenses à venir… Mais ne précipitons pas les choses, car il lui reste une dernière mission à accomplir, une mission dont Narcisse allait lui donner rapidement les détails, tout en guettant sa réaction.

« Tu as bien agi Krauser, et notre mission approche de son dénouement. En explosant l’entrepôt de munition à éventré le quai et soufflé ses flammes sur plusieurs maisons alentours, convoyant le chaos jusque chez les habitants d’Arcot. Notre cible va maintenant passer la nuit à hurler ses ordres et à lui-même convoyer aide et eau aux habitants pour les aider à éteindre l’incendie. »

S’écartant du Spectre agenouillé de quelques pas, Narcisse écarta les bas feuillages et observa la fumée et les reflets orangés des flammes illuminer la nuit tropicale de la région. Et maintenant, songea-t-il avec un sourire carnassier, comprends-tu le double tranchant de la gloire que tu recherches Clive ? Une fois la pierre angulaire d’Arcot affaiblit, la région allait vite sombrer de nouveau dans le chaos et s’embraser comme une traînée de poudre sèche. Une situation dont Narcisse se délectait par avance, par pour le chaos en lui-même, mais simplement pour la curiosité que lui inspirait la situation : l’histoire allait-elle se répéter encore et encore ? Ou bien, des décombres et des flammes, allait jaillir l’illusoire amour apportant la paix qu’espéraient tant les suppôts d’Athéna ? Inutile d’être un devin pour savoir que nuls pardons ne jailliraient des bouches des habitants à l’adresse des soldats étrangers qui n’avaient fait que leur apporter guerres, et peines depuis leur arrivée. Le chaos n’engendre que plus de chaos. Mais il reste curieux : et si un jour cette fameuse étincelle d’espoir venait à surgir de cette spirale infernale ? Comment se révélerait-elle au monde ? Narcisse était tellement curieux de le découvrir qu’il mettrait jusqu’à ce jour tout son cœur à plonger dans le chaos et la mort le monde entier…

« Tu as vu les bateaux ? » Lança-t-il à Krauser par-dessus son épaule. « Bien sûr que tu les as vus. » Répondit-il sans attendre de réponse de la part du Spectre. « Trois navires de ravitaillement de la compagnie des Indes, transportant armes, munitions et surtout, soldes pour les soldats de Clive. Mais grâce à la démonstration de ce soir, le capitaine du navire « commandant » de la formation ne bougera pas avant que le calme ne soit revenu à Arcot, de peur de voir ses navires être pris par des français et des indigènes locaux. »

Il n’ajouta rien quand à sa participation active quand à cette partie du plan. Krauser n’avait nul besoin de savoir cela et le Dieu du Rêve n’était un être cherchant à se vanter auprès de ses serviteurs. Seuls ses égaux pouvaient être digne d’entendre les récits de ses prouesses, et encore, ceux assez raffinés pour les comprendre.

« Le coup porté au moral des hommes de Clive, déjà branlant depuis la prise de la ville et les lourdes pertes enregistrées alors, va tendre à l’insubordination de la part de ses troupes. Et cet homme sait que c’est le premier pas vers la rébellion. Sa seule chance, est d’obtenir un coup d’éclat. Et celui-ci est si proche, et en même temps si loin de lui. » Le Dieu du Rêve revint à Krauser et croisa les bras, face à lui, un sourire presque narquois affiché. « Comprends-tu où cela nous mène mon Spectre aux désirs si palpables ? Robert Clive doit livrer à ses hommes et à la foule les responsables du sabotage de cette nuit s’il veut garder un peu de cohésion dans ses rangs, surtout qu’en ce moment même une barque avec des hommes de la compagnie se rapproche pour leur apprendre la mauvaise nouvelle. La peur insufflé par cette situation va pousser Robert Clive à reconsidérer toutes les informations qui pourront lui être livrés sur les rescapés français… et le Lieutenant Bourdon Paul. »

« Saisis-tu toute la beauté de ce tourbillon ? »
Lança un Narcisse bien inspiré en laissant sa main gauche s’élever pour mimer le dit tourbillon, prit lui-même d’un élan poétique face à la perfection des évènements qu’il avait provoqué, chef d’orchestre du chaos qu’il était. « Tu es celui dont Clive à besoin. Celui qu’il attend avec impatience. Celui qui va lui livrer ce qu’il reste des français sur un plateau d’argent ! Mais, ceci ne sera pas gratuit. » Le Dieu du Rêve leva les yeux au ciel, semblant réfléchir, puis revint à son acolyte. « Dix mille livres Sterling. C’est à la fois beaucoup pour un seul homme, et trop peu pour la compagnie des Indes elle-même. Ce sera le prix de tes informations, et de ta participation si cela peut te faire plaisir. Car je sens que tu meures d’envie de te libérer de la faim qui te tenaille. C’est toi, qui va demander cette somme à Clive lui-même, dès demain. Une somme, qu’il n’a pas, et qu’il ne peut obtenir avec des coffres vides. La seule solution qu’il lui restera alors sera de… »

Narcisse acheva son explication dans un murmure, et peut-être enfin, son compagnon allait-il comprendre toute la beauté de ces évènements dont la finalité allait être de voir se mourir la gloire d’un homme qui avait juste eu le malheur d’attirer le regard d’un Dieu du Rêve libre, cruel et trop curieux…
Lorsque ce fût fait, Narcisse disparu de nouveau dans l’ombre, impatient d’être demain.
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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Mer 5 Sep - 16:03


L’armure du Dieu du Rêve, d’ordinaire si sombre, semblait animée de multiples reflets émanant des lueurs de l’incendie, qui se propageait tel une armée barbare dans une cité impériale. Derrière lui faisait rage la conséquence de la mission que Krauser venait de mener, faisant s’activer et s’agiter les anglais comme des fourmis dont on écrase la fourmilière.

Spectacle presque déroutant pour Krauser. Lui qui faisait face à la lisière de la forêt, voyait son maître, exposer calmement la suite des opérations, sur un fond de chaos et de panique généralisée. Et cela illustrait à la perfection l’image que le spectre se faisait des seigneurs des Enfers. Impassibles, même devant les plus grands cataclysmes.

L’Ogre était plus attentif que jamais aux paroles du seigneur Narcisse. Plus que de lui expliquer la suite des évènements, il lui exposait en détail sa stratégie, tant passée que présente, ainsi que les projets qu’il avait pour sa cible. Peu à peu, tout s’éclaircissait. Krauser récupérait en silence chaque pièce du puzzle que lui tendait son maître, et reconstituait la fresque qu’était sa stratégie.

Il se sentait comme un mécène devant l’achèvement d’une toile de maître. Il était émerveillé de la complexité et du perfectionnisme de ce plan. Et quand, enfin, dans un murmure, le Dieu du Rêve lui tendit dernière pièce, Krauser n’eut nul besoin de voir ce qui y était peint. Cette pièce s’emboîtait parfaitement dans le dernier emplacement possible.
Krauser avait tout suivi dans les moindres détails. Pourtant, il se sentait comme étourdi devant cette perfection jamais égalée.

Un artiste. Non. Un virtuose.

Plus de doute. Narcisse, fils d’Hypnos, Dieu du Rêve, était un virtuose. Les plus grands chefs d’orchestre, les maîtres millénaires de la peinture, nul ne pouvait égaler la perfection avec laquelle son esprit supérieur avait conçu ce plan.

Et moi qui ai osé penser le contenter d’un assassinat…

Le spectre se sentait petit. Tiraillé entre la honte, la soumission et l’admiration. Il se sentait submergé par la fierté, ainsi que par la gratitude envers son maître. Qu’il l’ait choisi pour être le pinceau de la toile, la baguette de l’orchestre… celui qui mènerait à bien cette mission.
Il ressentait à présent le poids que le dieu du Rêve avait placé sur ses épaules. Un serviteur si imparfait, choisi pour mener à bien un plan si parfait… Jamais il n’aurait cru accéder à une telle responsabilité, ni à un tel honneur.
Des larmes de fierté lui montaient aux yeux. Tant l’admiration de la perfection que la gratitude envers son maître lui apportèrent des sentiments qui ne purent être contenus.

L’enthousiasme non dissimulé avec lequel le seigneur Narcisse avait achevé son explication fit comprendre à Krauser que le plus important serait à venir. Sachant à présent inutile de promettre la réussite, ou même d’exprimer tout commentaire, il se contenta de relever lentement la tête, sans pour autant oser croiser le regard du Dieu ; et dans un sanglot, dit simplement :

Merci.

Sans un mot, son maître disparut dans l’ombre. Krauser resta immobile un instant, le temps pour ses larmes de couler. Puis il se redressa, son visage arborant une expression plus déterminée que jamais, qui reflétait à la perfection le brasier qui animait son esprit à cet instant. Il porterait lui-même la touche finale à ce chef-d’œuvre, et en ferait l’ultime représentation de la perfection.
Puis Krauser réfléchit un instant. L’exceptionnelle rigueur de ce plan, sa parfaite conception, ne pouvaient émaner d’un esprit stratège « banal », même incroyablement développé. Aucun doute sur ce point, le stratège était… supérieur. En cela, la stratégie ne pouvait que l’être elle-même. Mais même Krauser, pourtant loin d’être le plus réfléchi des spectres, avait compris qu’autre chose animait cette stratégie. Quelque chose qui la rendait si différente… et si parfaite.

Les plus grands chefs de guerre, de tous temps et de toutes origines, imaginaient des plans axés sur la défaite et la destruction d’un ennemi ; ennemi pouvant disposer de moyens équivalents. Voilà ce en quoi Narcisse était différent. Il était un Dieu ; mais plus qu’un état, c’est ce qui expliquait la particularité de sa stratégie. Son plan est axé sur le contrôle et la manipulation, de ce qui n’est pas un ennemi, mais une cible. Et par définition… disposant de peu ou pas de moyen de riposte.

Voilà pourquoi un simple assassinat, comme l’imaginait Krauser, n’aurait mené à rien. Le but n’était pas la destruction de l’ennemi… mais le contrôle de son destin. Tout était clair, à présent. Tous les humains sont voués à quitter cette terre un jour. Alors pourquoi précipiter les choses, lorsqu’on peut les rendre si invivables que la vie elle-même en devient une torture ? Plutôt qu’un décès qui lui aurait offert d’emporter son succès dans sa tombe, Clive vivrait tout le temps qui lui est alloué ; mais haï de tous, passé pour incapable et irresponsable. Pour lui, l’enfer serait cette existence maudite, dont la mort serait la délivrance. Sa mémoire sombrerait alors dans l’oubli, et son nom ne serait plus qu’une tâche d’encre dans un coin de page des archives militaires anglaises.

Un virtuose.

Le brio avec lequel son maître avait imaginé ce plan fascinait d’autant plus Krauser, mais il avait été conçu d’une façon si démoniaque, si… inhumaine… qu’il en ressentait une certaine terreur.
Mais il y avait un temps pour les sentiments, et un temps pour les actes. Et ce temps était venu.
Jugeant préférable d’attendre que la situation se soit calmée pour mener à bien la suite de la mission, l’Ogre entreprit les préparatifs de cette dernière phase. Il lui fallait à présent s’infiltrer auprès de l’état-major Anglais, et ici, pas question d’agir de façon aussi désinvolte qu’avec le petit lieutenant français. Surtout après ce qui venait de se passer ; aucun doute sur la méfiance que l’on lui opposerait.

Aussi discrètement que lui permettait sa stature, il se glissa hors du bosquet, et longea le mur d’un hangar voisin de celui qui était maintenant en proie aux flammes. Il s’accroupit derrière une caisse posée au coin du bâtiment, et attendit. Des soldats en uniforme vermillon passaient l’un après l’autre, mais aucun ne convenait. Puis après une courte minute, un anglais plus robuste et plus grand que les autres passa en petites foulées à moins d’un mètre de la cachette de Krauser. Comme un fauve happe sa proie d’un coup de griffes, le spectre le tira d’un coup sec vers lui, et avant que sa victime n’ait le temps de réagir, il lui vissa la tête à cent quatre-vingt degrés, lui brisant les vertèbres d’un coup.
Le soldat était grand, mais toujours pas autant que Krauser. Pas le temps toutefois de faire la fine bouche. Le spectre délesta le cadavre de son chapeau et de sa veste, qu’il passa tant bien que mal, veillant à ne faire sauter aucun bouton. Puis il sortit de sa cachette, et prit sur son épaule la caisse qui l’avait dissimulée. Il passa d’un pas rapide entre les anglais, affairés et paniqués, profitant de la confusion pour ne pas se faire remarquer. Puis, il repéra des soldats chargés de vivres et de seaux d’eau, venant tous de la même direction. C’était sûrement là que se trouvaient les réserves Anglaises. Et Clive, par la même occasion.
Ne se fiant qu’à lui-même, Krauser passa le plus discrètement possible entre les soldats, non sans se forcer à un pas légèrement pressé, le mêlant à la panique générale.
Enfin, il parvint en vue de l’une des rares bâtisses encore intactes, mais également parmi les plus luxueuses de la ville. Plus qu’une cinquantaine de mètres, et il atteindrait son objectif.

Cependant, les humains étant connus pour leur curiosité légendaire, il aurait été bien trop simple de passer sans le moindre accroc. Un anglais solide, aux épaules chargées de galons, interpella Krauser.

Hep ! Toi ! Ou-est-ce que tu vas avec cette caisse ? C’est sur le quai qu’on a besoin de marchandises !

Fouineur… Le spectre de l’Ogre n’avait pas le temps d’être ralenti par un curieux qui n’a de cesse de fourrer son nez partout. Il prit une expression exagérément naïve, ainsi qu’une intonation qui reflétait la bêtise.

Euh… c’est le caporal qui m’a demandé d’apporter des… heu… ah, oui… des lingots, et de les mettre dans le coffre de m’sieur Clive. Pour les mettre en sécurité, y’m’a dit.

Comme prévu, l’envie se lut aussitôt dans les yeux de l’humain vénal. Il prit un large sourire, et fut tout à coup bien plus courtois.

Hé hé…. Des lingots… le contenu des cofres de la compagnie, sans doute… Viens donc par là, soldat. Je vais jeter un œil à cette marchandise.

Le soldat désigna du doigt un coin de ruelle sombre, afin de récupérer discrètement ce qu’il pensait être la clé d’un avenir prospère. Ironie ! Il facilitait la tâche à Krauser de façon inespérée. Voilà ce que l’on pouvait qualifier de pulsion suicidaire involontaire.
Le spectre suivit l’officier dans la ruelle, et ouvrit la caisse afin de lui permettre de regarder à l’intérieur… Vide, bien entendu. L’homme s’approcha, pencha la tête au-dessus de la caisse vide, et avant même qu’il n’ait eu le temps de s’apercevoir de la supercherie, le couvercle s’abattit sur ses vertèbres, stoppant là ses rêves de richesses… et tous les autres.

Seigneur Narcisse, voici un être vil et fourbe dont vous n’aurez plus à vous soucier des songes.

Il dissimula le corps, et reprit sa route en direction de sa cible. Arrivé devant le bâtiment, il se débarrassa de la caisse, et franchit la lourde porte de bois. Là, il demanda le plus élégamment possible à un soldat chargé de sacs :

Le bureau du major Clive, s’il vous plait ?

Sans dire un mot, le soldat désigna du menton une grande porte richement décorée, surmontant un escalier de marbre circulaire ; puis il s’éloigna aussi vite qu’il était venu.
Le spectre de l’Ogre franchit les marches quatre à quatre, et tendit un instant l’oreille. L’agitation qui régnait à l’intérieur de la pièce ne laissait aucun doute sur l’état dans lequel devait se trouver Clive. Confiant, Krauser poussa la porte, ne faisant se retourner que deux ou trois personnes sur tous les généraux et officiers présents dans la pièce. Tous transportaient cartes et documents, traversaient la pièce d’un bout à l’autre, donnaient l’impression de se perdre dans les quelques mètres carrés de la salle. Sur un coin de table, trois hommes observaient et commentaient une carte posée entre une pile de documents et un tiroir orphelin de son armoire.
L’un deux, particulièrement actif, portait une longue veste vermillon ornée de liserais blancs et dorés, ainsi que d’un impressionnant placard de médailles. Son visage était sérieux, autoritaire, et ses deux subalternes semblaient frémir à chacune de ses paroles. Aucun doute sur son identité.
Krauser referma la porte derrière lui, et s’approcha légèrement de l’homme, tout en restant assez loin pour pouvoir se faire entendre de toute l’assemblée. Il lança, presque comme un cri :

Major Clive !

Aussitôt, l’homme en question leva les yeux, suivi de près par tous les officiers qui stoppèrent net toute activité. Son réflexe prouva qu’il s’agissait bel et bien du Major-Général Clive.

Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? J’ai beaucoup à faire, alors j’espère que c’est important !

Krauser laissa échapper un sourire satisfait. Il aurait voulu répondre « plus que vous ne l’imaginez »… mais autant ne pas éveiller les soupçons, surtout chez ces militaires bornés et surdisciplinés.

Je me nomme Krauser Cailevare. Je suis venu vous faire part d’une information qui pourrait vous permettre d’éradiquer définitivement l’ennemi français.

Aussitôt, le spectre capta toute l’attention. Clive se redressa, croisa les bras, et demanda d’un air intrigué :

Parlez, je vous écoute…

Je peux vous donner avec précision l’emplacement du camp ennemi, l’effectif des troupes, les failles dans les défenses… Même les postes stratégiques pour le prendre d’assaut. Mais…

Et comment savez-vous tout cela, dites-moi ?

Clive semblait maintenant plus méfiant qu’autre chose. Il fallait être convainquant.

Je suis un espion au service de l’empire Allemand. Ordre m’a été donné d’infiltrer les lignes françaises afin de prévoir une attaque qui mettrait en jeu bien plus que le simple empire de la Compagnie. C’est la France elle-même qui en serait affaiblie, laissant le champ libre à une invasion en bonne et due forme. Mais entre-temps, les conseillers gouvernementaux ont eu le dernier mot, et l’idée d’un assaut sur la dernière poche de résistance a été abandonnée, car jugée insuffisante pour causer le déclin de tout un royaume. Aussi ai-je en poche de précieuses informations, sans personne pour les accueillir. Je me suis donc permis de venir vous les proposer… J’imagine qu’elles vous seront utiles.

Un espion, dites-vous ?

Aussitôt, Krauser tira un pan de sa veste, dévoilant l’uniforme français resté en-dessous. Clive fut convaincu, et poursuivit, d’un ton plus assuré.

Qu’avez-vous en tête ?

Si ce n’est pas vous, ces informations seront perdues. Ce qui serait dommage, au vu du mal que je me suis donné. Mais… toute peine mérite salaire. Aussi, je suis tout disposé à vous fournir ces informations… à la seule condition que vous m’en offriez un prix convenable.

Le visage de Clive s’assombrit, non sans se fendre d’un rictus mauvais. Il fit un signe de tête à l’un de ses généraux, qui s’approcha de Krauser en tirant son arme.

Peut-être saurez-vous vous montrer plus bénévole que cela, sous la menace.

Krauser sourit, et d’un rapide mouvement du bras, brisa celui de son assaillant, qui hurla lâchant son arme. Le spectre s’en empara, et l’appuya sur la tempe de son otage.

Je suis un espion expérimenté. Aucune menace ne sera efficace, et quand bien même vous parviendriez à me capturer, je ne parlerai jamais. Je pense que vous pouvez me faire confiance là-dessus.

J’imaginais les espions allemands, surtout aussi doués que vous, un peu plus disciplinés que cela. Mais, bref, je vois que je devrai me résoudre à un accord « honnête ». Combien demandez-vous ?

Krauser lâcha sa victime, se secoua les mains, et sembla réfléchir un instant avant d’annoncer :

Dix mille livres. Cinq mille pour l’information, et cinq mille pour avoir tenté de me doubler. Je n’irai pas plus haut, mais pas plus bas non plus.

Le spectre vit à l’expression de Clive que son maître avait visé juste en exigeant cette somme. Mais en avait-il douté un seul instant ?

Vous êtes fou ? D’ou voulez-vous que je tire une telle somme? Et de plus, qu’est-ce qui me prouve que vos informations seront correctes ?

Il fallait s’y attendre. Quoi de mieux, pour lui répondre, que de lui rapporter ses propres informations confidentielles ?

Vous disposez d’un effectif de plus de cinq mille hommes, vos postes avancés sont placés à chaque coin de quartier dans un rayon d’un kilomètre autour d’ici, vous avez récemment envoyé un éclaireur pour repérer le camp français –ne vous demandez donc pas pourquoi il n’est pas revenu-, et de plus…

Oui, un bon moyen d’indiquer à Clive le meilleur moyen d’accéder à ces informations. Il lui faudrait choisir… tenterai-t-il de résoudre le problème par lui-même ? Pas assez de temps. Utiliserait-il ces informations ? Pas assez d’argent. Seulement… si le temps file et échappe à tout contrôle, l’argent, lui, peut se trouver aisément, et plus ou moins honnêtement. Il faudrait à Clive tenter le tout pour le tout, et compter sur le réel dévouement de ses hommes, et l’honnête soutien de la population. Mais ce qu’il n’était pas en mesure de savoir, contrairement au Dieu du Rêve, c’est que la fidélité des Hommes n’est pas gratuite… Il l’apprendrait bien vite, mais malgré tout, trop tard.

et de plus, un navire transportant des marchandises et… bien d’autres choses, mouille non loin des côtes. Il n’attend d’ailleurs que votre accord pour accoster.

A ces mots, Clive eut un léger sursaut. Son regard se porta un instant vers la fenêtre donnant sur la mer, par laquelle il pouvait voir une faible lueur, au loin, immobile. Il resta songeur un instant.
Krauser peinait à dissimuler son sinistre enthousiasme. Son visage se fendit d’un sourire cruel. Il savait qu’il tenait Clive entre ses mains, qui lui proposait un choix à un seul échappatoire. Il ne résista pas à l’envie d’insister.

Alors, qu’en dites-vous ? Faisons-nous affaire?

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Narcisse


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MessageSujet: Re: [1751] Dans l'Attente... (Krauser)   Ven 28 Sep - 16:11

¤ 9 ¤
Du haut de son piédestal, le Dieu du Rêve écouta attentivement la conversation qui commençait à peine dans la caserne britannique d’Arcot. Il n’était plus réellement « là » et observait tous les évènements à travers un miroir devant lui, changeant son point de vu au fil de ses désirs. Son point de vu, c’était celui de ce soldat à moitié endormi, qui venait de voir Krauser se glisser dans la caserne sans relever l’incohérence d’un homme allant dans la mauvaise direction alors que tout le monde sortait aider à l’incendie, comme lui-même aurait dû le faire. Son point de vu, c’était celui de ce lieutenant revenant de la salle des coffres et ayant vu Krauser demander son chemin pour rejoindre le bureau de Major Général Clive. Son point de vu, c’était celui des âmes trop faibles pour empêcher son intrusion dans leurs esprits. Et des âmes faibles, il y en avait beaucoup dans cette caserne, mais celle qui l’intéressait lui était inaccessible de son conscient.

Robert Clive.
Sans réellement créer de réaction lorsqu’il pénétra dans son bureau, animé depuis l’explosion par une troupe de hauts-gradés cherchant à comprendre comment une trentaine de rescapés avaient pu infiltrer le port et détruire leur réserve de munition alors qu’ils auraient dû rester terré pendant des jours après leur défaite, les premiers mots du Spectre de l’Ogre attirèrent l’attention sur lui.

Mais pas seulement.

« Soldat, veuillez porter la main à vos armes… » Glissa tout bas le Caporal Shepard à plusieurs de ses compagnons en train d’étudier plusieurs feuilles de notes et de rapports.

Car une intrusion, même à titre d’aide à leur apporter, ne pouvait être perçue comme un bon présage. Cela voulait dire que cet homme était dangereux, et dieu seul savait ce qu’il pouvait cacher sous son uniforme volé. Et pas seulement volé, malheureusement.
Aussitôt l’agent du fils d’Hypnos eut-il déclaré être un espion Allemand que quelques soldats se déplacèrent dans la pièce de manière à entourer Krauser et à lui couper toute voie de retraite. Leurs armes n’étaient pas encore pointées sur lui, mais cela ne tarda pas. Narcisse apprécia jusqu’à cet instant le spectacle, et on aurait pu demander pourquoi ce dernier n’avait pas lui-même prit part plus active à cette mission. Mais la raison en était bien simple : le Dieu du Rêve ne pouvait agir que dans les rêves. Bon, ce n’était pas totalement vrai mais il avait tenu à exercer ce plan d’une façon bien précise et son goût pointu des plans parfaits ne pouvait souffrir de dissonances.

L’avis de Narcisse sur son sbire changea lorsque celui-ci précisa avec plaisir qu’il avait éliminé un éclaireur Britannique, celui-là même à qui il avait sans aucun doute subtilisé son uniforme pour pénétrer en ces lieux. Immédiatement, et sur un simple mouvement du Caporal Shepard, tous les hommes présents, mise à part lui, Clive et deux autres gradés, dégainèrent fleurets et pistolets pour les pointer sur Krauser, assassin présumé d’un de leurs compatriotes. Si personne n’arrêtait le Caporal, celui-ci allait ordonner de faire feu… Et alors rien ne se passerait comme prévu ! Il fallait absolument empêcher cela !

Narcisse se leva de son trône et s’approcha du miroir mais avant qu’il n’ait pu agir pour bloquer la psyché du Caporal et l’envoyer dans un cauchemar l’histoire de détourner son esprit de la situation présente, Krauser parla de nouveau.
Et une main se leva, pour arrêter le possible ordre de son subalterne.

« Attendez ! » Ordonna Robert Clive, le regard agité.

Il regardait nerveusement par la fenêtre en direction de la mer : les navires de ravitaillement étaient-ils déjà là, comme le prétendait cet homme ? Si cela était vrai, il allait pouvoir payer la solde déjà en retard de ses troupes et éviter une mutinerie qu’il savait imminente. Cette campagne n’avait pas été facile, pour personne. Et la loyauté des hommes et une chose volage.

« Attendez… » Répéta-t-il plus doucement, comme si ce seul mot pouvait arrêter le temps, pour qu’il puisse réfléchir calmement à la situation.

Ce qu’il ne pouvait pas faire, car le temps pressait. Cependant, dix-milles livres Sterling pour les informations qu’il lui manquait pour débusquer les dernières poches de résistances françaises ? C’était de la folie ! Lui-même n’avait pas cet argent. Et le seul argent qu’il pouvait utiliser sur l’heure, était celui, non-pas des navires à proximité, mais des coffres de la compagnie des Indes elle-même, ceux qu’ils devaient renvoyer à Londres tous les mois. Ceux qu’il ne pouvait pas toucher, qu’il n’avait pas le droit de toucher, qui même en cas d’extrême urgence ne pouvaient être utilisés…

Mais il restait peut-être une solution : s’il utilisait un peu de cet argent, et qu’il utilisait ensuite une part de celui des soldes de ses hommes, en faisant patienter la moitié d’entre eux encore quelques temps ? Au moins aurait-il la loyauté de la grande majorité des soldats, ainsi que les informations pour envoyer à l’échafaud en place public les français restants et ainsi apaiser la colère et les désirs de vengeance de tout le monde. Non, il ne pouvait pas faire cela. C’était trahir la compagnie et la confiance de ses hommes. Si cela s’apprenait…

« Et si cela ne s’apprend pas ? » Murmura une petite voix maligne au fond de sa tête.

Il pouvait aussi faire mine d’accepter la proposition, puis faire tuer cet Allemand et après... STOP ! Hurla-t-il à son propre esprit. Toutes ses pensées lui étaient insupportables. En sueur, pâle, Clive se laissa choir sur un fauteuil derrière son bureau et releva les yeux vers Krauser, toujours tenu en joue par ses hommes. Il ne pouvait pas faire cela, mais la situation était désespérée. Il n’y avait pas d’autres solutions, mais… Mais quoi ? Il n’y a PAS d’autres solutions. Voilà tout ce que je dois me dire.

« Emmenez-le aux cachots. » Commença-t-il à dire en regardant de nouveau par la fenêtre. « Non attendez, je vais le faire moi-même. » Dit-il en se relevant brusquement.

Connaissant un peu mieux Krauser depuis deux jours, Narcisse se permit de s’introduire quelques secondes dans son esprit pour y délivrer un message des plus simples.

« Laisses-toi faire. »

C’est ainsi que l’assassin Allemand fût conduit au sous-sol de la caserne, dans la prison qu’abritait celle-ci. Là, les quelques hommes qui avaient conduit Krauser et Clive refermèrent devant le premier la porte de la cellule, puis quittèrent le couloir sur ordre du second. Le Mjor s’assura d’être bien seul avant de s’adresser de nouveau à son informateur.

« L’emplacement du camp, les effectifs, les failles défensives, les derniers postes d’éclaireurs, le nom de l’officier en charge de la défense. Donnez-moi ces informations, et vous disparaitrez des Indes avec votre argent dès demain. »

Le dialogue entre les deux hommes ne dura pas longtemps, car Clive avait une bonne mémoire, n’obligeant pas Krauser à réexpliquer certains points de son exposé. Lorsque l’accord fût scellé, Clive retourna à son bureau et commença à organiser le premier et unique assaut sur la poche de résistance française, l’histoire d’en terminer une fois pour toute avec cette bataille d’usure et de sabotage à laquelle se livraient ses adversaires. Trop honnête pour trahir ses serments deux fois dans la même journée, Robert Clive allait effectivement payer Krauser dès le lendemain, et le faire partir dans les plus grand secret par voix maritime pour le débarquer à Singapour d’où il pourrait rentrer chez lui par le moyen qu’il jugerait bon. Il aurait pu le faire exécuter après avoir confirmé que le camp des français était bien là où il avait dit qu’il serait, ou le faire exécuter avec les survivants lorsqu’ils furent fusillés en place publique d’Arcot par des britanniques et des indigènes locaux en colère. Il aurait pu refuser de le payer, mais ce dernier avait tenu sa parole, et délivré des informations justes et valables. Lui-même avait dû se débrouiller de manières plus ou moins légales pour l’argent, mais les témoins de tout cela n’étaient pas nombreux. Pour tout dire, il était le seul à savoir pour l’accord avec l’Allemand, et ils n’étaient que deux à savoir pour le détournement de dix milles livres des coffres des navires de ravitaillement. Ils étaient si peu nombreux à savoir…

Mais quelque part, au-delà des temps et de l’espace, un Dieu se mit à sourire, car l’éclat de Clive venait de disparaître des l’immensité des rêves. A ses propres yeux, le brillant homme avait faillit à son serment, à sa tâche, à sa mission. Tout était fini pour lui, qu’il le veuille ou non, qu’il en soit conscient ou pas.

C’est lorsque Krauser alla se reposer dans la soute du navire qui allait l’amener à Singapour que le Dieu du Rêve pénétra de nouveau ses rêves, y imposant une blancheur toute relative. Un point noir naquit devant les yeux du Spectre de l’Ogre, point qui se mit à grandir jusqu’à laisser apparaître une ombre nimbée de flammes vertes. Narcisse apparut alors, toujours aussi resplendissant dans son Surplis ailé, et sur son visage était affiché un sourire satisfait.

« Il semblerait que tout ce soit bien passé, n’est-ce pas Krauser ? Je suis désolé que tu n’ais pas pu participer à l’assaut contre le camp retranché du Lieutenant Bourdon pour y massacrer allègrement la quasi-totalité de ses effectifs mais malheureusement ta maladresse quand à la mention de l’assassinat d’un soldat Anglais n’a pas joué en ta faveur. Il ne s’en est fallu que d’un cheveu que tu sois fusillé sur place. Cela n’aurait eu guère d’effets mais… Mieux vaut ne pas attirer l’attention des mauvaises personnes avec ce genre de miracles. »

« Qu’as-tu retenu de tout ceci Spectre de l’Ogre ? »
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[1751] Dans l'Attente... (Krauser)

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