RPG Saint Seiya : Saints Of The Past
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 [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]

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Saikhan


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MessageSujet: [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]   Ven 21 Aoû - 17:41

Fin Juillet 1755 ~ Empire de Chine - Rozan

Dans son esprit tourbillonnait de multiples pensées. Des pensées simples, des pensées complexes, des pensées sauvages et clairsemées. Pourtant, une seule perçait avec clarté la brume de sa conscience fatiguée. Unique, elle lui donnait la force de talonner son cheval et de se maintenir sur sa selle, et ce, malgré la douleur grignotant son corps telle une sinistre maladie. Combien de temps tiendrait-il à ce rythme, songea t-il en demeurant à deux foulées de distance de son neveu qui chevauchait dans un galop énergique, dans ses chemins de montagne ? Sa lance était encore rougie par le sang des soldats qui étaient parvenus à les suivre, leurs corps éventrés gisaient à plusieurs kilomètres de là, abandonné par les deux fuyards dès lors qu'ils avaient trouvé une ouverture. Étaient-ils suivi ? Probablement. Parviendraient-ils à leur échapper ? Il ferait tout pour, et ce, même si il devait reprendre l'assaut. Il savait pourtant cela dangereux et c'était là, la raison même de sa fuite. Le soldat déchu n'avait pas même besoin de poser sa main sur son flanc pour en vérifier l'état, il sentait le sang suinter de sa blessure, imbiber son vêtement à moitié déchiré. Et si cela ne suffisait pas, la douleur battant au rythme de son cœur frénétique était bien assez pour le constater. Pourtant, il l'ignorait, comme on ignore un désagrément éphémère n'ayant aucune espèce d'importance, serrant entre ses doigts l'arme qu'il venait d'utiliser pour affronter la garde. Cette dernière commençait à peser plus lourdement qu'elle n'aurait dû et il comprenait sans peine qu'il s'affaiblissait.

Combien de temps pouvait-il encore tenir ? Inspirant aussi profondément que le lui permettait son corps, l'homme ignora sa propre question. Elle n'avait pas lieu d'être, il tiendrait autant qu'il le faudrait pour mettre son protégé à l'abri du danger. Une grimace vint un court instant tordre ses traits alors qu'il bougeait son bras gauche. Dans sa chair, il ressentait la morsure du métal meurtrissant ses muscles, entaillant à chaque mouvement davantage encore son épaule. Pour l'heure, il devait s'en désintéresser. D'un simple claquement de langue, sa monture accéléra, se plaçant au plus près de celle de son neveu qui galopait à vive allure. Continuer sur ce chemin était trop dangereux, ils devaient absolument en quitter la sécurité pour s'enfoncer dans les bois mais pour se faire, il fallait ralentir et surtout... descendre. Ce chemin de montagne n'aurait pas d'issue. D'un geste, il intima à son neveu de le suivre, ralenti et confia sa vie à sa monture. La pente était particulièrement raide, mais pas suffisamment pour que le pied sûr de leurs chevaux parviennent à les y entraîner en toute sécurité. Le sombre guerrier retint une grimace en serrant les dents, ses doigts aux phalanges blanchies se crispant sur son arme pour lutter contre la douleur que lui provoquait cette nouvelle escapade. Yin était juste devant, et il bénit l'équidé à la robe grise pour son pied sûr et l'intelligence dont il faisait preuve en avisant la descente. Son propre destrier était plus expérimenté et n'avait nulle difficulté à s'avancer sur la parois, mais il leur fallut bien de longues et interminables minutes pour rejoindre un sol plus plat et s'abriter sous les arbres drus de cette région humide.

Se dissimuler sous cette arborescence était la meilleure chose qu'ils pouvaient faire mais cela les ralentirait invariablement. Si ils galopaient dans cet espace, leurs jambes risqueraient de se faire emporter par un arbre la faute à une erreur d'appréciation de leur monture. Leur regard était différent des leurs. « Continuez. Je vous suis. » Malgré sa vision floutée par l'effort et la souffrance, il parvenait à ressentir le regard inquiet de son neveu se poser sur lui. « Mon oncle, il faut... » Il ne lui laissa pas le temps de finir. « Avancez. Nous n'avons pas le temps. » Sa voix était ferme, pourtant, elle demeurait hachée, laborieuse. Quelle quantité de sang avait-il perdu ? Ils s'arrêteraient mais pas tout de suite, avant, ils devaient trouver un endroit où ils pourraient le faire sans risque, et ce n'était pas ici. Le trot était plus douloureux que le galop, mais c'était l'allure la plus indiquée pour ce genre d'environnement empli d'arbres et de roche, pentu. S'éloigner. Il n'avait que cette idée en tête. « Wuya va à droite... » La voix de l'enfant était faible, hésitante, il lui semblait l'entendre au travers d'un étrange prisme. Sa conscience s'étiolait. Non. Pas encore. Visiblement, le jeune Prince laissait le corbeau les guider. Une bonne ou une mauvaise chose ? Il ne savait comment considérer l'animal, même si ce dernier avait été des plus utile jusque là. C'était lui après tout qui les avait prévenu de ce nouvel assaut. Ils cheminèrent encore un long moment en suivant le sombre oiseau, le regard inquiet de l'enfant se détournant sans cesse vers lui, visiblement effrayé. Saikhan fit de louable effort pour lui dissimuler sa souffrance.

« De l'eau ? » S’exhortant à plus d'attention, le soldat perçu lui aussi ce brouhaha impressionnant qui ressemblait, en effet, à quelque puissante cascade. De l'eau... Les chevaux en avaient bien besoin – et eux aussi à vrai dire. « Mon oncle ? » Il acquiesça simplement en réponse alors qu'ils dirigèrent leurs montures vers ce point de chute, dès lors qu'ils y furent, l'exclamation admirative de l'enfant vint un instant soulager ses maux. Une naïveté confondante qui pourtant fut bien vite remplacée par une moue inquiète dès lors qu'il se détourna sur son mentor. Avec un effort qui lui paru particulièrement difficile, le Mao sauta au bas de son sombre équidé. A peine ses pieds eurent-ils effleuré le sol que ses genoux vacillèrent, incapable qu'il était de demeurer sur ses jambes. Sa lance lui servit d'appuis, mais il était déjà trop tard. « Mon oncle ! » L’affolement était perceptible dans ce ton délicat tant et si bien qu'il s'en sentit coupable. Il ne devait pas l'inquiéter. Il se devait d'être fort, toujours. L'ombre d'argent du jeune Prince vint jusqu'à lui, constatant les dégâts – de ceux visibles, cette flèche seulement, la blessure à son flanc demeurait dissimulée sous sa sombre cape. « Ne vous inquiétez pas. » Comment pouvait-il le rassurer avec un tel râle ? Forçant sur ses jambes, il se redressa pourtant, s'aidant de son arme pour se relever. « Vous saignez ! Comment pourrai-je ne pas m'inquiéter ? » lâcha l'enfant d'une voix voilée d'un rien de reproche hébétée. Il ne savait visiblement pas comment il devait réagir. L'autorité du Prince déchu ou la culpabilité du fuyard incapable ? Il s'en sentait effrayé. Effrayé de son impuissance, là où son oncle, lui, faisait tout pour dissimuler à sa vue les marques de ses combats. Des combats qu'il affrontait seul, juste pour le protéger.

Khar piétina sur place, renâclant brusquement, et immédiatement, Saikhan fut en position de combat. La pointe de sa lance glissant vers le bas, dans l'attente d'un ennemi pouvant venir de n'importe où. La fièvre embrumait son esprit, mais son corps était suffisamment entraîné pour que ses gestes demeurent instinctif. Même dans cet état, il lui était possible de tuer, comme une bête acculée. A ses côtés, le jeune Prince à la chevelure d'argent se tendit, dégainant sa propre épée pour se placer au côté de son mentor. Son regard azuré parcourait les alentours. Un nouvel assaut ? Si tôt ? La malchance s'acharnait-elle sur eux ? « Mettez-vous à l'abri. » Sa voix était un murmure difficile. Trouble mais qui se voulait aussi ferme que possible. Cela ne fut cependant pas suffisant. « Pas question. Je ne vous abandonnerai pas. »

Où était le corbeau ?
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Mashia


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MessageSujet: Re: [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]   Ven 21 Aoû - 22:24




Mashia Mokushi



Les chroniques d'une fleur de Lotus - Fin de la Guerre



Juste pour me souvenir





Mashia Mokushi leva une main en visière devant ses yeux pers. Déjà midi ? Que le temps passait vite, trop vite. Elle n'avait pas fait plus attention que ça à la course du soleil, trop absorbée par ses tâches. Depuis que la jeune femme avait décidé d'aller rendre hommage à son père et se recueillir sur les terres de Dohko, rien d'autres ne la laissait plus en paix que de se rebâtir une vie. Ou un simulacre de vie. Cette idée lui était subitement venue quand Lya, sa chère fille, lui fut rendue. Presque sur un coup de tête – à moins qu'elle ne répondait à un appel silencieux et instinctif – la Japonaise avait quitté Jamir pour un temps pour se rendre dans ce tertre paisible où avait vécut son ami. Où tous les deux s'étaient rencontrés pour la toute première fois. Quand ils n'étaient encore de jeunes enfants, insouciants des heurts que la vie pouvait apporter.

Essuyant son front d'un revers de la main – la seule qui lui restait – elle porta celle-ci à son tablier tout maculé de terre pour ensuite apprécier la vue de son petit potager déjà fleurissant. Il n'y avait rien de plus gratifiant que de cultiver soit-même la terre pour en extraire de beaux fruits. Aujourd'hui on lui avait apporté des œufs frais qu'elle avait gentiment échangé contre quelques légumes à une vieille dame sourde comme un pot mais au chaleureux sourire édenté. Si de prime abord Mashia s'était essayée à les lui donner de bonne grâce, l'aïeule avait refusé vivement, secouant énergiquement des mains tout en pestant. Ne voulant donc pas la froisser davantage, elle s'était prêtée à ce jeu de troc fort utile.

Depuis lors elle et Lya vivaient en autarcie loin des conflits, de la guerre, loin de la mort. Et c'était mieux ainsi, même si ne pas veiller sur les villageois de Rodorio demeurait pesant. Elle avait prit l'habitude de veiller sur eux et quand elle annonça son idée de pèlerinage, rodoriens et rodoriennes n'avaient pas caché leur inquiétude avant de la pousser à faire ce périple. Avec sa fille.

Lya par ailleurs, était enchantée de marcher dans les pas de sa mère de cœur, curieuse de découvrir le lieu où tout avait commencé, cet endroit chargé de souvenirs. De fantômes du passé.

Or sur le chemin, elles avaient eu la surprise d'en voir surgir un au détour d'un sentier une grande et musculeuse silhouette à quatre pattes, d'un orange vif, automnal, ce spectre là qui portait le nom de Hù. Leurs retrouvailles furent mémorables, émouvantes qui avaient fait se rouvrir les portes des souvenirs. Depuis lors, le tigre ne la quittait plus, semblait veiller sur elle comme … lui, l'avait fait si souvent. Parfois en plongeant ses prunelles claires dans les siennes, elle pouvait y voir flotter le visage de Dohko, tout sourire, la gratifiant d'un de ces regards tendre, protecteur. Ceux-là qui la faisait pleurer la nuit une fois qu'elle était assurée que sa protégée dormait.

« Maman ! » appelait une petite voix qui l'extirpa de ses songes éveillés. « Je n'aurais pas assez d'eau pour le repas ! »

Déposant ses victuailles dans un panier d'osier, la jeune femme prit soin de le rapporter dans cette petite chaumière qu'elle avait réaménagée avec le strict minimum et s'employa donc à aller faire ce petit bout de chemin qui la séparait de la cascade. Faute de pouvoir la tenir autrement, la cruche dont elle s'était emparée, trônait sur sa tête dans un équilibre précaire mais qui amusait Mashia : c'était là un bon entraînement après tout.

Elle ressemblait à s'y méprendre à une paysanne ainsi pourvue d'un tablier sale mais d'un kimono bleu nuit et simple, ceint d'un obi rouille qui n'avait rien de chinois. Ce détail mit à part, coiffée à la manière des chinoises, sa chevelure rouge sang ne la gênait pas dans ses mouvements et ce fut d'un pas lent qu'elle entra dans la brume.

Brouillard qui n'appartenait qu'à cet endroit précis, comme si un voile s'était levé pour protéger les lieux. Le bruit de la cascade ne couvrit pas un battement dans l'air, un froissement que la jeune Mokushi ne sut ignorer. Elle eut la grande surprise de voir se poser un grand corbeau sur une branche, non loin, à l'observer de ses grandes billes noires qui lui servaient d'yeux. Intriguée, elle s'en approcha mais, avant même qu'elle ne puisse le détailler plus, il s'envola avec force de croassements puis revint vers elle, prêt à la percuter. Vivement elle se baissa, fit un écart et écrasa une brindille. Le corvidé revint à la charge quelques secondes plus tard et continua ce petit manège deux ou trois fois avant de s'en aller. Les sourcils froncés, la jeune femme se décida à le suivre. Ce curieux comportement l'avait interpellé : puis … il y avait cette drôle d'impression, une vague signature cosmique.

Sa fine silhouette surgit alors des brumes éparses, tombant nez à nez avec … deux inconnus. L'un était un homme, l'autre devait avoir à peu près le même âge que Lya. Son visage de porcelaine traduisait une vive surprise : l'homme la menaçait et paraissait blessé, harassé. Comme l'adolescent à ses côtés … Avec lenteur, elle déposa le récipient à terre et ensuite, leva sa main vers eux en signe de paix. Là où aurait dû être son second bras, il n'y avait qu'une manche nouée assez haut et secouée par le vent. La japonaise s'inclina respectueusement avant de s'exprimer dans leur langue, parfaitement et sans hésiter.

« N'ayez pas peur, je ne saurais vous faire du mal … » Fragrance métallique, du sang. Les yeux pers de la belle s'écarquillèrent. « Monsieur, vous êtes blessé ! Venez, ne perdons pas de temps, je n'habite pas très loin et je suis guérisseuse … »

Elle s'était approchée pour arriver à leur hauteur, les gratifiant d'un beau sourire réconfortant comme ceux d'une mère. Et sans demander la permission, forte dans son idée de leur porter secours, l'ancienne Sainte de la Vierge prit soin de mener le vaillant destrier par la bride, direction, chez elle. Parfois, elle pouvait se montrer bornée et têtue …

Mais si elle faisait ça, ce n'était pas sans raison. Elle sentait sur eux une ombre planer. « Suivez-moi ! »

De là il serait plus simple de regarder ces plaies et de les soigner … Lya sera ravie de voir se fissurer un ordinaire trop calme …








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Saikhan


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MessageSujet: Re: [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]   Sam 22 Aoû - 17:31

Des battements d'ailes. Le regard rendu trouble du guerrier vint un instant s'attarder sur la silhouette charbonneuse du corvidé qui vint se poser sur une branche à quelques pas d'eux. Il ne fut pas seul à le voir, son neveu se détournant sur lui, visiblement intrigué comme l'attestait sa voix. « Wuya ? » Un murmure presque inaudible. Une interrogation vaine. L'oiseau n'émit nul cri en réponse, comme il le faisait de coutume pour annoncer un danger. Cette fois, il se taisait juste, observait les deux Mao de ses billes d'encre sans émettre le moindre son. Ce comportement était pour le moins inhabituel. La créature, dès lors qu'un danger se faisait ressentir, criait de sa voix éraillée pour prévenir ses compagnons qu'une menace approchait. Saikhan avait toujours trouvé cette attitude étonnante mais néanmoins, il la trouvait trop utile pour l'en blâmer. Cela ne l'empêchait nullement d'être toujours aussi méfiant, prudent et si son propre cheval avait perçu quelque chose, il n'avait nulle raison de douter de lui. Il était jusqu'alors, son plus fidèle allié.

Ce fut une femme qui apparue. Une femme au teint de lait et à la chevelure écarlate qui lui laissa une impression étrange qu'il ne parvint à appréhender. Était-ce son allure, oscillant entre deux mondes semblables mais pourtant bien différent ? Ou bien simplement son comportement des plus intriguant ? Une femme menacée d'une arme qui s'inclinait face à son potentiel bourreau avait en effet, de quoi étonner le plus valeureux des guerriers. Sa voix perça les brumes de sa conscience, de celle de l'enfant également qui sembla presque sursauter en entendant ce timbre délicat et aimable, si loin des insultes et invectives qui, jusqu'alors, étaient seuls à leur parvenir. Ne pas leur faire de mal, était-ce réellement le cas ? Et si ce n'était qu'un piège pour mieux les prendre à revers, profiter de sa faiblesse pour s'embarrer de l'enfant qu'il gardait précieusement ? Les doigts du guerrier se crispèrent sur la hampe de sa lance sans parvenir à relâcher sa vigilance. Quelle heureux hasard, aurait-il dit si sa respiration ne se faisait pas suffisamment laborieuse sans qu'il n'y rajoute un brin d'ironie. A la place, il préféra simplement demander de cette voix qui se voulait aussi ferme que possible quoi que hachée par la fatigue. « Qui êtes vous ? » Guérisseuse, cela lui paraissait presque trop beau. Trop sot.

La belle s'approcha, attrapant d'un geste sûr les rênes de sa monture qui renâcla avec force. Le sombre étalon ne se pliait pas à toutes les mains, et moins encore lorsque son cavalier était en si mauvais état. L'animal était intelligent et loyal. Percevant le bruit d'une lame que l'on rengaine, le guerrier sentit avant de voir la main pâle de son neveu se poser sur son bras. Si fraîche, songea t-il un instant. La fièvre avait-elle tant envahi son corps ? Lorsque ses prunelles vinrent se perdre un instant sur le visage de l'enfant, ce ne fut que pour y lire une vive et perfide inquiétude. « Mon oncle, je vous en conjure, suivons là. Dans votre état, nous ne pouvons pas reprendre la route, c'est trop dangereux... » Sa voix n'était qu'un souffle meurtrie. Blessée. L'angoisse se lisait sur son visage, glissait hors de ses lèvres, s'insinuant jusque dans le cœur de celui à qui il s'adressait. Le risque est trop grand ! Tempêta sa raison. Pourtant... « Je vous en prie... Je ne veux pas vous perdre vous aussi. » La main de l'enfant tremblait sur son bras. Comment le jeune Prince pourrait-il survivre si il succombait à ses blessures ? Jusqu'où pourrait-il aller sans sa protection ? Il était loin d'être idiot, pourtant, il manquait d'assurance. Et la douleur qui ne cessait de lécher sa conscience telle des vagues tempétueuses ! Le silence s'étira un instant avant que, finalement, sa lance ne s'abaisse. Il capitula, en proie à la douleur et au doute. Si quelque chose arrivait, il n'aurait plus qu'à accomplir un miracle. Le soupir rassuré de son élève fut seul à emplir le silence. Ou presque.

« Khar. » Le cheval leva la tête lorsqu'il entendit son nom. « Va y. » Rechignant un instant en secouant la tête pour que la dame ne le relâche, il ne la suivit que lorsqu'il fut libre, attendant un instant que son cavalier ne s'avance d'un pas difficile. Sur son visage, il ne laissa nulle souffrance transparaître. Pourtant la douleur demeurait et le sang s’échappait de sa prison de chair. N'était-ce pas un piège grotesque ? Il n'était pas certain de pouvoir se maintenir en selle encore bien longtemps et à pied... Il se riait de son allure maladroite. Alors, à quoi bon chercher une autre solution ? « Merci Madame pour votre aide. » Il lui parut qu'une éternité s'était écoulé entre le moment où elle était apparue, et celui où ils parvinrent jusqu'à la modeste demeure de la guérisseuse. L'effort embrumait son esprit, là où la perte de sang rajoutait à son vacillement. Son neveu s'était porté à son côté, trop inquiet pour l'abandonner, à l’affut pour le supporter. Il avait peur, évidemment.

Se laissant guider par la dame à la chevelure écarlate, les deux hommes contemplèrent un instant les lieux avant qu'une jeune fille n'accueille ce qui semblait être sa mère. Elle semblait normale. Banale. Pourtant... L'était-ce réellement ? « Est ce que je peux vous aider d'une quelconque manière ? » Il ne pouvait rester là à rien faire.
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Mashia


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MessageSujet: Re: [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]   Lun 24 Aoû - 0:09




Mashia Mokushi



Les chroniques d'une fleur de Lotus - Fin de la Guerre



Bénédiction




L'animal montra des signes de réticences. Elle comprit alors que ce dernier ne répondrait que sur l'ordre de son maître. Mashia libéra le cheval dans un sourire, allant jusqu'à se permettre un geste d'affection sur ces naseaux frémissants, non sans présenter son unique main bien à plat. Contre toute attente, cette inconnue aux yeux des deux autres paraissait à l'aise avec la race des équidés. Et d'une douceur emprunte d'une majesté qui n'avait rien de banal. Non, cette dame là n'était pas ordinaire et s'ils en doutaient encore, bientôt, ils le constateraient.

Le maître de cette fière monture était tout aussi méfiant, mais trop faible pour contester. Elle ne leur laissait de toute façon pas le choix et le jeune garçon aux côtés de l'homme non plus. L'expression de son visage trahissait une peur viscérale de le perdre, de se retrouver seul et désœuvré. Alors quand il la remercia, la jeune japonaise eut un sourire chaleureux et apaisant pour toute réponse. Le temps n'était pas aux paroles, mais aux actes. Le guerrier se vidait de son sang. Si elle n'agissait pas promptement, il allait vaciller tout à fait et mourir rapidement.

Ils finirent par arriver devant sa modeste demeure où ils furent accueillit par une adolescente aux longs cheveux noirs, aux grands yeux noisettes pleins de curiosité et d'intelligence. En voyant arriver sa mère, les traits durcit, il ne lui fallut pas plus pour comprendre la situation. Puis il y avait cette odeur de sang qui flottait dans l'air. Une douce fragrance qui allait attirer un fauve probablement déjà tapi dans l'ombre à guetter ce qui se passait. Dans le cas où … Il était son gardien désormais après tout. Il ne faiblirait jamais devant sa mission. Celle confiée par son ami Dohko à jamais perdu. Alors s'il pouvait garder ne serait-ce qu'un fragment de lui vivant …

« Oui, dans ma précipitation j'ai oublié d'aller chercher un peu plus d'eau. Je vais en avoir besoin pour nettoyer ses blessures. Vous irez tous les deux à la cascade, Lya te montreras le chemin. Revenez ensuite auprès de moi. »

En fait Mashia mentait dans le but de les éloigner le temps d'évaluer l'ampleur des dégâts. La vue du sang n'était pas toujours très supportable, surtout pour des êtres encore si jeunes. Quand bien même Lya en avait vu d'autres, la mère préférait la préserver au mieux maintenant qu'elle était là. Elle attendit qu'ils soient suffisamment loin pour inviter le blessé à entrer. À l'intérieur de la petite maisonnée, tout était parfaitement à sa place et chichement éclairée d'une douce lumière dorée. Il y avait même une cheminée rudimentaire, plusieurs étagères toutes remplies de babioles, de livres et de petits flacons en verre. Une marmite était sur le feu, Lya avait commencé à faire chauffer le reste d'eau pour du riz, une aubaine. Mais avant de la retirer, la jeune femme entreprit de tirer un rideau, dévoilant un grand futon recouvert d'une large couverture pour mieux revenir vers son invité de fortune et l'aider à s'installer.

« Pouvez-vous … ? »

Elle mima le geste pour lui indiquer d'enlever son haut. Un instant Mashia sembla hésiter sur la marche à suivre : c'est que l'homme en face n'avait rien d'engageant et ça pouvait se comprendre aisément. La peur tel un spectre habitait les prunelles du jeune garçon qui l'accompagnait. Que se passait-il ? Pour l'heure Mashia ne laissa pas ses questions sortir de sa bouche.

« Je vais vous aider. » Annonça t-elle en fin de compte en s'employant à défaire le lacet qui retenait la cape. Avec mille précautions elle l'aida à passer l'étoffer maculée de sang par dessus sa tête sans lui demander trop d'effort. Solliciter cette épaule ne serait pas judicieux. « Hm ... »

Fit-elle un peu sombrement en découvrant l'ampleur des dégâts. Le plus urgent restant cette tête de flèche à enlever de ces chairs, elle s'employa à se préparer. Tout d'abord elle se lava soigneusement les mains en versant un peu d'eau dans une écuelle, ceci fait et toujours le pain de savon en main et munie d'une autre écuelle fumante et d'une serviette propre, la guérisseuse retourna sur ses pas pour s'agenouiller devant le robuste personnage. De son tablier elle ressorti une petite fiole qu'elle déposa à côté d'elle.

« Je vais nettoyer à l'eau vos plaies pour enlever le sang, ensuite, j'appliquerai un peu d'alcool de riz, je verrai si vous avez besoin d'être recousu. Avant toute chose … désolée mais je vais devoir extraire ça de toute urgence. Fermez les yeux. »

Devant cet air dubitatif -?- la jeune femme répéta avec plus de voix. « Faites ce que je vous dis ! »

Une fois assurée que ce fut chose faite l'ancienne Sainte d'Athéna ferma les yeux, leva sa main au dessus de la blessure pour l'auréoler de cosmos. Il ne lui fallut que très peu de temps pour récupérer le bout de fer et reconstituer une partie des muscles et de la peau. Satisfaite de son travail, la jeune Mokushi s'essuya le front d'un revers de la main.

« Voilà. »

Ses yeux détaillèrent les bandages déjà présents. « Je vois que vous avez quand même quelques notions mais si vous le permettez, je vais m'en occuper maintenant. »

La porte s'ouvrit alors en grinçant, les deux adolescents revenaient dans un silence inquiétant. Lya alla directement verser le contenu de la cruche dans la marmite qu'elle remit sur le feu et alla assister sa mère en lui demandant si elle avait besoin d'aide. Elle savait ce qu'elle sous entendait par là aussi lui offrit-elle un sourire rassurant.

« Je me charge du reste, prépares moi juste le fil et l'aiguille s'il te plaît. » la jeune fille commença à protester : « Mais tu pourrais te servir de ... »

Un regard appuyé la dissuada d'aller plus loin dans sa réflexion. Une fois le tout préparé Lya alla s'occuper du repas.

« Vous vous sentez bien ? » s'enquit-elle alors que l'anguille mordait la peau mais pas aussi durement que cela aurait dû. C'était surprenant – en vue de son état – mais ses gestes étaient sûrs, délicats et il ne lui fallut pas longtemps pour terminer de le soigner. « Bien, l'onguent. »

Dire ce qu'elle s'apprêtait à faire avait quelque chose de rassurant. Non pour elle, mais elle avait la conviction que cela le mettrait à l'aise. Ou bien se trompait-elle ? Quoiqu'il en soit, la japonaise appliqua une bonne couche d'une préparation très odorante sur les plaies du guerrier. Ne restait plus qu'à l'emmailloter de bandages.

« Hm » encore cette mimique grave. Ses yeux pers plongés dans l'océan des siens, Mashia devina une forte fièvre. Une paume fraîche contre ce dernier, brûlant, la conforta dans son diagnostic. « Vous allez prendre ceci, c'est de l'écorce de saule à mâcher, vous allez avoir envie de dormir alors ne luttez pas et couchez vous. »

Il y avait quelque chose de maternel chez cette jeune femme grave et douce toute à la fois. Une autorité aussi, ou une aura bénéfique.

« Reposez vous, vous êtes en sécurité. »









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Saikhan


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MessageSujet: Re: [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]   Lun 24 Aoû - 12:48

« D'accord, je m'en occupe. » Son regard pourtant, s'attarda un instant sur la silhouette de son oncle qu'il avait suivi jusqu'alors, ne pouvant s'empêcher de s'inquiéter à son encontre. Ce n'était pas parce qu'il resterait à ses côtés qu'il pourrait changer quoi que ce soit, et pourtant, une part de lui ne pouvait s'empêcher de songer ainsi. La demoiselle de son âge lui offrit cependant un sourire aimable, qui vint un instant libérer son cœur. Nul mal ne lui serait fait, sa mère le soignerait. Y trouvant du courage et un frêle espoir, le jeune Prince s'occupa rapidement des montures étrangement nerveuses – y avait-il un danger qui guettait ? -, avant de récupérer un seau pour suivre la jeune fille à la chevelure d'encre jusqu'à la rivière pour y puiser de l'eau. Un dernier coup d’œil à la demeure lui indiqua que le sombre corbeau s'y était perché, gardien vigilant dans ce coin reculé. Rassuré par sa présence, il pressa l'allure, mais se sentit cependant, incapable de parler, sa gorge nouée l'étouffait sous son angoisse. Jusqu'alors, jamais son oncle lui avait paru si... mortel. C'était tout bonnement stupide, pourtant il donnait cette image de force implacable, invincible même, s'élançant telle une divinité guerrière que rien n'entraverait. Rien. Qu'il était sot. Si idiot.

La demeure était chiche et simple, ensemble hétéroclite d'objets divers rassemblés à une fin unique. La lumière y était douce, l'atmosphère reposante, rien dans ce logis n'indiquait plus qu'elle ne lui en avait dit. Obéissant aux paroles de la dame, il retint son mal derrière la neutralité d'un visage échauffé par la fièvre. Il la sentait courir sous sa peau. Plaquant son bras gauche contre son corps pour s'éviter une souffrance stérile, il aida la guérisseuse à ôter ce qui la gênait. Cape et tunique qui bien vite, laissèrent ses plaies à vif. Le sang empoissait ses vêtements, et il dût serrer les dents pour éviter à un gémissement de s'échapper de sa gorge. Elle n'avait qu'un bras. De cela, il l'avait constaté avant même de parvenir jusque là. Il se fit la réflexion que cela ne devait pas être très pratique pour pratiquer sa science, aussi fit-il son possible pour enfouir sa méfiance et se faire plus conciliant. A présent qu'il était là, il s'en remettait à elle, il avait été trop loin pour reculer à présent, et se montrer odieux n'était pas dans son tempérament. « Merci. » Un seul mot qui, il osait l'espérer, permettrait de détendre la dame qu'il sentait troublé. A moins que ce ne soit la gravité de ses blessures qu'il la fasse réagir, mais il dut s'avouer en y jetant lui même un œil qu'elle n'avait rien d'horrible – rien de particulièrement belle non plus à vrai dire. La chair était déchiquetée, il ne fallait pas s'attendre à mieux, le sang cependant ne la rendait que plus laide.

La surprise un instant marqua son visage lorsqu'elle lui demanda de fermer les yeux. Craignait-elle qu'il ne tourne de l’œil ? Cela lui paraissait absurde et c'est avec une certaine perplexité qu'il se détourna sur son visage, il n'eut guère le temps de lui demander sa raison puisqu'elle insista. Ne voyant pas vraiment de raison de refuser obstinément, il acquiesça en fermant ses paupières, sa conscience embrumée se tendant pourtant sur chaque geste, chaque respiration de sa gardienne. C'était... étrange. La sensation lui paraissait inhabituelle, comme si son propre corps ne parvenait plus à ressentir avec autant d'acuité ce qu'il éprouvait. Une vague fraîcheur qui apaisait le mal qui sévissait. A l'orée de ses sens, quelque chose l'intriguait. Familier. « Il le faut bien, » souffla t-il d'une voix un rien éreintée quand elle parla de ses bandages de fortune qu'il avait été contraint de réaliser à l'abri des regards. Ce regard même qui, à présent, constatait de l'ampleur des dégâts. Ce n'était pas aussi horrible que ce à quoi l'enfant songeait, pourtant, malgré la brume dansant devant ses prunelles, il ne put que se soustraire à ses iris azurées.

Un frisson dégringola le long de l'échine du jeune Prince qui contemplait la scène avec une effrayante stupeur. Il observait silencieux la dame et sa jeune fille s'activer, l'aiguille mordre la peau et il ne sut soutenir ce triste spectacle, laissant ses paupières se fermer avec force, se détourner de sa faute. Sa faute. Car c'était pour lui que son oncle s'était ainsi exposé. Seul, il était persuadé que jamais il n'aurait été tant meurtri, mais pour le protéger, il avait exposé son propre corps aux armes de leurs ennemis – de leur patrie. C'était son forfait. Alors pourquoi détournes-tu les yeux ? N'as tu pas honte d'ainsi fuir ce que tu as toi même déclenché ? Si c'est par ta faute que ton parent est dans cet état alors regardes, observes, et souffres de ta négligence comme il souffre de ses blessures. Assumes ton forfait si tu veux un jour pouvoir le réparer, prends conscience de ta faiblesse, jeune Prince. Idiot. Il n'avait pas le droit de détourner le regard. Ses doigts se crispèrent sur son bras. Il était si impuissant, mais il n'avait pas à être lâche en plus. Il ne lui ferait pas cet affront.

« J'ai l'habitude. » En effet, sa peau ne manquait pas de marques de meurtrissures qui s’avéraient plus ou moins anciennes. Sa voix pourtant, se faisait plus faible, peut-être était-ce les paroles de la dame qui apaisait la morsure du mal, ou bien la relative sécurité que les lieux semblait apporter, quoi qu'il en soit, il accepta avec un rien d'hésitation cependant, l'écorce de saule que la guérisseuse lui tendit. S'endormir et risquer de ne pas être sur ses gardes si un ennemi arrivait... Quand aux dames, il avait visiblement accepté l'idée qu'elles ne leur feraient du mal. Pourquoi prendraient-elles la peine de le soigner si c'était pour les livrer ? Cependant, une autre inquiétude demeurait dans ses iris ambrées. « Je veillerai sur vous mon oncle. Reposez-vous sans inquiétude, vous devez guérir. » L'adolescent à la chevelure d'argent lui offrit un sourire doux mais dans ses prunelles brillaient une certaine détermination – ou bien était-ce la fièvre qui le lui laissait percevoir ? Après un soupir contraint, il capitula de nouveau et obéit aux ordres qui lui étaient donnés. A croire que le guerrier n'était pas si buté. Wei vint se placer à son côté, le temps que ce dernier ne finisse par sombrer dans le sommeil, sa main venant se perdre sur le front fiévreux de son dernier parent. Si chaud. Ou peut-être était-ce sa main qui était fraîche ?

Se détournant du profil de Saikhan, l'adolescent offrit à la dame une inclinaison respectueuse. « Je vous remercie infiniment pour votre aide et votre hospitalité Madame. Je ne saurai dire ce qu'il serait advenu de nous si vous ne nous aviez pas porté assistance. » Sa voix était claire mais douce, reconnaissante à n'en point douter, plus encore que ces simples mots n'auraient su l'exprimer. Pourtant, une vague culpabilité commençait à l'étreindre – la même qui sans doute, avait fait un instant briller les billes ambrées de son oncle. Ils étaient poursuivis, il ne l'oubliait pas. Si une troupe venait jusqu'ici, qu'adviendrait-il de leurs deux bienfaitrices ? Il se sentit effroyablement égoïste d'ainsi les exposer à un tel danger, pourtant, quelle autre solution avaient-ils ? Son oncle devait se reposer. « Je vous prie de nous excusez de vous importuner ainsi. » Il se sentait impuissant. Désœuvré. Quel piètre Prince aurait-il fait ! Et la question la plus importante à ses yeux, demeurait coincée au creux de sa gorge. En proie au doute le plus pernicieux, il dût se rendre à l'évidence, il devait la poser. C'était si dur...

« Est-ce que... Est ce que ça va aller ? » Il ne pouvait concevoir que ce guerrier qu'il admirait ne puisse ne pas se relever. Pour lui, cela était inconcevable, impossible, comme si on lui révélait un jour que plus jamais le soleil ne pourrait se lever. Pourtant... N'était-ce pas ce qu'il avait également pensé de sa vie jusqu'à aujourd'hui ? Plus rien n'était immuable. Ses mains tremblaient.

Par pitié, ne me l'arrachez pas lui aussi.
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Mashia


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MessageSujet: Re: [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]   Dim 13 Sep - 20:56




Mashia Mokushi



Les chroniques d'une fleur de Lotus - Fin de la Guerre



Ici chez vous




L'inquiétude du jeune garçon était à la fois touchante et légitime seulement, l'état de son oncle n'avait rien de très alarmant, la main du temps saurait effacer ces blessures, laissant sur sa peau de nouvelles cicatrices. Mais le corps du guerrier était robuste comme, à n'en point douter, son esprit de cela, Mashia en mettrait sa main à couper – celle qui lui restait en tout cas -. Bien, qu'il se repose à présent. Il avait obtempéré bien vite, était-ce là l'un des dons de notre guérisseuse ? La jeune Mokushi avait toujours possédé cette facilité à approcher les cœurs les plus sauvages. Sa douceur et sa bienveillance naturelles aidant, le reste n'était pas bien compliqué pour amadouer le blessé. D'un air vaguement contrarié, feignant une moue désapprobatrice, la japonaise secoua légèrement sa tête de droite à gauche.

« Ne me remerciez pas, vraiment. Et puis, vous ne troublez rien du tout, croyez-moi, nous en avons vu d'autre. » Un petit sourire remplaça sa mimique de tantôt, elle n'aimait pas beaucoup qu'on la remercie de la sorte, pour elle, elle ne faisait que son devoir. Elle, l'ancienne gardienne de l'humanité. Ah, les habitudes étaient tenaces. « Vous êtes ici chez vous, je saurais vous protéger vous et votre oncle. »

C'était une certitude pour elle, probablement des paroles étranges pour ce garçon qui devait avoir bien noté l'absence de l'un de ses membres. Au delà de cet handicap, la jeune femme n'était pour autant pas sans défense. Un temps elle observa la mine sombre du jeune homme, ainsi que la curiosité grandissante de sa fille qui regardait les deux inconnus plus ou moins furtivement tandis qu'elle s'activait toujours en cuisine. Elle croisa le regard de sa mère et sut à quoi s'en tenir : dans ces prunelles pers brillaient un avertissement silencieux. Combien de fois l'adolescente, prise dans ses rêveries, s'était brûlée ? Bien trop.

Lya s'appliqua à terminer la cuisson de son plat. Une bonne odeur, d'ailleurs, ne tarda pas à remplir toute la pièce. Le fumet réveillait l'appétit.

« Ne vous inquiétez pas, sa vie n'est pas en danger. Il lui faut simplement du repos, je vais veiller sur lui. » Prise d'une soudaine illumination, elle se prit à rire gentiment, amusée par sa propre pensée. « C'est que j'ai omis de nous présenter ma fille et moi ! J'en suis désolée ! Je me nomme Mashia Mokushi et voici Lya. »

L'intéressée leva des yeux timides vers le garçon. « Enchantée. »

La guérisseuse s'assura de l'état de son patient avant d'inviter, d'un autre sourire doux, le garçon à prendre place autour d'une petite table basse dressée au milieu de la pièce pour qu'ils puissent se restaurer.

« Vous devez avoir faim, je vous en prie. Ce n'est pas grand chose, j'en suis désolée. Je ferais quelque chose de plus consistant pour le repas de ce soir, en attendant, je vous en prie, servez-vous, vous êtes ici chez vous. Un peu de thé ? »

Proposa t-elle en s'asseyant sur ses talons, intimant les deux autres à l'imiter tandis que le guerrier obtenait un repos bien mérité. Ils devaient en avoir vécut de bien pénibles épreuves … une ombre fugace assombrit les prunelles de la jeune femme. Ainsi se permit elle de le questionner après un moment de silence à manger et boire, bercés dans cette nouvelle tranquillité.

« Que s'est-il passé ? Vous avez été attaqué ? »

Il y avait plus que cela, elle le sentait sans pouvoir se l'expliquer. Tout à coup il y eut un grand tapage dehors. Des hennissements tonitruants qui éclatèrent aux alentours, un fait qui dû alarmer le garçon, mais pas Mashia ni même Lya. Avec douceur, l'adolescente se redressa pour aller ouvrir la porte de la maisonnée. Une ombre orangée s'y glissa, avec vélocité pour se poster aux côtés de la belle. Sa main valide délaissa sa tasse de thé pour se percher sur le crâne de l'animal. Un tigre magnifique prenait ses aises, se couchant sur son flanc pour finalement poser sa tête contre les genoux de sa nouvelle maîtresse. En voyant l'air qu'affichait l'adolescent, la jeune femme se dépêcha de le rassurer.

« Ne vous inquiétez pas, c'est … Hù, il n'est pas dangereux, il nous protégera aussi. N'ayez pas peur, venez, approchez, laissez vous faire surtout. »

L'animal n'était pas farouche et semblait absorbé par une unique tâche : celle de protéger Mashia. Veiller sur elle pour répondre à une promesse. Et puis, quelque part, pour la jeune femme, elle possédait auprès d'elle une part précieuse de son amour perdu.








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Saikhan


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MessageSujet: Re: [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]   Lun 14 Sep - 0:01

Les protéger. Était-ce seulement possible ? Songea l'enfant en contemplant, quelque peu surpris, la dame à la chevelure écarlate et au sourire délicat, visiblement confiante en ses capacités à assurer la protection des deux Mao. Pourtant, elle n'avait nulle idée de l'ennemi qu'ils possédaient. Aurait-elle été si confiante si elle avait su ? Une fois encore, le jeune Prince s'en voulut de taire la vérité, la culpabilité étreignant son cœur entre ses sombres griffes. Pouvait-il croire qu'ils étaient ici à l'abri du danger, pour un temps donné au moins ? Juste un instant. Juste le temps de se reposer. Les deux dames semblaient coutumières de ce genre de situation pourtant, malgré ses paroles, sa reconnaissance n'en était pas moins grande, ses remerciements aussi sincères que nécessaires. L'esprit troublé, l'enfant à la chevelure d'argent demeura muet, offrant à sa bienfaitrice, un sourire fragile – éreinté. Sur son visage se lisait une angoisse tapie qu'il dissimulait vainement derrière une parodie de sourire. Même lui ne parvenait à tromper sa propre inquiétude. Comment l'aurait-il put aussi près de celui dont il craignait plus que tout l'absence ? Cependant, la guérisseuse la rassura tout aussi rapidement, apaisant en parti son angoisse. Poussant un soupir de soulagement, le garçon parvint à sourire avec plus de facilité, quand bien son esprit demeurait-il ombragé. « Merci. » Quand bien même n'en avait-elle cure, il ne pouvait que la remercier pour son aide et ses intentions.

Il se dégageait qui plus est de la demeure, une odeur agréable qui mettait en appétit, et dont il ne prit réellement garde que lorsque son âme fut moins tourmentée. Depuis combien de temps n'avaient-ils mangé un véritable repas ? Une éternité, il lui sembla, jusqu'alors, il se contentait de chasse frugale et discrète, ainsi que de baies et autres fruits qu'ils parvenaient à trouver durant leur fuite. Rien qui ne dégageait un tel fumet. Ils se devaient d'être prudent. Tout comme il se devait de l'être ici aussi. Le jeune Prince accueillit les présentations de la dame avec un sourire doux. Mashia Mokushi et Lya. Il grava ses noms dans un recoin de son esprit, constatant sans mal que ces derniers étaient étrangers à sa nation. Cela l'étonna un instant. A vrai dire, là où il avait grandit les étrangers étaient rares, pour ne pas dire totalement absent, lui qui avait été vécu dans la Cité Interdite jusque là. Son monde était si étriqué. Il ne répondit pas immédiatement, prenant un instant pour réfléchir à ce qu'il devait dire, à ce qu'il était préférable de garder sous silence. Son prénom était-il connu ? Il n'en avait aucune certitude, pas plus qu'il ne savait si un décret de l'Empereur n'était pas parvenu jusqu'ici. Cela ne lui semblait pas particulièrement aisé, mais rien n'était moins sûr. De là à garder leur nom secret... Non, il ne le pouvait. Pas après qu'elle leur eut offert ses soins et un abri. Il n'avait pas le cœur à lui mentir ainsi.

« Je me prénomme Wei. » Commença t-il sobrement en alliant à ses mots, un sourire délicat, un rien vacillant. Ses prunelles se tournèrent sur son protecteur alanguit dont l'esprit, il l'espérait, demeurait à l'abri des souffrances. Sa voix était affectueuse, reconnaissante. « Et mon oncle se nomme Saikhan. » Il préféra taire son patronyme, le sien demeurant différent, en réalité. Dans les faits, il partageait l'ascendance de son père mais pour l'heure... Il préférait ne pas y penser. « Enchanté également. » Ses mots étaient doux, tout comme son apparence et son attitude. Accompagner le monde et non pas lutter contre. Se laisser guider par lui, et c'est avec cette même attention qu'il accepta avec reconnaissance l'invitation de la guérisseuse à prendre un repas dont il avait en effet grand besoin. Son dernier repas remontait à... Il n'aurait su le dire à vrai dire, trop de chose s'était passé depuis pour qu'il parvienne à s'en souvenir, mais nul doute qu'il avait véritablement faim. « Ce serait avec plaisir. Mais ne vous excusez pas. C'est un repas qui est bien moins modeste que ce que nous avons mangé jusque là, soyez rassurée. Je vous suis déjà reconnaissant de m'inviter à votre table. » Avoua t-il obligeamment avant de s'asseoir à la place que la Mokushi lui présentait, appréciant de pouvoir garder un œil sur la silhouette endormie de son parent. Il accepta également le thé avec politesse, appréciant l'odeur de ce dernier tout autant que le repas devant lequel il venait de s'attabler. Son attitude était codifiée. Ses gestes habitués. Il attendit que Mashia et sa fille n'entament le repas avant de le commencer également, oubliant son rang, son sang. Il n'était qu'un enfant ordinaire aujourd'hui, modelé par des années dans un univers formalisé, empli de codes et de règles longuement enseignés. Il ne parvenait à se défaire de ses habitudes, quand bien même cette modeste demeure était loin du luxe dans lequel il avait vécu jusque là. Que lui importait pour l'heure.

Le silence s'étira. Il n'aurait su dire si ce dernier était agréable ou non, l'enfant laissant bien souvent son regard dériver jusqu'au corps de son oncle, vérifiant sa présence, son état, même de loin. Il savait ce comportement stupide et inutile, mais il en ressentait un certain besoin. Et puis, il y eut cette question, qui, troublante, n'en était pas moins d'une logique implacable. Dire qu'il ne s'y attendait pas aurait été mentir. Que devait-il y répondre ? Il s’abîmait dans ses réflexions. Lui dire toute la vérité ne lui paraissait que trop dangereux. Il ne partageait pas la méfiance viscérale de son parent, mais il comprenait parfaitement que cette dernière n'était pas pour autant injustifiée. De plus... cela risquerait surtout de les mettre en danger, et il songeait que c'était suffisamment le cas sans en rajouter plus encore. Les hennissements tonitruants de leurs montures le fit vivement s'extraire de ses pensées. Un danger ? Si vite. La peur l'empoigna avec violence. Wuya avait-il croassé ? Il ne s'en souvenait pas. Agité, l'enfant vint glisser sa main sur la garde de son épée, mais fut rapidement calmé par la dame et sa fille, visiblement peu inquiète – habituée sans doute à cette apparition subite. « Un tigre ? » Souffla le jeune Prince abasourdi. Il avait déjà vu créature semblable à la Cite Interdite. L'animal l'avait époustouflé, mais il avait senti que la captivité à laquelle il avait été contraint lui avait ôté une part de lui même. A l'époque, il avait été particulièrement réceptif à sa détresse, et si ses frères et sœurs avaient apprécié le spectacle, lui s'en était trouvé désolé. Une attitude étrange, comme il était de coutume avec le jeune Prince qu'il était.

Mais cet animal n'avait rien à voir avec celui qu'il avait aperçu ce jour là. Noble et digne, il demeurait libre, quand bien même son attache était-elle d'un ordre différent – mais accepté et c'était là toute la différence. Le souffle coupé, il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre contenance, sa main s'attardant sur son cœur, dont les battements s'étaient fait cavalcade. « Il n'a en effet pas l'air très... dangereux. » Ce n'était là qu'apparence trompeuse. Nul doute que le tigre savait user de ses crocs et de ses griffes, mais il n'en était pas moins magnifique. Le roi des êtres de fourrure, ce n'était pas n'importe quel créature qui lui faisait face. Timidement, selon les recommandation de la dame, l'enfant laissa la créature s'habituer à son odeur, et ce ne fut qu'avec hésitation qu'il parvint à passer sa main sur son pelage. « Hù... » Un sourire glissa sur son faciès. Tigre. Un nom simple, à n'en point douter. « Il a l'air de beaucoup vous apprécier. » Comment pouvait-il dire le contraire en voyant son attitude à l'égard des deux femmes ? Et l'inverse était tout aussi vrai à vrai dire, il y avait une véritable tendresse dans les gestes calmes et mesurées de la dame à la chevelure de feu. Il me fait un peu penser à mon oncle, songea t-il un instant en glissant à ce dernier un regard presque amusé.

Il se réinstalla plus calmement autour de la table, son esprit lui rappelant la dernière question qui lui avait été posé avant cette petite distraction. Il aurait été impolie de la laisser en suspend plus longtemps, pourtant... que devait-il dire ? La vérité, songea t-il, du moins, en parti. Sa mine se fit quelque peu plus grave lorsqu'il reprit. Blessée et meurtrie à sa manière, on lisait dans ses iris azurées une ombre douloureuse. L'incompréhension et la trahison. « Nous sommes poursuivis... en quelque sorte. C'est pour cette raison qu'il serait préférable que nous ne nous attardions pas chez vous. Il ne serait pas convenable que vous soyez exposées au danger par notre faute, après ce que vous avez fait pour nous. » Ses doigts se crispèrent sur ses genoux. Il était incapable de soumettre les deux Mokushi à pareille menace sans le leurs déclarer. Elles avaient le droit de savoir, au moins en parti, de ce qu'elles risquaient à les héberger. Et il savait que son oncle ne serait pas contre ses mots. Il était un homme honnête, et il avait bien perçu son inquiétude. « C'est en me protégeant que mon oncle a ainsi été meurtri. » Et pour cela, il s'en voulait, il n'y avait nul doute à avoir. L'ombre d'un sourire vint glisser sur ses lèvres alors qu'il plaçait correctement les baquettes qui lui avaient été confié sur le bol de riz à moitié vide. « Et je n'ai rien pu faire pour lui. » Alors qu'il faisait tant pour l'aider, le protéger. Il était si faible... Là encore, il demeurait dépendant d'autre personne pour s'occuper de son dernier parent. Si impuissant.
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MessageSujet: Re: [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]   Mer 16 Sep - 19:20




Mashia Mokushi



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En fuite




Wei, tel était le nom de ce jeune garçon. Wei qui signifiait dans sa langue, force, grandeur … précieux. À n'en point douter, cet homme-enfant l'était au yeux du guerrier qui se reposait dans le lit de la jeune japonaise. Elle aurait été stupide et aveugle de ne pas constater l'attachement entre ces deux êtres, quand bien-même l'adolescent l'ait appelé « Oncle » un peu plus tard dans la discussion : les yeux étaient, disait-on, les miroirs de l'âme. Et il résidait dans ces regards, une tendresse mutuelle exacerbée, sans doute, par les épreuves qu'ils avaient tous les deux vécut ces derniers temps.

Cette fuite éperdue n'était pas sans lui rappeler la sienne, des années auparavant ici même, au delà de l'antre du maître dragon, quand elle et Dohko furent pourchassés par des assassins. Ils avaient été obligé de se réfugier dans une grotte, de s'y tapir, les entrailles nouées par l'inquiétude et la peur de se voir débusqués. Ô le cœur de la jeune femme était en cet instant bien tourmenté, la preuve flottait dans ses yeux océan qu'une ombre furtive venait d'assombrir. Hù émit une légère plainte, comme si il avait lu dans ses pensées. Aussitôt Mashia s'efforça de faire naître un sourire sur son visage de porcelaine, écoutant son invité gravement.

Saikhan. Il y avait dans ce prénom, une force indéniable. Il signifiait courage et détermination, une vigueur que Mashia ne saurait contester encore. Ces deux personnages qui d'un premier regard semblaient tout opposer, possédaient dans leur nom, une énergie comme la Mokushi n'en avait jamais vu auparavant. Elle était presque certaine d'une chose : ils étaient tous les deux des éveillés. Seulement, elle n'eut le loisir de pousser ses pérégrinations silencieuses plus avant que Lya, probablement gênée par le silence de sa mère, émit un petit toussotement, comme pour la rappeler à l'ordre.

« Oh pardon, je crois que je me suis égarée dans mes songes. » hasarda t-elle en affichant un air gêné. Elle s'appliqua à resservir un peu de thé à Wei avant de reprendre d'une voix plus sérieuse. « C'est donc cela, vous êtes en fuite ? Que fuyez vous donc ? Qui pourrait bien vous en vouloir ? Vous n'avez pas l'air malfaisant, je l'aurais senti. Non, si vous êtes en fuite … vous pourrez rester ici autant de temps qu'il le faudra ! Votre oncle à besoin de repos, je ne saurais le laisser repartir en l'état. Trois jours, c'est le temps que vous resterez chez moi. Vous n'aurez à vous soucier de rien. Ici, le temps suspend son cours … »

Acheva t-elle, intrigante en lui glissant un sourire malicieux, un clin d’œil furtif. Sa fille se releva pour débarrasser la table, toujours très attentive à leur échange. Le garçon l'intriguait, elle aussi avait vécut de bien pénibles épreuves lors de ces derniers jours. Elle s'était retrouvée au milieu de la guerre sainte, opposant spectres, marinas, saints et ases dans une lutte acharnée, le tout secrètement manœuvrée par ce … Pséma ou quelque chose comme ça qui avait prit possession de sa mère ! L'image affreuse de celle-ci, complètement changée, d'une terrible cruauté, la faisait frémir encore la nuit. Plus encore, c'était le meurtre d'Hector, celui qu'elle considérait comme son grand-père qui, par dessus tout, éveillait chez elle une crainte absolue que tout ceci ne se répète. Une aubaine pour elle que Mashia ait décidé de cette petite retraite. Sans doute avait-elle ressenti sa détresse ?

La voix de la jeune femme brisa de nouveau le silence.

« Vous n'avez pas à vous en vouloir, Wei-kun, votre oncle est très attaché à votre personne, il mettrait sa vie en jeu pour sauver la vôtre, j'en suis convaincue, et vous ne pourrez rien contre ça. Sans doute voit-il cela comme un devoir, au fond, c'est parce qu'il vous aime infiniment. Je me trompe ? » Un sourire. « C'est faux, vous avez veillé sur lui, vous voulez le protéger et sans votre intervention tout à l'heure … je suis persuadée que Saikhan-dono aurait continué son chemin. Les hommes sont très souvent têtus … »

Elle laissa sa phrase en suspend, le tigre se redressant pour retourner dehors. Il allait chasser, Mashia savait que c'était son signal. Ainsi devait-elle suivre l'animal dans cette grande forêt silencieuse. Sans plus de cérémonie, la jeune femme se prépara à sortir, se drapant avec l'aide de Lya, d'une cape sombre et d'un petit coutelas qu'elle glissa dans son obi.

« Je n'en ai pas pour longtemps, j'accompagne Hù pour la chasse, j'en profiterai pour faire une première ronde et m'assurer que vos poursuivants ne sont pas dans les parages. Auquel cas je les attirerais ailleurs … Lya, occupes toi bien d'eux en mon absence. »

La jeune fille s'était approchée, glissant à sa mère des protestations vaines. Que pouvait-elle bien raconter à ce garçon ? Comment meubler la conversation ? Que faire ? Elle paraissait très embarrassée et sans la patience de Mashia, elle ne se serait jamais calmée. Une fois tous les deux seuls, la jeune fille tritura ses bouclettes noires nerveusement, évitant soigneusement le regard de Wei.

« Tu … tu veux jouer à quelque chose ? Maman et moi jouons beaucoup au jeu de Go … » proposa t-elle en faisant mine de chercher.








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MessageSujet: Re: [Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]   Ven 18 Sep - 17:44

Ce qu'ils fuyaient... Sur le visage de l'enfant vint se perdre une ombre sinistre. Il ne parvint à répondre immédiatement à la question qui lui était posée, ne le pouvait de toute façon pas puisque la dame ne lui en laissa guère l'opportunité. Pourquoi semblait-elle si confiante ? Comment pouvait-elle l'être par ailleurs, alors qu'elle ignorait tout d'eux et de leurs poursuivants ? Croire que l'on pouvait échapper à l'armée d'un Empire était déjà absurde pour deux fugitifs, alors comment croire qu'une seule femme pourrait faire la différence ? Elle s'enveloppait de mystère, voulant les préserver du danger pendant trois jours. Le pouvait-elle véritablement ? Et lui, souhaitait-il que la menace d’un Empire entier ne vienne encombrer les épaules de leurs deux bienfaitrices ? Non. Il n’en voulait pas, pourtant, nulle contestation n’était possible, nulle parole ne parvenant à lui faire entendre raison. « Nos poursuivants sont dangereux vous savez. Ils sont nombreux à obéir aux ordres qui leur ont été donné. Ce n’est pas de leur faute, mais... » Était-ce de la leur pour autant ? Cette trahison dont ils étaient coupables, lui tout autant que les Mao n’en demeurait pas moins trouble. La voix de l’enfant était frêle, fragile, peinée également, à n’en point douter. L’homme qui était son père avait ordonné la mort de sa Mère, de sa propre épouse, et il en ignorait toujours la raison. Il ne pouvait croire à une trahison. Et moi ? Ses doigts se crispèrent sur ses genoux, tête basse, il fit de louable effort pour refouler les larmes amères qui menaçaient de le déborder. « Je ne veux pas mettre d’autres personnes en danger... » Par sa faute, car il en était intimement persuadé. Cependant, elle ne se préoccupa que peu de ses avertissements, le rassurant une fois de plus, lui assurant que tout irait bien. Trois jours, lui assura-t-elle avec confiance, avant de reprendre la parole une fois le silence installé – et l’enfant vaincu.

Il ne pouvait rien faire face au comportement de son oncle. Des paroles pleines de justesse, d’une vérité qu’il ne connaissait que trop bien. Le jeune Prince s’était très vite attaché à ce soldat qui, patiemment, apprenait au débutant qu’il était l’art du combat. Même si il n’était pas très doué, ce dernier insistait, le réconfortait et, sans faire preuve d’une condescendance insultante, se révélait dur mais juste. Il n’aurait su dire si l'attachement que le jeune Prince portait à son parent était aussi réciproque, mais il osait croire que ce n’était pas qu’une mission, qu'un devoir. « Mais je n'ai pas envie qu'il sacrifie sa vie pour moi... Je ne veux pas le perdre comme j'ai perdu ma mère. » Ses doigts se crispèrent sur ses genoux. Il l'avait ressenti. Au creux de son cœur, une plaie béante demeurait depuis ce jour où il avait perçu son Qi disparaître à jamais. Cette nuit là, les larmes ne s'étaient taries qu'au levé du soleil. Captant le mouvement de l'animal, l'enfant à la chevelure de neige redressa la tête pour constater le départ de la dame suivant le tigre. La chasse ? Silencieux, il contempla la dame écarlate avec un rien de stupeur. De nouveau, il voulut l'en empêcher mais abandonna bien vite. Si Saikhan était un homme têtu, il songeait que cette guérisseuse ne l'était pas moins. « Prenez garde à vous Dame Mokushi. » Souffla le jeune Prince à son adresse, l'angoisse étreignant malgré tout son cœur. Sa fille ne semblait nullement inquiète, mais elle ignorait tout de la nature de leur poursuivant. La mère s'échappa après un dernier sourire rassurant, le tigre prenant les devant. Quel étrange comportement pour un tel animal songea t-il un instant, en essayant difficilement d'apaiser sa crainte. Leurs poursuivants ignoraient qu'ils demeuraient auprès de cette femme... Tant qu'ils ne les voyaient pas ensemble, il n'y avait nulle raison pour qu'ils ne fassent le moindre lien. Il devait s'en persuader et le faire sien.

Les paroles de la jeune fille vinrent troubler ses pensées. Quelque peu surpris, il offrit cela dit à Lya un sourire doux en réponse à sa nervosité. « Avec plaisir. Je ne suis pas aussi doué que mon oncle, mais j'essayerai de faire un adversaire convenable. » La table déjà débarrassée, il ne fallut qu'une poignée de minute pour qu'elle ne retrouve le plateau, la où patient, le jeune Prince savourait le parfum du thé qui lui avait été offert. Un goût délicat, un peu différent de celui dont il était coutumier, mais qui demeurait agréable à son palais. « Votre thé est très bon. » Déclara t-il simplement en déposant sa tasse de nouveau vide sur la table face à lui, aidant la demoiselle à préparer le plateau de jeu. Un jeu plutôt simple mais néanmoins d'une grande utilité, notamment stratégique. Saikhan s'employait quelque fois à jouer avec lui pour aiguiser son esprit, certain de ses précepteurs s'étant également pris au jeu. Sa mère également, était redoutable, plus que ses oncles même, paraissait-il. Une ombre plana devant ses iris, avant que la demoiselle ne lui demande de commencer. Ce qu'il fit sans discuter, s'arrachant aux souvenirs perdus pour se concentrer sur le présent. Il plaça sa première pierre noire et la partie commença sans heurt, l'esprit du jeune Prince demeurant cependant préoccupé, tant par leur bienfaitrice que par la silhouette endormie de son parent. Il devait s'en détacher. Leur faire confiance et se détendre, profiter de cette parenthèse le temps qu'elle durerait. Trois jours.

« Votre mère est une femme généreuse. » Glissa t-il avec douceur en plaçant une nouvelle pierre sur le goban avec pour intention certaine de capturer un territoire adverse. Tout du moins, c'était là ce qu'il souhaitait réaliser, mais son esprit demeurait troublé. « Nous avons eu de la chance de tomber sur vous... » souffla t-il, l'esprit ailleurs avant qu'un battement d'aile ne vienne le surprendre. L'oiseau aux sombres ramages vint se poser sur un meuble, dardant sur les deux enfants un regard d'encre. C'est vrai. Au final, c'était l'oiseau qui les avait guidé jusque là. Encore. « Ou peut-être est-ce Wuya qui nous a guidé jusqu'à vous, en fin de compte. » Corrigea t-il en contemplant l'animal ébouriffer ses plumes avec un léger sourire. Sourire qui s'affirma lorsqu'il se détourna sur la jeune fille à la sombre chevelure, quelque peu gêné malgré tout. « Wuya nous a beaucoup aidé durant notre fuite. » Il se tut, ne souhaitant en dire plus à ce sujet, mais son regard suffisait à comprendre que cela ne faisait qu'aviver sa peine, bien qu'il essayait de le dissimuler. Un sourire contrit ourla ses lèvres, un rien désolé par cette attitude qu'il ne parvenait à effacer. Tout était si récent. Il était préférable de changer de sujet, songea t-il, en glissant à son oncle un nouveau regard - comme si ce dernier allait s'envoler ! Tu es vraiment trop angoissé, Wei... Ravalant un soupir ennuyé par sa propre attitude, le jeune Prince lui préféra le silence et l'observation, le temps de remettre de l'ordre dans ses pensées, jouant dès lors que son tour arrivait.

La partie n'allait pas être longue, il le constatait. Une question vint poindre dans son esprit. Une question qu'il s'était vainement posée, mais qu'il ne savait comment tourner pour ne pas blesser son hôte ou se révéler indiscret. Il y réfléchit quelques instant avant de se lancer finalement. Sans filet. « Vous êtes ici depuis longtemps avec votre mère ? » Demanda t-il de cette voix douce et innocente qui semblait usuelle, habituelle. Glissant une mèche de cheveux immaculée derrière son oreille - qui, il le savait, finirait par de nouveau s'échapper sans qu'il ne puisse rien y faire -, le garçon reprit de ce ton calme, courtois. « J'ai l'impression, que nous ne sommes pas les seuls à avoir vécu des moments difficiles. » L’égoïsme n'était pas de ces vices que possédaient l'enfant, loin s'en fallait. Au contraire même, il se savait par moment, trop sensible à la souffrance d'autrui. Et si son propre chagrin pesait lourdement sur ses épaules, embrumait son esprit, il n'en était pas moins réceptif. Enfin, peut-être un peu, s'avoua t-il avec une pointe de culpabilité.
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[Fin juillet 1755] Les fugitifs [PV Mashia]

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