RPG Saint Seiya : Saints Of The Past
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 [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]

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Asya Leskov


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MessageSujet: [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]   Sam 3 Juin - 21:10

Provenance : Port de l'Empire Russe


Fin Février 1755. Port de La Ciéutat, France.


Une longue traversée, pourtant lointaine déjà. Voici des jours que la jeune femme avait quitté les terres poudrées de sa naissance, remontant dans cet engin voguant sur les eaux avec moult hésitations. Un retour aux sources touchant à sa fin, tout comme cette brève rencontre sur les quais : celle d’un homme curieux, sans doute un peu trop d’ailleurs. Un homme dont elle avait d’ores et déjà oublié les signes distinctifs. Trouvaille sans réelle importance autre que cet appétence envers les récits de voyage. Et, une fois les paroles écoutées, seuls ces quelques narrations demeuraient. Trace d’une humanité envolée, négligée. Souvenir abandonné, au profit de ceux que les billes brunes dévoileraient une fois pied à terre. Une traversée, devant à l’origine la mener vers ce qui était désormais une nouvelle maison. Nouvelle famille, aussi. Pourtant, un avis changeant, alors même que l’embarcation quittait son nid. Des marches rapidement dévalées, laissant cet inconnu seul dans ce recoin dans la précipitation d’un désir nouveau. Son pèlerinage n’était point encore terminé. A vrai dire, c’était à ce moment précis qu’elle se rendit compte que l’excursion dans le pays de la rudesse hivernal n’était qu’une étape. Une première étape pour se rappeler, honorer ce jour durant lequel leur vie avait irréversiblement basculé. Parce qu’il y avait cette Odyssée qui n’avait jamais été menée à son terme. Nécessité d’un achèvement, pour un deuil refoulé. Ne plus pleurer les morts, arriver à destination, pour enfin faire son deuil.

Ainsi, la blanche mère avait trouvé l’un de ces bâtiments sillonnant les mers et les océans. Une embarcation prête à fendre les flots, et dont l’apparence différait de certains autres où hommes et femmes s’engouffraient. En effet, ne semblait monter dans celui-ci nul autre que des caisses. Lourdes et épuisantes caisses. Une approche, et quelques mots, cherchant à prendre des informations, pour finalement négocier.

« Ah non ma p’tite dame. On n’va pas à Massilia nous, mais juste à côté ! Puis on trimballe pas des gens, juste des boites » Avait alors répondu l’homme qui remplissait la feuille d’inventaire.

Mine faiblement boudeuse, à l’entente de cette révélation. Parce que ce n’était pas exactement le lieu de sa destination. Cependant, s’il s’avérait exact que le port dans lequel irait mouiller le navire n’était pas grandement éloigné de celui qu’elle espérait atteindre, alors y avait-il probablement moyen de négocier son embarcation sur le monstre de bois.

« Intéressant. Dans ce cas, je pourrais peut-être vous aider durant la traversée n’est-ce-pas ? N’avez-vous donc pas besoin de main d’œuvre ? » Renchérit-elle aussitôt.

Parce qu’elle avait vraiment besoin de s’y rendre, le plus tôt possible. Sans doute pensait-elle qu’il s’agissait là du bon moment. Ne plus vivre dans le passé, et cette ombre poursuivant cette silhouette. Il était temps que cela cesse. Passer le cap, en somme. Et, à ces quelques mots, une tête à l’expression réfléchie, et peut-être légèrement embêté, aussi. Probablement ne comprenait-il pas l’intérêt d’avoir une femme à bord. Alors, une hésitation, le temps d’un instant et, finalement, une réponse.

« Eh bien, c’est que j’suis pas certain que vous serez capable de suivre la cadence ma p’tite dame. On a besoin de bras solides pour transporter tout ça, pour laver l’pont. Puis… Vous savez cuisiner un peu ? » Regard filant, ignorant le hochement de son interlocutrice. Et, à la place, des prunelles noires se portant sur le Capitaine, attendant les traces d’un accord tacite. Puis, un soupir, avant que ses lèvres ne s’entrouvrent de nouveau. « Bon, c’est d’accord. Vos tâches seront celles énoncées plus tôt, et vous serez traitée comme un homme, c’est bien clair ? » Signe de tête, approuvant ces mots. « Bien. Et prenez ça, on n’est jamais trop prudent. Ça pourrait vous être utile en cas de pépin. »

Une main donnant alors un pistolet, tandis qu’une autre fournissait une maigre lame. Perles d’incompréhension, durant quelques secondes, avant de finalement comprendre que les terres n’étaient probablement pas les seules à connaitre le danger des hommes. Certainement les mers avaient également leur lot de bêtises humaines. Assurément, même.

« Allez moussaillon, il est temps de s’mettre à bosser maintenant. Le voyage est long, mais t’auras pas l’temps de t’ennuyer, t’inquiète pas. Pour le détail des tâches, on verra ça plus tard. Commence donc par transporter les caisses » Un regard scrutant, de haut en bas. « Et tu vas m’changer tes fringues dans la cabine. On n’est pas chez les clodos ici ! »

Corps se mouvant, afin de respecter les ordres donnés. Et corps disparaissant alors dans cette cabine, avant d’en ressortir quelques instants plus tard. Désormais vêtue d’une manière dont elle n’aurait jamais pu l’imaginer quelques années auparavant, elle espérait. Oui, Asya espérait que cet homme dise vrai : qu’il n’y ait pas le temps de s’ennuyer. Parce qu’elle était encore sensible, la jeune blanche, à ces remous sauvages : ceux qui rappelaient ce naufrage d’il y a quatre années. Quatre ans… C’est qu’il passait à une vitesse incroyable, ce temps maudit. Maudit des uns, bénit des autres.

« Dites… vous êtes certains que ça va, ces vêtements ? Entre la chemise ample et cet espèce de… Ceintu… Cors… ? Oh et puis merde, cet espèce de truc là. C’est pas un peu bizarre ? » Demanda-t-elle alors, tandis que le premier paquet parvenait enfin à ses mains.

Regard presque foudroyant, quelques secondes, avant qu’un sourire moqueur ne vienne résonner à son oreille. Un doigt aussi, lui intimant de commencer à s’activer, si elle ne souhaitait pas rester à quai.

« C’normal ma p’tite dame. C’est fait pour tromper l’ennemi. Puis c’est toujours plus pratique que votre truc dégueulasse. » Soupir « Assez traîné, au boulot ! » Ajouta l’homme avant de s’éclipser.

Plutôt pour se rincer l’œil, oui. Qu’importe la raison, cela semblait être une clause nécessaire pour qu’elle puisse prendre le large à bord de ce navire. Et ainsi, une fin d’après-midi avait été passé à tout ranger, trier. Préparatif nécessaire. Tout était fin prêt : il était temps de larguer les amarres. Une semaine à voguer dans les eaux turbulentes, à payer son trajet en effectuant diverses tâches. Pourquoi pas, après tout. Au final, elle n’avait pas réellement le temps de se sentir mal à l’aise, ni même de repenser à ce bateau sombrant dans les profondeurs marines, si ce n’était lorsqu’ils passèrent non loin de là. Nausées prenantes, un esprit qui n’avait pas encore oublié, visiblement. Et, plus que ça, une image encore fraîche dans sa mémoire. Sans doute trop.

Des jours qui avançaient, une destination qui semblait de plus en plus à portée de main. Et, avec cela, une certaine excitation. Parce qu’elle allait enfin découvrir cette contrée pour laquelle une vie avait été sacrifiée. Parce que cela marquerait pour elle un nouveau départ, ou tout du moins l’espérait-elle. Un besoin absurde, la blanche en était consciente, mais tout de même nécessaire. Une psyché dominée par cette pulsion indispensable, celle-là même qui lui avait fait prendre le chemin de ces terres enneigées, inconsciemment. Passer à autre chose. Cesser de ressasser inlassablement le passé. Il était temps pour elle d’avancer. Car, un nouveau but s’était offert à elle, une nouvelle allégeance. Une confiance à ne pas gâcher.

« On est arrivé à La Ciéutat ma p’tite dame. L’est temps de rendre votre tablier, vous voilà à destination. Dommage qu’on puisse pas vous garder avec nous, vous faisiez un moussaillon plutôt potable. Enfin, on trouvera bien quelqu’un d’autre qui fera l’affaire. Ah, et vous pouvez garder les bouts d’tissus » Des yeux se portant sur celle qui portait un sac de toile, dans lequel se trouvait ses vêtements d’origine. « Pour rejoindre Massilia, il faut s’enfoncer plus profondément dans les terres, et vous y trouverez le chemin à suivre. Dans quelques jours, vous y serez. Mais si vous avez un peu de temps, j’vous conseille de passer faire un détour du côté de Ceiresto. C’pas très loin, et j’suis certain que l’coin vous plaira. »

Et, en guise de première réponse, celle qui venait bien avant les sons, un sourire de cette chaleur que la jeune femme connaissait bien.

« Merci pour les vêtements et le trajet. Et pour le conseil, aussi » Un rire alors dévoilé. « Qui sait, peut-être qu’on se recroisera un jour, lorsque je chercherais de nouveau à voyager et que vous chercherez un peu de main d’œuvre ! »

Un signe de la main, puis un éloignement dans un dernier remerciement. Des pas s’arrêtant finalement quelques mètres plus loin, afin que ce nez puisse humer les odeurs, profitant par la même occasion de cette brise marine. Quelques mèches d’ivoires dansant ainsi avec le souffle tourbillonnant. L’impression de se sentir peut-être un peu plus légère, bien que le moment le plus redouté n’était pas encore présent. Des billes fixant les lignes d’un paysage à en couper le souffle. Ville entre mers et terres, cela n’avait jamais été aussi vrai qu’à cet instant. Parce qu’il y avait ce contraste entre l’étendue bleutée et celle verdâtre des forêts de pins dominant les collines. Surement aurait-il aimé voir cela, lui aussi.

« Nous y sommes presque, мой ребенок* » Murmure envolé, ne laissant qu’un soupir désolé. « мой ребенок вот-вот увидит мир. ** »

Puis, finalement, une main se portant sur son torse. Rien, il n’y avait rien. Absolument rien. Une paume frappant alors plus fort, espérant y déloger quelque chose, mais ne restait toujours que le néant. Des billes s’écarquillant alors d’effroi, mêlant un ensemble de questions qui se bousculaient à la porte de l’âme. Une présence manquante. Si récente, et pourtant indispensable. Des pas reprenant alors d’un rythme un peu plus rapide, mais dont l’apparence demeurait maîtrisée, pour le moment. Fidèle ami évaporé, laisser en arrière. Et, machinalement, cette main qui se collait non loin du coin de ces lèvres, afin de lancer un appel discret à cet être absent.

« Ilya, où tu te caches encore ? Allez, viens. On a encore de la route à faire ! Ilya ?! » Nouvelle expiration, dans cette pensée qui se mélangeait. Superposition entre cet enfant déchu et cette Zibeline farouche. « Chacun à sa manière de faire son deuil et d’avancer., n’est-ce pas ? » Simple bruissement s’unifiant au vent.

Oui. Parce que chaque chemin emprunté menait sans doute au même endroit, mais le voyage n’en demeurait pas moins différent. Certains prendront certainement la route la plus courte. Asya, elle, avait choisi ce long trajet : celui qui remettait en question tout ce en quoi elle avait secrètement espéré jusqu’à ce jour. Et probablement l'animal l'avait-il fait, lui aussi. Des yeux dont le voile se levait peu à peu : cette ombre de noir vêtue avait d’ores et déjà remblayé son drap immaculé.

N’y pensons plus…


Citation :
Note * : мой ребенок - Mon enfant.
Note ** : мой ребенок вот-вот увидит мир - Mon enfant lutte pour rejoindre ce monde.
Note² : Ilya est une Zibeline farouche. Attention, elle mord.


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MessageSujet: Re: [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]   Ven 7 Juil - 19:17

Des fois c'est épuisant, tu sais.

Tu sais ? Tseh. J'espère que tu sais, parce que moi je sais pas. Et ça devient difficile, de ne pas savoir. Qu'est-ce que je suis venu faire ici, en fin de ligne ? Sur ce continent plein d'hommes comme celui qui nous a fait ça. Je ne parle pas du teint d'une peau, non. Pas seulement. Mais ces colons, ceux-là qui sont venus avec leurs coutumes et leurs croyances pour nous les imposer, et malheur à tous ceux qui ont tentés de résister.

J'ai tenté.

J'ai réussi, longtemps, même. Les esprits me protégeaient, alors en retour, il fallait bien que je protège le village. C'était mon rôle. Mais j'ai été faible. Faible, prévisible, manipulable. Curieux, trop curieux. Curieux pour, très jeune, m'intéresser à ces hommes blancs. Un peu plus vieux, m'intéresser à ces femmes blanches. Cette femme blanche.

… Deliah.

Toi, aussi, je me demande si tu sais. Si... Tu as eu peur, ce jour-ci, hein ? Peur de ce que je pouvais faire. Tu m'as vu dans ce que je n'ai pas jugé bon de te montrer avant. Tu m'as vu sur un champ de bataille, avec du sang sur ma lame et de la bave aux lèvres. Le sang de ton père, qui plus est. Non pas sur ma lame, mais sur mes mains. Il l'a mérité. Il a mérité chaque râles d'agonie que je lui ai fait soupirer. Mais pourtant, tu as eu ce regard, quand je me suis tourné vers toi. Peur. Surprise. Choc. Quoi ? J'allais le laisser tuer les miens ? Le laisser te traiter comme une chose, comme un objet qu'il peut contrôler, influencer, briser selon ses caprices de fanatique ? Non, Deliah. Non, je l'ai tué. Et crois-moi, j'ai aimé ça. Je le referais si j'en avais l'occasion, encore, encore et encore, jusqu'à ce que ses cris de détresse ne sonnent plus si bons à mon oreille. C'aurait mis du temps, avant que je ne me lasse de l'entendre souffrir, tu sais. Parce qu'il nous a détruit, ce fou. Parce qu'il a tué les miens, pour un livre. Pour un prétendu Dieu, pour ses ambitions malsaines, au nom de toute cette mascarade imposée par vous autres qui viennent de l'autre côté de l'océan.

Et j'y suis, par-delà cet océan. Chez vous. Chez toi ? Non, tu m'avais parlé d'un autre pays, quand on était plus jeunes. Je sais pas. Je sais plus. J'oublie beaucoup de choses, récemment. J'oublie pourquoi je suis là. Pourquoi, oui ? Pour ce chacal qui a survécu, ce prêtre de feu ? Toi... Toi aussi, je te retrouverais.Parfois je doute, oui. Je doute de pourquoi je suis venu, de si tout ça a un sens.

Puis je me rappelle de ton visage. De ton sourire suffisant, de tes piques et de tes flammes qui ont brûlées les miens vifs. Alors je me rappelle. Je me rappelle de cette sensation de bien-être, lorsque j'ai teinté ton sourire du rouge d'un sang qui coule d'entre tes lèvres. De cette euphorie silencieuse, quand tes moqueries se sont perdues au milieu des gargouillis ensanglantés. Compte bien à ce que j'en fasse couler un peu plus, de ce sang qui circule dans tes veines. Beaucoup plus. Le feu ne te protégera pas, et toutes les colonnes de flamme que tu pourras dresser entre toi et moi ne suffiront pas à arrêter la course de mes griffes le long de ta gorge. C'est ça. Tes gargouillis, oui, ils trouvent grâce à mes oreilles là où tes mots ne sont rien d'autre que de la bile informe, irritante. Ces mots, je te les ferais ravaler. Ces morts, je te les ferais payer. Bientôt, « Benett ». Bientôt, tu crèveras comme tu as crevé mes frères.

... Et après ?

***

Il y pense énormément à cet après, l'Amarok. Peur du futur, peur de la suite, peur de questions. De leurs potentielles réponses. Pourquoi est-ce qu'il avait ce pouvoir ? Ces flammes, cette énergie... ça ressemblait à ce que je... à moi. A la force des esprits. Mais lui, il n'est pas des nôtres. C'est un de ceux par-delà l'océan. Alors.... Pourquoi ? Ce serait son « Dieu » ? Mais pourquoi ça semblait si similaire à...

Confusion. Se sentir proche de cet homme qui a fait flambé tout ce qui compte pour lui, ça le met mal à l'aise. Alors il y a cet épisode de nostalgie amère, pendant la traversée. Un bateau à prendre jusque vers l'inconnu. Parce qu'elle est désespérée aussi, la manœuvre de l'amérindien. Aborder le continent européen à la recherche d'un seul et unique homme en particulier, sans contact ni piste. Rien qu'une grande étendue de terre à explorer. Entreprise titanesque, impossible, diraient certains. Reste que malgré cette haine latente qui obscurcit le jugement, Amarok reste cette âme d'enfant, cet être curieux, malicieux, joueur. Émotif, impulsif, diraient certains. Peu importe. Les envies vengeresses sont là, présentes mais enterrées, pas oubliées, mais pas dominantes. Si elles l'étaient, l'homme se serait consumé depuis longtemps, gangrené par ses sombres desseins. Non. Non, plus tard, oui. Je ne l'ai pas encore trouvé, et je ne le trouverais pas de sitôt. Alors autant la découvrir, cette Europe. En apprendre un peu plus sur eux.

C'est pour tout ça qu'elle est là, cette grande silhouette perdue. Des regards qui se sont retournés sur le passage d'une ombre trop foncée, de quoi le faire sourire. Oui, ici, c'est lui le colons, presque. C'est lui l'envahisseur. Une ironie qui ne manque pas de le faire sourire. Ce serait si simple, de vous retourner la pareille. De déchaîner une furie guerrière sur vos terres, d'y répandre ce que vous avez répandus chez moi. Ce le serait, grâce aux esprits. Vous, vous n'avez que votre poudre pour vous. Mais... Tseh. Je ne suis pas là pour m'abaisser à ce niveau. Plutôt que ça, profiter d'un paysage à la fois familier et inédit. De la verdure, comme il peut y en avoir de son côté de l'océan, mais un climat plus fais, des nuances différentes. Une faune étrangère. Et il observe tout ça avec des yeux ronds, mains dans les poches de ce pantalon de toile, pieds nus, pourvu de cette seule chemise blanche en guise de haut. Direction la prochaine grande ville : Massilia. Mais avant ça, il y a ces pas à faire pour sortir du port. Des pas mis l'un devant l'autre en une lente marche, sans presse. Ce tandis qu'une tête tourne pour laisser deux yeux admirer le paysage, deux oreilles capter les sons nouveaux.

" AAAAAAAAAAAAAARGH, Putaiiiiin, enlevez-moi ça ! "

De nouveaux sons, comme ce cri de douleur et ces protestations soudaines qui percent le voile d'une tranquillité jusqu'ici relative mais effective. Alors les épais sourcils couleur nuit se froncent, puis se tournent vers la source d'une nuisance certaine. Un homme qui se tortille, pleins de cris et plaintes, avec une petite boule de fourrure accrochée à son poignet, toutes dents sorties. Dés lors, un sourire féroce qui se dessine sur les traits de l'étranger, à la fois amusé et dépité. Il leur en faut peu pour paniquer, ma parole...

" Que vous êtes bruyants. "

Premiers mots sortis d'un air las, alors qu'il s'approche de l'homme et de ses collègues attroupés autour, à essayer d'aider. Des hommes en tenue de dockers, de grands gaillards parfois patibulaires. Tseh. Sans plus s'annoncer ni prendre la peine de demander l'avis de qui que ce soit, le basané s'infiltre dans le cercle de grands hommes paniqués, puis place une main ferme sur l'épaule de celui trop occupé à tressauter et hurler de douleur.

" Tu sais, si tu gueules comme ça. Une main qui se place sur la tête du bestiau, là aussi ferme, mais sans être douloureuse. Ca va pas exactement arranger quoique ce soit. "

Et il tire d'un coup sec pour déloger la bête, quitte à ce que ce soit quelque peu douloureux pour le pauvre homme. Un dernier hoquet de douleur, et le voilà à se tenir le poignet, plaintif, tandis que la petite chose se débat dans la main d'un Amarok amusé, tout sourire. Sans la lâcher, l'amérindien s'assied au sol en tailleur, passe une autre main à sa poche. Ce n'est pas bien de mordre les inconnus le premier soir, tu sais ? Pour seule réponse, la protestation de l'animal, prisonnier d'une main plus forte qu'il n'y paraît. Puis bientôt, d'un regard plus hypnotisant qu'il ne le laissait deviner jusqu'ici. D'un sourire enfant, Amarok passe à une expression impassible, et le contact visuel s'établit vite. Quelque chose de primal, simple, à la fois inné et travaillé dans le temps. Innée, cette osmose avec Mère Nature et ses créatures. Travaillée par la chasse, la vie en milieu sauvage et le respect du cycle. Ainsi ces yeux, ils communiquent d'une simple œillade ce discours que de bien trop nombreux hommes ne savent plus parler depuis longtemps : celui des Bêtes. Le discours d'un monde simple : un monde où il y a les proies et les prédateurs, où les premiers ne survivent aux seconds que grâce à leur ruse ou à la pitié des forts. Deux yeux plantés dans ceux de la créature, pour le lui faire comprendre instantanément : Ici, c'est Amarok, le fort.

Ça ne dure qu'une seconde, Et il n'en faut pas plus pour que la petite chose arrête de se débattre. Alors le sourire reprend place sur les lèvres du jeune homme. Vite revenu à sa légèreté d'auparavant. Eux auraient eu besoin de la poudre de leurs fusils pour se prouver prédateurs. Mais aujourd'hui, je ne chasse pas. Alors pourquoi arriver à de telles extrémités lorsque l'ordre naturel fait parfois si bien les choses? Le rictus s'intensifie, et la main sort de la poche, avec un morceau de viande en son creux, tendu vers la bête finalement posée au sol.

" Mord là-dedans plutôt, ça a meilleur goût et ça risque pas de te crier dessus. "

C'est dit simplement, en même temps que des ombres viennent obscurcir le soleil qui tapait jusqu'ici sur la chevelure noire de l'étranger.

" Hey, tu peux pas faire plus attention à ta bestiole, imbécile? "

Encore ce langage qu'il ne comprend que trop peu. Français parait-il.

" Hem. Jee. Ne. Paarleuh, pas. Votreuh, langue. "

Approximatif. Des mots qu'il a fait l'effort d'apprendre, brièvement. Ça, et « bonejoureuh », « au réfoar » « mairci » et autres banalités grappillées sur le tas. "English."

Et les dockers se regardent, hagards, perdus. Malgré tout, quelques rudiments d'anglais parmi eux. Alors la même question que plus haut est posée de nouveau, dans un anglais douteux, tandis que la patience semble commencer à partir.

" C'est pas à moi. J'ai simplement aidé parce que vous vous en sortiez pas. Je crois que c'est « merci » que vous cherchiez comme formulation, plutôt que « t'es qui, toi ». "

Et il insiste sur cette notion, tandis que ses mots continuent de sortir dans cette seule langue connue.

" Thank you. Ça se dit comme ça. T.h.a.n.k    y.o.u "


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Asya Leskov


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MessageSujet: Re: [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]   Mer 12 Juil - 18:00

Lentement, des billes brunes observaient, scrutaient les environs. Une lueur mélangeant inquiétude et curiosité maladive pour les choses étrangères. Sur la droite, se trouvait cette étendue récemment traversée afin de parvenir à cet objectif d’enfance : cette même intention quelques années plus tôt qui avait mis fin à toutes ces vies. Une en particulier. Ou plutôt deux. Car le renouveau signifiait également la fin d’une existence, parait-il. Océans et Mers longtemps exécrés autant que redoutés pour cette blanche bercée par la naupathie. Traumatisme surmonté, ou tout du moins l’espérait-elle. C’était-là la signification cachée derrière ce voyage, au-delà du travail de mémoire que la jeune femme s’obligeait à exercer sur elle-même. Le moyen probable de tourner la page, ou celui de ressasser cette même journée indéfiniment.

Un port qui n’avait rien à envier à ses semblables Russes. Bien que certainement plus petit, celui-ci s’étendait tout de même jusqu’à perte de vue, formant une sorte de « U » en son centre. Pêches et cargaisons, étonnante mixité. Soupir silencieux, alors même que les lèvres semblaient s’étirer faiblement en un sourire mimé. L’eau et la terre, en un même endroit réuni. Une sensation presque familière s’installait alors, malgré les trop nombreux kilomètres la séparant de ce sol natal. Et pourtant, cela ne faisait pas si longtemps qu’elle l’avait quitté, cette région du monde. Souvenirs d’un pèlerinage, d’une vie achevée à ne pas oublier malgré tout.

Quelques mots destinés à ce partenaire nouvellement trouvé. Deux destins liés par le hasard, si tant est qu’hasard il y est. Car les choses arrivaient sans doute toujours pour une raison bien particulière et définie. Manière de penser obligeant à une certaine forme de rassurance. Les choses étaient bien plus faciles à vivre comme cela. Des paroles pourtant non perçues par le principal intéressé. Un soupir s’échappant alors des lippes : l’animal semblait avoir une nouvelle fois pris la poudre d’escampette. Irrattrapable bestiole. D’une certaine manière, celle-ci ressemblait à son humaine de compagne lorsque celle-ci n’était encore qu’une enfant : A la fois sauvage et aventureuse. Difficile à canaliser, aussi. Rire nerveux, alors dissimulé : l’impression de s’occuper d’un gamin. Quelques années de moins n’auraient pas été de refus.

« Ilya, montre-toi. On doit reprendre la route maintenant, on jouera plus tard »

A peine arrivée, et les recherches débutaient déjà. Pas celles attendues, néanmoins. Parce qu’il fallait tout d’abord trouver cette Zibeline, avant de pouvoir prétendre à la suite du programme. Cependant les mots ne semblaient actuellement pas avoir le moindre effet sur cette bestiole de fourrure. Ne restait que deux solutions : Un animal trop têtu, préférant mimer la sourde oreille au lieu de simplement s’acquérir de la demande. Ou un départ précipité, et sans doute s’était-elle trop éloignée de l’emplacement initial. Et si la seconde option n’était pas si embêtante en temps normal, la présence bien trop importante d’hommes dans la zone n’était pas très engageante pour la suite.

Quelques minutes à regarder dans tous les recoins, avant qu’un hurlement n’attire finalement son attention. Une voix paraissant vaguement loin, probablement de l’autre côté de l’endroit où elle se trouvait actuellement. Des probabilités minimes, mais toujours était-il préférable de se rendre sur place afin de s’assurer qu’elle ne soit pas la cause de toute cette agitation. Ombre noire dressée sur un sobre tableau : celle de toutes ces personnes regroupées autour d’une origine.

Inspiration profonde, et Asya tenta de se frayer un chemin par-delà les corps transpirants des hommes entassés là. Une petite parmi les grands, comme noyée dans la foule. Un temps durant lequel les bruits d’effroi semblaient s’être envolés. Malgré tout, curieuse, la jeune femme continua jusqu’à parvenir à cet homme au sol, gémissant tel un enfant. Roulement d’yeux offrant une toute nouvelle vision à cette mère animalière.

« Ah » Réflexe.

Ça, et la surprise de constater la présence de la boule de poil maintenue par cette main inconnue. De nouveau, un soupir. Bon sang, qu’est-ce que t’as fait encore comme conneries toi… Un œil discret se mit à fixer l’homme se tenant le poignet, avant qu’une légère irritation n’apparaisse sur ses traits opalins. Une bille qui, bien vite, reporta toute son attention sur cet homme à la peau hâlée. Visiblement, la bestiole avait encore fait des siennes. Une tête se pencha alors légèrement sur le côté, observant cette main qui nourrissait l’animal. Les gens étaient-ils tous comme cela, ici ? Mais le plus important demeurait les réactions de chacun : celle de la petite Zibeline, qui semblait s’apaiser. Et celle de cet inconnu qui ne semblait pas la craindre le moins du monde.

Quelques instants, avant qu’un coup ne retentisse, et que la jeune boule de poils ne sursaute, tentant de se faufiler dans les vêtements de son attrapeur, essayant de se cacher. Prête à se rouler en boule. Une image à l’en faire sourire de nostalgie, cette blanche Circé. De nostalgie, mais également de soulagement, quelque part. Un moment passé comme cela, à se rappeler cette rencontre étonnante, puis des yeux s’écarquillant finalement. Peut-être serait-il temps de la récupérer ? Elle s’approcha ainsi des deux hommes, tendant l’oreille. De l’anglais, voilà qui s’annonçait difficile. Enfin, cela l’aurait été il y a quelques années. Car si la langue n’était toujours pas parfaitement maîtrisée, sans doute y avait-il eu des progrès, depuis.

« Désolée, c’est mon animal. J’espère qu’elle n’a pas posée trop de soucis… Elle est un peu farouche, notamment avec les hommes… »

Phrase non terminée, interrompu par cette voix criarde dont elle ne comprenait pas le moindre mot. Furtivement, ses marrons se tournèrent instinctivement vers le brun, cherchant une explication orale. Demande silencieusement ravisée. Parce qu’elle ne le connaissait pas, et parce qu’il semblait qu’Ilya lui avait posé quelques problèmes il y a quelques minutes à peine. Une idée globale du comment et du pourquoi, néanmoins.

« En même temps, les animaux vous savez, c’est comme les enfants. Si vous lui faites peur, il craint et se braque. C’est pas plus compliqué que ça. Mes excuses pour les dégâts qu’on pu faire ses petits crocs de bébé dans votre chair, mais la prochaine fois, essayez de ne pas exciter un animal. Ça vous évitera ce genre de problèmes »

L’impression d’être de nouveau une mère. Ou plutôt d’en rejouer le rôle, grondant cet homme comme s’il s’agissait d’un enfant. Un sermon, probablement. Paroles certainement incomprises par l’homme, qui continuait vraisemblablement de pester tel un poissonnier un jour de marché. Un souffle s’échappa alors de ses lèvres, tandis qu’elle se retourna, ignorant l’homme.

« Désolée, elle vous a causé des problèmes il semblerait. Mais je suis étonnée que vous ayez réussi à l’approcher sans vous faire mordre. Il faut dire qu’elle n’est malheureusement pas très sociable ».

Une main passée sur le crâne, ébouriffant quelques mèches sur son passage. Et cette voix, des plus gênées quant aux événements qui venaient de se produire. Cependant, il s’agissait malgré tout de sa responsabilité et Asya savait qu’elle ne pouvait reprocher quoi que ce soit à son compagnon de voyage. Une voix qui fit ressortir le museau de l’animal, le faisant frémir au contact de l’air. Une patte avant entamant également un mouvement, afin de tenter de retrouver celle qui l’avait récupéré quelques semaines plus tôt dans les forêts Russes.

« Mais plutôt… Laissez-moi m’excuser pour tout ça. Que pourrais-je faire pour vous aider ? »


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MessageSujet: Re: [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]   Mer 26 Juil - 8:10

Foule de bruits, foule de sueur et de grands hommes patibulaires. Foule d'appeurés, car tous grands qu'ils sont, pas un seul pour oser aider le pauvre hère aux prises avec la terrible bête. Alors l'étranger s'en mêle, allant ajouter sa teinte de peau plus sombre au rassemblement de pâlots tous incapables à la tâche. Des gestes simples et directs, dénotant d'une certaine expérience avec les bêtes, et voilà l'ouvrier débarrassé. Dés lors, les quiproquos commencent, comme souvent avec lui. Lui qui parle cet anglais parfait au milieu d'hommes plus incertains dans leur accents, dans leurs mots. Lui qui porte ce teint plus sombre au milieu d'hommes plus clairs sur leurs épidermes, parfois plus tranchés dans leurs opinions. Quelques regards torves et mauvais à l'encontre du basané, royalement ignorés. Ce ne seront ni les premiers, ni les derniers, l'habitude est là. Parfois, comme ici, ne pas en tenir rigueur. D'autres fois, s'en amuser, provoquer, puis se divertir du résultat de quelques piques et autres puérilités. En ce cas, quelques phalanges ont vites faites de s'écraser sur les mâchoires adverses, quelques jambes de s'animer en un jeu de mouvements agile et rapide, prompt à esquiver les éventuelles contre-attaque. Bête féroce et insaisissable, espiègle et malicieuse. Faire comme chez soi en ces terres étrangères. Parce qu'ils nous le doivent bien.

Et s'il écoutait les recoins les plus sombres de son cœur gangrené par la colère, il l'empoignerait par la gorge pour lentement l'étrangler, cette Europe de colons. Mais cette gangue de ressentis colériques ne s'est pas encore assez refermée sur son esprit pour que de telles extrémités lui deviennent envisageables. Sentiment de toute puissance encore rarement remis en question, depuis que le don des esprits a traversé son corps. Seule fois, celle où ce prêtre du feu a opposé un pouvoir similaire. Mais si lui, pourquoi pas d'autres ? Nombreuses et déroutantes contradictions, contre-indications. L'appréhension d'autres hommes et femmes de l'autre Continent qui seraient touchés par la force mystique.

Aucun, parmi ces marins. Seule cette petite bête intimidée, intimidante, pour certains. Inoffensive en soi, mais farouche, guerrière, presque. Quelque chose d'amusant, à la voir. Attendrissant, diraient certains autres encore.

- Là, là, mange.

Et ça passe de ces longs doigts à la gueule de l'animal, nourrit comme un enfant. Ca sous le regard ébahi des travailleurs, et bientôt, sous celui d'une autre. « Une ». La seule « elle » parmi ce rassemblement de « il ». Ce qui aurait pu arracher une attention particulière à Amarok, s'il n'était pas focalisé sur la bestiole. Or, il l'est. Puis il y a ce bruit qui retentit, assez fort pour inciter la peur dans la boule de poils. Une peur qui pousse à la fuite, cachée entre les plis d'une chemise légère. « Ah non merde, tu chatouilles, naaaah! Et de se tortiller un petit moment, gigotant entre deux rires incontrôlés, pour finalement ceinturer la bête, qu'elle se maintienne dans une manche. « Mieux. »

Tout ça sous le regard toujours plus perplexe de ces paires d'yeux éparpillées dans l'assemblée. Une assemblée beuglante, et les revendications d'un agressé, pour le supposé propriétaire du terrible agresseur poilu. Quiproquo. Comme d'habitude. Explications, comme d'habitude. Et là encore, maladresse, incompréhension. Soupir. Jusqu'à voir cette femme faire son entré en scène. La détailler, la jauge, d'un regard scrutateur. Sans gêne, mais sans jugement. Une fixation sans gêne de ces prunelles de noisette, habituées de ce procédé parfois mal vu. Dévisager, pour mieux analyser. Et dommage pour ceux qui n'aiment pas la promiscuité que cela engendre.

- Un bobo sur le pouce et des frais pour un éventuel pansement à l'intention du grand monsieur ici. Il devrait s'en remettre.

Mots de moquerie ouverte, clamés en un grand sourire trop franc, trop arrogant. De quoi faire se serrer quelques poings. Depuis quand sont-ils si sûrs d'eux, ces gens à la peau trop foncée, hm ?

- À défaut d'être capables d'exciter une femme, ils se rabattent sur ce qu'ils peuvent, vous savez.

Une réplique lancée du tac-au-tac à la suite du discours de la demoiselle aux cheveux couleur neige, fixant l'homme geignard. Toujours un peu plus de ce goût du risque, affiché, assumé. Et ce sourire plein de dents, affiché sans complexe. J'suis de bonne humeur, tiens. Alors sur la suite de cette réplique, il y a quelques rires étouffés, ceux aux dépends d'un homme ciblé apparemment pas assez versé dans la langue de Shakespeare pour apprécier la pique qui lui a été lancée.

Un retour des yeux vers la dame de blanc, pour simplement acquiescer à ses paroles, afficher cet air accessible, mais sans pour autant se départir de ce quelque chose de malice, caché au coin d'un sourire mutin, d'un regard pétillant.

« Sûrement a-t-elle compris que je mords sans aucun doute plus fort qu'elle. Tseh, qui sait. » Dit-il d'un air entendu, comme si cela coulait de source, comme si sa logique personnelle s'appliquait au plus grand nombre. Mais ils sont peu à appréhender les choses comme il le fait, qui plus est avec ces bêtes du règne animal, des plus petites aux plus gargantuesques. « Y a pas de mal, quoiqu'il en soi, c'est moi qui ait décidé de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Pour changer. » Pour changer.

Curiosité déplacée. Défaut, selon le dicton. Vilain défaut, même. Alors il plaide coupable, si c'est cela. Une curiosité qui l'amène ici, avec cette bête qui finit par passer d'une manche aux mains de la femme. Ainsi, le corps jusqu'ici assis du jeune amérindien se lève prestement, tandis qu'une main vient gratter derrière son crâne.

« Hmmmm. M'aider ? Hm. Beh, déjà, avant toute chose.... » Et d'enchaîner sur un mouvement pour sortir du cercle de cette foule, lui faisant signe de le suivre d'un geste de la main dans son dos. Passer les pognes dans ses poches, attendre qu'elle soit à son niveau, les yeux rivés sur l'eau à l'horizon, alors que la distance se creuse avec le groupe d'ouvriers. « Ils commençaient à devenir étouffant, ceux-là. Hm... M'aider.... Tu aurais du temps pour parler ? Je cherche des choses, ici. Des informations, notamment. Et pourquoi pas un guide... Où est-ce que tu vas ? »

Et déjà, l'habitude du tutoiement s'était réinvitée sans qu'il y fasse attention. Ces éventuelles question qui profitent pour s'engouffrer. Les éternelles questions. Je finirais bien par te trouver, à force.


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MessageSujet: Re: [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]   Jeu 3 Aoû - 17:39

Quelque part, l’animal semblait s’être attaché ne serait-ce qu’un peu à cet inconnu. Sans doute la reconnaissance d’une mise sauvée d’un potentiel imbécile ne connaissant rien à la patience qu’une boule de poil pourrait demander. Et Asya n’était pas forcément particulièrement encrée dans ce savoir là également, tant sa rencontre avec la Zibeline était récente. Néanmoins, il ne lui avait pas fallu plus de quelques minutes pour percevoir que la brutalité n’était qu’inutilité dans ce genre de cas, avec ce genre de bestiole. Quelques jours, peut-être une semaine ou deux grands maximums qu’ils étaient ensemble, et déjà ce lien s’était tissé tel le serait une connaissance datant de plusieurs années. Et très précisément parce qu’elle avait vu la détresse de l’animal, la jeune femme savait pertinemment que celui-ci était réfractaire aux contacts humains. Notamment les hommes, semblables à ces chasseurs posant des pièges afin de capturer, dépecer. Tout ça pour une fourrure à récupérer, revendre au plus offrant. Monstres à visage humain.

Alors oui, Circé était d’autant plus étonnée qu’Ilya fasse preuve d’une telle câlinerie envers l’un deux, connaissant une mince partie de ce lourd et fatiguant passé. Etonnée, oui. Mais pas totalement. Parce qu’elle sentait, elle aussi, que cet homme au teint halé n’était pas comme ces autres plus blancs. La façon de la tenir, de lui parler, d’agir plus simplement : tout indiquait qu’il avait connaissance des réactions animales. Et sans doute ne s’avançait-elle pas tant que cela à penser qu’une amitié s’était probablement instaurée entre ces ceux-là. C’en était presque dommage de les séparer. Parce que si la jeune femme sentait une faible différence chez lui, elle demeurait persuadée qu’ils ne se recroiseraient probablement pas, tant la terre était immense. Peut-être un jour, ceci-dit. Parce qu’il faut garder espoir, disent certains.

Un faible rire également, étouffé par cette main couvrant les lèvres, tandis que l’inconnu tenant l’animal tournait ces autres en dérision. Et autant la blanche femme savait qu’il ne s’agissait pas là d’une chose à faire, la moquerie, mais en cet instant, la tentation de se laisser aller à ce genre d’enfantillages était bien trop tentante pour passer à côté. Plus précisément, il s’agissait là d’une réaction involontaire, réalisée bien assez vite, amenant à cette chair contre sa bouche.

Vrai qu’il n’est pas très excitant, d’ailleurs. Ou plutôt, ce n’était pas vraiment son genre. Mais qu’importe : La capitaine n’était pas en ces lieux pour trouver une âme errante avec laquelle s’amuser le temps d’une soirée. Des billes cendrées se retournèrent ainsi vers le brun, observant ce coin de sourire, dans un sourire rendu, bien qu’avec une tout autre signification. Bienveillante Asya, autrefois mère.

« Je pense surtout que vous vous y connaissez plus en réaction animale que vous ne voulez bien le laisser croire. Elle n’est pas commode, cette bestiole : méfiante, sur ses gardes avec les étrangers. Vous l’avez récupéré là où certains l’auraient sans doute frappé ou balancé des objets divers au museau. Vous lui avez donné de quoi manger, pour la calmer… Et d’ailleurs merci pour la viande. N’oubliez pas de me dire de quel genre de chair il s’agit, que je puisse m’en procurer. Il a l’air d’apprécier. » Une pause. « Et vous agissez avec lui comme si de rien n’était. Pas de crainte, pas de mesure de sécurité apparente. Une main assurée. Sans doute vous apprécie-t-il. »

Nouvel étirement des lippes, dans ce doux son rieur. Un donné pour un rendu : c’était ce qu’on disait par chez elle, au-delà de ces forêts à la couverture de neige. Et cet enfant avait d’ores et déjà fait quelque chose pour elle, en aidant cette petite Zibeline farouche. Ainsi, il lui incombait désormais de lui rendre le service. D’ailleurs, cette petite bestiole commença à gigoter plus encore qu’à l’accoutumée, frottant le bout du museau avec l’air ambiant. Quelques minces coups de pattes furent également donnés. Mais que l’on ne s’y trompe pas, ceux-ci n’étaient en rien menaçant, blessant ou tout autre mot que l’on pourrait utiliser en synonyme. Bien au contraire, aucune griffe était de sortie, et le mouvement n’avait pour but que d’écarter ces bras afin de retourner vers celle qui était sa partenaire de voyage.

« Allez, viens par-là toi ! »

Cinq uniques mots prononcés, tandis que la boule de poil sautait dès lors d’un membre à l’autre, jusqu’à parvenir contre le torse de sa propriétaire présumée. Un bien grand mot que celui de propriétaire, lorsque l’on connait la façon qu’avait Asya d’aborder la vie en elle-même. Un mot obsolète, voire inexistant. Pas vraiment quelque chose qui lui parlait, en fait. Alors, plutôt que de se perdre davantage dans ces réflexions inutiles, la jeune femme décida de suivre cet inconnu quelques pas plus loin. Une large caresse donnée au mammifère, à de multiples reprises, ne serait-ce que le temps qu’ils sortent tous trois de cette foule en cercle, accumulée en cause des cris d’un seul homme confronté à un petit animal.

« En effet, ce genre d’attroupement dure longtemps d’ailleurs, parait-il. Tout cela parce qu’ils s’amassent autour d’un homme hurlant pour bien peu… » Bien peu étant une morsure de Zibeline. « Bien sûr, cependant, je ne suis pas certaine d’être d’une grande utilité. Parce que je ne viens pas d’ici non plus, disons plutôt que je termine un voyage débuté, laissé à l’abandon depuis bien longtemps. Ma destination finale est Massilia, d’après un local, c’est un peu plus loin, à quelques jours de là. Il y a aussi Ceiresto, que l’on m’a recommandé. Mais l’étape finale est Massilia. »

La bestiole sur l’épaule, la jeune femme finit alors par prendre les devants de la marche et, comme à son habitude, ne se pria pas pour se retourner, marchant désormais à reculons. Les vieilles habitudes ont la dent dure, parait-il. Et, tandis que la Zibeline demeurait sur l’épaule pour un temps, les mains partirent dans le dos. Un animal qui, assurément, ferait des aller-retour entre ces deux-là.

« Et donc, en quoi puis-je t’aider heu… inconnu ? » Parce qu’elle ne connaissait toujours pas son nom. « Tu n’es pas d’ici non plus n’est-ce pas ? Que cherches-tu donc dans le coin, si la question n’est pas indiscrète, bien entendu ? Parce que tu n’as pas réellement l’air d’être là uniquement pour le tourisme, en fait. Ou plutôt, ce n’est pas vraiment l’impression que tu donnes, comme ça ».

Un autre qui s’était donné au tutoiement, et une blanche mouette qui suivait le rythme. Car si elle n’était pas de celles à tutoyer directement un inconnu, les choses n’en demeurait pas moins différentes si le premier des deux à s’y abandonner était l’autre.



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MessageSujet: Re: [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]   Dim 8 Oct - 5:33

- Rien de très digne d'éloges, allons.

Difficile de dire si la modestie est feinte, fausse, ou si elle est authentique, tant ce sourire malicieux sur ses lèvres n'a en soi pas bougé d'un pouce. Oui, il en connaît sûrement plus sur les choses du règne animal que n'importe lequel de ces matelots éméchés, sûrement qu'à lui seul il en sait plus que tous ceux-là réunis, même. Par la force des choses, des origines, du vécu. Du destin, diraient certains. Il en sait plus, et il a pour lui l'avantage de l'assurance. Il n'est pas incertain dans son approche, il sait, le montre, l'affirme. Et même s'il ne sait pas, il met tant d'aplomb à prétendre savoir que le mensonge devient réalité. Oui, il l'a récupéré sans la frapper, mais pas sans la menacer : Pas une menace agressive, ni directe. Tacite, détournée, celle d'une présence animale. Car les créatures de ce monde de verdure agissent différemment, dépendent de codes bien éloignés de ceux d'une humanité parfois si complexe, parfois trop simple. Il l'a calmé, ce petit être, il lui a donné de la viande, et il ne le craint pas, comme le lion de craint pas la souris. Il la respecte, lui concède sa valeur, et si un jour le cours des choses et de la faim le réduit à s'abaisser à telle proie, il lui enlèvera la vie, jamais par cruauté ou pour les desseins intéressés et émotifs de cette race humaine qui complexifie ses besoins, mais pour sa faim, comme un fauve. Il reste un homme, cet Amarok, mais il sait se glisser dans la peau de ces choses plus sauvages pour mieux les appréhender.

- C'est de la... Bresaola, je crois qu'ils disaient. De la viande de bœuf séchée, originaire d'Italie. Un peu cher, mais c'est le prix et de la qualité et de la longévité. Deux qualités importantes pour un voyageur doublé d'un gourmand.

La petite nuance, c'est que son prix n'a que peu importé pour moi puisque je l'ai volée. Mais ça, tu n'as pas besoin de le savoir. La nuance d'un méfait perpétué sur l'un des nombreux marché d'une Italie brièvement traversée, il y a quelques semaines de ça. Ainsi, il y a encore un peu de cette précieuse viande dans le fond de ce sac de toile porté en bandoulière dans le dos, ainsi que d'autres denrées et choses nécessaires à cette vie de voyage que l'Amérindien s'est imposé.

Une vie de voyage, de recherche, de découvertes et d'objectifs à atteindre, sur le long terme. Mais pas maintenant, parce que maintenant, il y a cette agitation dans sa manche : celle d'une bête qui veut revenir vers celle qui partage son chemin. Alors après quelques grimaces chatouilleuses causées par ces mouvements sur la peau, Amarok laisse simplement la petite créature retourner vers celle aux cheveux de neige. Il la suit du regard, à passer de son bras jusqu'à cette poitrine. Un instant de flottement, puis il remonte jusqu'au visage de la plus blanche des trois protagonistes. C'est ce moment qu'il choisit pour se relever avec cet air bonhomme sur le visage, plutôt content de lui et de ce début de journée. S'éloigner de ceux qui auraient pu constituer une distraction plus longue à leur manière, pour plutôt se tourner vers une autre qui pourrait elle aussi s'avérer distrayante. Et peut-être plus. Peut-être aura-t-elle quelques réponses à donner au jeune à la peau plus sombre.

« Oui. Puis je m'en serais voulu d'en être réduit à devoir lui donner une vraie raison de crier. Je crois qu'il n'aurait pas apprécié, si j'avais poussé la moquerie un peu plus loin. » Et je crois qu'il n'aurait pas apprécié le son de sa mâchoire sortie de son axe, s'il avait ensuite eu la bonne idée de ne trouver qu'un poing serré à me répondre. Et autant dire que l'homme avait le profil de ceux-là qui règlent leurs différends que de cette façon et aucune autre. Que l'homme avait l'air de perdre patience, aussi. Sûrement Amarok se serait-il amusé de tout ça s'il avait été tout seul, oui. Qui plus est pour l'un de ces marins. Quelque chose d'amer, lorsqu'il pense à ces hommes blancs qui traversent les mers. Après tout est-ce comme ça qu'ils ont commencés à se répandre sur sa Terre comme une infection. « Tiens donc. Semblerait-il que nous ayons donc la même destination. » Il le dit d'un ton léger, presque rieur, Et il ajoute autre chose quelques secondes après seulement. « Oserais-je te proposer un bout de chemin sur la même route ? J'ai assez eu à souffrir des déconvenues du voyage en solitaire, et la simple vue de deux silhouettes plutôt qu'une seule suffit à décourager certains de ces bandits qui épient les chemins isolés. »

Routes trop étroites, trop loin de la civilisation, trop peu surveillées. Tant d'endroits qu'ils ne se privent pas de squatter, ceux-là qui vivent des gorges tranchées et des bourses arrachées à leurs légitimes propriétaires. Pas qu'Amarok soit incapable de gérer ce genre de souci seul, mais se les épargner reste préférable. Alors la conversation continue, et la question implicite d'un nom à donner se pose.

« Je préfère Amarok, si tu veux bien. » Répond-t-il simplement, un sobre sourire aux lèvres. Un peu plus large lorsque la notion d'étranger entre en compte. « Eh bien, si mon teint ne s'était pas déjà chargé de me désigner grand étranger, j'imagine que mon nom s'est chargé d'achever ce qu'il pouvait rester de doutes. Je viens de ce que vous appelez l'Amérique, par chez-vous. Et toi... Inconnue ? » Une façon de rendre la pareille, puis de se renseigner. Un autre pays à découvrir, peut-être, puisque cette Europe reste cruellement méconnue. Et puisqu'il entend arracher de ces informations à cette fameuse inconnue, il doit bien daigner en disséminer quelques unes dans ses quelques mots. «Quelqu'un. Même si « le coin » est assez large, puisque je cherche dans l'Europe tout entière ».

Une suite laissée aux suppositions et interprétations, sans plus de détail. Pas encore, pas maintenant, pas si tôt. Parce que la potentielle suite, si elle doit être récitée, elle est faite de récits personnels et de choses bonnes à faire le faire passer pour un malade mental. Alors non. Il n'ira pas parler de Dieux, d'esprits totems et d'hommes capables de créer le feu entre leurs mains. Plutôt, il ira être curieux, à son tour.

« Ceci étant dit, je pense pouvoir te retourner la remarque : tu n'as pas l'air d'être ici que pour le tourisme. »

Questions et réponses, pour entretenir une conversation pour l'instant pauvre en détails. La marche tranquille, décontractée, à profiter du paysage. A tendre l'oreille, savoir si sa curiosité sera rassasiée ou laissée dans le vague de réponses évasives.


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MessageSujet: Re: [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]   Mar 17 Oct - 18:26

Un homme bien mystérieux, qui se tenait là. C'était en tout cas ce qu'indiquait ce sourire complexe, constamment affiché sur ces lèvres légèrement hâlées. Chose qui rendait la jeune femme d'autant plus curieuse. Ainsi, assurément chercherait-elle à en savoir plus sur cette silhouette brune, afin d'assouvir cette soif de curiosité, de connaissance qui ne cessait de grandir. Trente années, certains affirmeraient que ce n'était qu'une maigre vie, qu'il restait encore un certain nombre de choses à voir. Et sans doute avaient-ils raison, en somme. Seulement, ces trentes années de soif ne furent jamais parvenues à satisfaction. Hélas, la blanche était consciente que chacun disposait de son jardin secret, des pensées cachées, d'un passé à dissimuler, à oublier. Et c'était précisément ce qui l'empêchait de poser davantage de questions, en état. Peut-être plus tard, se disait-elle. Si plus tard il y a. Interrogations alors passées sous silence, juste pour quelques instants. Pour mieux y revenir plus tard. Parce qu'elle ne lâchait pour autant pas le morceau, Asya. Pas pour l'instant, tout du moins. Mais plus tard.

« Bien que le prix n'est pas toujours lié à la qualité, malheureusement.» Un rire, bien vite annihilé. « Vous êtes fous de lui avoir donner quelque chose comme ça... Enfin, je ne pense pas qu'il irait s'en plaindre, ce glouton du dimanche. Mais vous auriez dû garder ces mets pour votre propre plaisir, voyons... Je veux dire... C'est adorable à vous, mais cela aurait été préférable de le garder pour vous... Bon, laissez moi vous rembourser la dépense en ce cas. »

Une main s'enfonçant précipitamment dans une poche, récupérant quelques pièces à la volée. Et, sans prendre le temps de regarder le contenue de celle-ci, un bras finalement tendu dans sa direction, avant que la seconde main, libre, récupéra cette baguette hâlée glissant jusqu'à sa paume pour y verser le bien.

« J'espère que ça suffira à couvrir les frais. »

Gêne assurément perceptible, à l'énonciation des caractéristiques du produit. Il demeurait néanmoins possible que tout cela ne fût guère lié au hasard. Mais qu'importe. Pour une aide apportée, pour une dépense réalisée, un remboursement donné. Une mère qui n'était pas véritablement dupe, en somme, mais sans doute préférait-elle croire au possible facteur "bon" qui émergeait de cet homme. L'espérance de ne pas se tromper. Car elle faisait aveuglément confiance à cet animal, quand bien même venaient-ils tout juste de se rencontrer. Après tout, Ilya avait peur des hommes. Par conséquent, si la zibeline supportait cet intervenant, il ne pouvait être mauvais. Etirement des lippes ainsi partagé, lorsque l'animal revint vers elle. Lorsqu'il y eut ce contact visuel entre les deux humains. Chaleureuse, comme à son habitude. Tant qu'on ne la décevrait pas.

« Certes. Il semblerait que l'esprit laissait à désirer. Et les manières, aussi. L'intelligence… » Une réflexion, presque silencieuse. « Presque tout, en fait. Comme quoi on trouve de tout, même si loin de chez soi. »

Loin de tout... Un endroit qui, semblait-il, recelait bien plus d'étrangetés qu'elle ne l'aurait imaginé. En outre, une imagination qui s'écroulait alors. Car ces contrées lointaines avaient beau avoir l'air différentes aux premiers abords, ceux qui les peuplaient, eux, n'étaient guère contraire à ces hommes aux regards glacials, jugeant tout ce qui leur était donné à portée d'yeux, de connaissance. Une connaissance bien relative, cela allait de soi. Juste les apparences. Force était d'avouer que les moutons étaient malheureusement partout. Une espèce sur-représentée, assurément.

Une proposition arrivant comme un cheveu sur la soupe, brusquement, sans précurseur quel qu'il aurait pu être. Et pourtant, cela ne dérangeait pas la blanche pour un sou. Pas le moins du monde. Après tout, la compagnie animale était une chose. Mais l'humaine en était une tout autre. Plaisante qui plus est, lorsque le partenaire était choisi minutieusement. Un Amarok rencontré sur le tas, mais qui semblait être un bon parti, pour une course plus agréable.

« Asya.» Une main alors tendue.« C'est avec plaisir que j'oserai accepter cette proposition. Les trajets sont davantage plaisants lorsqu'on les partage, parait-il. Et si Ilya est un bon compagnon de voyage, une présence humaine ne serait pas de refus. Bien loin de là. Disons que nous serons désormais deux à botter les fesses des bandits s'ils se montrent.» Grognement faible, plus loin, entraînant une nouvelle crise de rire, bien que discrète. « Enfin, trois. Reste donc à savoir si un petit détour t'intéresse, ou si tu préfères que l'on se rende directement à Massilia. »

Sacrée bestiole, toujours prête à avoir le dernier mot. Chose que la Russe avait d'ores et déjà compris, malgré le temps affreusement limité passé ensemble. Quelques semaines, tout au plus. Une période hélas suffisante pour percevoir le caractère de l'animal. Une contradiction, au sein d'un si petit corps; cela donnait parfois cette impression étrange d'un retour à l'enfance. Ou la maternité.

« C'est dans ces moments là que je me dis que son nom ne lui correspond absolument pas. C'est une telle peste, parfois. On dirait presque un vieux ronchon. »

Rire aux éclats, conséquence de cette remarque réalisée par ses propres soins. Certainement n'était-ce pas si drôle que cela mais, en à peine quelques jours, les anecdotes étaient nombreuses. Nombreuses et farfelues. Puis, finalement, cette main tendue vers l'homme, en ce sourire chaleureux. Un naturel déconcertant.

« Le teint ne fait pas l'homme. Ni même la provenance. On en a eu la preuve il n'y a pas plus tard qu'aujourd'hui même. Je ne suis pas plus du coin que tu pourrais l'être... Les températures d'ici, en cette période, c'est quelque chose que j'aurais difficilement imaginé avant de mettre le pied dans cet ailleurs. » Un soupir, mélancolique.« A vrai dire, ma terre d'origine est l'Empire Russe. Ça te dit quelque chose ? » Un semblant de rire « Faut dire qu'on est assez éloigné en terme de température ! »

Quelques instants bercés par le silence tantôt amer, tantôt nostalgique. Des perles ainsi perdues dans le vague, l'inconnu, quelques instants durant. Ce qu'elle faisait là... A vrai dire, sans doute aurait-elle dû s'attendre à l'entendre un jour, cette question. Basique, et logique qui plus est.

« En fait, c'est vraiment pour du tourisme. Un vieux voyage qu'on aura pas su terminer. C'était comme resté en suspens. Disons que c'est une sorte de pèlerinage, en souvenir du bon vieux temps. »

Bon vieux temps, révolu. A jamais.

« Et qui est donc cette personne, si ce n'est pas trop indiscret ? A quoi ressemble-t-elle ? Qui sait, peut-être l'aurais-je croisé quelque part… » Même si je ne suis pas certaine de pouvoir m'en souvenir. « Dans tous les cas, si ta proposition tient toujours, je pourrais éventuellement t'accompagner dans tes recherches. Déjà à Massilia, peut-être ailleurs, même ? Qu'en dis-tu ? »

Une main ainsi posée doucement sur son épaule, et toujours ce sourire empli de chaleur humaine, bienveillant. Certes, la magicienne devrait sans doute retourner au Sanctuaire sous-marin. Mais il n'y avait eu à sa connaissance, pas d'événements importants, nécessitant sa présence. Ainsi donc, peut-être pourrait-elle voyager un peu plus longtemps, cette blanche mère ?



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MessageSujet: Re: [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]   Jeu 9 Nov - 14:46

« J'ai rien payé de tout ça. »

La réplique a le mérite de répondre à tout. Oui, le prix ne fait pas la qualité, mais peu importe, même si je m'étais trompé à prendre une viande qui ne vaut pas son prix, je n'ai rien payé. Non, pas question de me faire rembourser pour alors que je n'ai jamais payé la moindre pièce pour me la procurer. Hm. Peut-être avec quelqu'un d'autre, je n'aurais pas fait autant de chichi. Mais puisque l'on parle d'une potentielle compagne de voyages d'au moins plusieurs jours, la tendance se prête plutôt à l'honnêteté. Puis, il ne s'agirait pas de trop confirmer les clichés qui peuvent entourer les minorités de tout bord, n'est-ce pas ?

C'est pour ça que la paume ne s'est jamais ouverte pour recevoir ses pièces. Plutôt, elle s'est refermée sur sa main pour la guider de nouveau prés de sa poche, et initier le mouvement pour aller y remettre l'argent. Un simple sourire neutre au visage, j'ajoute quelques détails sur le pourquoi du comment.

« L'honnête marchand ne manquait de rien et ses affaires allaient déjà bon train. Moi et mon estomac nous sommes dit qu'une ou deux tranches manquantes n'auraient pas grande répercutions sur son gain en fin de journée... Heh. »

Faut bien vivre, que j'aurais presque pu ajouter. Je garde ça pour moi, conclu en étirant un peu plus le rictus à mes lèvres d'un quelque chose de plus espiègle. Ce n'est pas facile de trouver du travail ici, pas quand on est... Moi. Et je n'ai de toute manière que peu d'engouement à l'idée d'une vie de travail enfermé dans les allées sans fin d'une quelconque ville Européenne. Je chasse, je chaparde, je survis. Je voyage. Pas question de se sédentariser, ma recherche est déjà assez laborieuse sans ce genre de considérations.

« Donc garde ton argent. Je ne chasse pas à coup de cercles de métal, plutôt d'une main agile et discrète en ville, et de quelques connaissances de pistage une fois dans la nature. »

Je lui dit naturellement, et il serait légitime qu'elle se mette à craindre pour sa bourse. Mais j'ai le ventre rassasié et les poches pleines, alors je n'ai aucune raison de réitérer l'exercice jusqu'à nouvel ordre. Pour le moment plutôt, deviser sur la matière grise de marins bas du plafond qui aiment hurler à l'aide à la première bête exotique venue glisser entre leurs pattes. Un léger soupir pour suivre la réflexion de la dame.

« La connerie n'a ni de frontières ni de limites. J'en sais quelque chose. »

Sorte d'autodérision amère, celle qui parle de cet autre continent natal. Partout ils se croisent, les abrutis de tout bord. Pas de doute là-dessus. Bien heureusement, il existe des exceptions, des gens moins fermés, moins obtus, plus agréables à vivre. Elle semble en faire partie, cette femme aux cheveux de neige. Assez pour que j'aille m'amuser à donner un nom, puis en demander un en retour. Assez pour proposer ce bout de chemin qui serait éventuellement traversé non pas par deux mais quatre jambes. Et pour ça, un prétexte, une raison factice : des bandits à décourager. La vérité derrière les mots est différente, ou tout du moins la vérité des mots est-elle partielle, superficielle.

Puisqu'après tout, ils n'ont jamais été une réelle menace, ces criminels de bord de route.

« C'est entendu, alors. » Brève formule venue sceller la proposition des mots d'avant. « Tseh. Je m'en voudrais de changer ton itinéraire, et le mien est relativement... Flexible. Alors va pour le détour, Asya. »

Un peu plus de marche et de jours à dépenser, avant une destination qui n'en est pas une. Car aucune destination n'est définitive, dans mon périple : je viens, je cherche, je m'amuse, je pars. Peut-être un jour ne me contenterais-je pas de chercher. Je trouverais, par-dessus le marché. Mais je doute que ce soit pour demain la veille. Alors en attendant, un rire discret, mais franc, puis un regard vers la troisième créature.

« Un nom qui signifierait...? »

Phrase sans fin, question tacite sur la traduction de ce curieux nom. Au moins autant curieux que cette main tendue. Un naturel ouvert rare, trop rare, mais apprécié à sa juste valeur. Alors la main est saisie, sans plus de cérémonie. L'oreille est tendue, aussi. Pour des mots trop rares dans la bouche et l'esprit de bien des gens de ce monde. J'écoute, silencieux dans un premier temps, le regard fixe sur elle, scrutateur. Puis lorsqu'elle termine, un court silence, suivi d'une réponse.

« Si seulement ils pouvaient être plus nombreux à penser comme toi. » Or, la réalité est toute autre. Un réel fait de préjugés, d'idées bien arrêtées, de fausses vérités inculquées par les puissants. Et sûrement est-ce vrai aussi en cette terre qu'elle appelle Russie. « Que de nom. Un pays de l'Est ? Hm. Mouais, mis à part qu'il y fait froid comme tu dis... »

Mis à part ça j'en connais pas grand chose. Quelques informations glanées ici et là sur quelques unes de mes potentielles destinations, quand je le peux. Mais je n'en sais que trop peu sur cet Empire Russe. Peu, pour un pays de mémoire relativement vaste. Sauras-tu m'en apprendre plus sur tes terres d'origine, Asya ? Hm, les questions tomberont si l'envie m'en prend. Avant ça, une autre question : celle de ce voyage. Du tourisme qui n'en est pas. Ou alors, qui, finalement, s'avère en être vraiment. La question de ce « on » qui reste à la frontière de mes lèvres, sans que je ne l'explicite. Si elle n'en parle pas plus franchement, c'est qu'elle a ses raisons. Après tout, je ne suis pas énormément plus que cet homme à la peau plus sombre que la moyenne et le comportement plus jovial que beaucoup d'autres, qui propose sa compagnie et qui marche à côté d'elle depuis quelques minutes. Pas grand chose de plus, pas grand chose qui vienne justifier les mille et une confidences.

« Je vois. Au bon vieux temps, alors. »

Réponse banale, suivie d'une question qui l'est tout autant, et à la fois pas du tout. La question de ce « qui », que je recherche. Et quand elle se pose cette question, un bris. Quelque chose qui change sur le visage, dans l'échange. Le sourire se crispe l'espace d'une fraction de seconde, ma main se resserre doucement autour de la sienne, sans devenir douloureuse, sans que ce soit étendu. Juste une pression rapide, comme face à une surprise, un désagrément. Souvenirs, ressasse infinie de choses que je n'ai pas envie de dévoiler. Pas trop vite. Pas trop franchement.

« Disons qu'au-delà de la question de l'indiscrétion, il s'agirait d'attendre un petit peu avant de sauter les étapes. Il y a trente minutes je sauve la mise de ta bestiole, maintenant je t'accompagne, après je te dis ce que fais cet humble étranger sur votre continent... Parti comme ça, encore après tu me fais boire et je finis la journée avec une nuit oubliée, et un lendemain matin brumeux? »

Alors pour éviter de trop en dire trop rapidement, se cacher derrière la plaisanterie, derrière un jeu de sourires et de malice, de répliques équivoques. Tout, tout pourvu qu'il ne s'agisse pas d'aborder dés maintenant le cas de cet enfoiré. Lui il peut attendre, il a déjà attendu des années durant. Pour le moment, marcher, profiter, apprécier.

« Mais je retiens ton offre. Et si d'aventure les jours suivants se déroulent bien, j'imagine que je pourrais envisager d'aller plus loin et l'accepter. Mais avant ça...

C'est par où le bled où on va, déjà?
 »

Parce que c'est pas moi qui vais savoir, ça...


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MessageSujet: Re: [Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]   Sam 9 Déc - 12:23

Un étrange étirement des lippes aurait sans doute-t-il pu naître en une grimace certaine, si seulement l’étonnement avait été de mise. Toutefois, si le prix ne faisait guère la qualité, cela ne restait pas moins le plus grand critère de vente pour ces charlatans de vendeurs. Non pas que l’honnêteté se perdait peu à peu, mais force était d’avouer qu’il était aisé de tromper les voyageurs. D’ailleurs, s’il était ici question des marchands, la remarque n’en demeurait pas moins valable concernant les hommes dans leur ensemble. En l’état, si l’acte du vol n’était guère de ceux dont on pouvait se montrer fier, les circonstances ainsi que le refus d’obtenir remboursement contrebalançaient la piètre opinion brièvement transmise au cerveau. Or, l’éclaircissement dispensé – bien que non demandé – altérait quelque peu ces pensées, les rangeant ainsi de côté.

Coite, la jeune femme observait cette main se refermer lentement sur les quelques pièces. Etonnant sans réellement l’être, pensait-elle. Car si la blanche ne cautionnait guère la méthode, les remembrances d’un passé révolu indiquait que la survie était primordiale et ce, quel que soit la manière de l’assurer. Certes, quelques exceptions demeuraient. Cependant, le brigandage d’un prospère camelot n’entrait nullement dans ces critères.

Lentement, les sphères mordorées remontèrent en direction de la silhouette masculine. Aux premiers abords, certainement pourrait-on croire que l’attention fût portée sur l’homme d’ailleurs. Néanmoins, les apparences s’avéraient parfois trompeuses, notamment dans ce cas précis. Car si les prunelles semblaient effectivement toiser ce teint hâlé, celles-ci dégageaient une lueur inhabituelle. Pour ceux ne la connaissant pas, tout du moins. Subtil, suffisamment pour qu’un œil non averti ne le remarque pas, mais bel et bien présent ; une fois encore, Asya s’était perdue elle-même.

Prémices d’un clair-obscur naissant, engendré par l’ébauche d’un écho venu d’ailleurs. Indéniablement, cette mère autrefois intrépide conservait une infime trace de cette audace, bien que celle-ci prenait parfois une tout autre forme. Car elle avait appris à ses dépens, cette gardienne ; les humains n’étaient guère bienveillants dans leur majorité écrasante, se rapprochant des autres afin d’obtenir des services, pour mieux poignarder par la suite. En ressentaient-ils une satisfaction quelconque ? La question se posait, assurément. Une interrogation à laquelle la trentenaire n’avait encore trouvé nulle réponse. Y en avait-il seulement une ? Malgré tout, la mère était l’une de ces femmes qui ne bannissait pas les interactions avant même d’avoir tenté quoi que ce soit. Certains nommeraient cela « naïveté », tandis qu’elle, préférait simplement laisser le bénéfice du doute. Et Sans doute pourrait-on la qualifier de bonne poire, et probablement était-ce le cas, dans le fond. Mais la Marina savait pardonner, lorsque l’occasion s’en présentait. Et, selon ses propres convictions, le pardon nécessitait l’acquisition du non-jugement.

— Effectivement. Si tu ne veux pas finir derrière les barreaux, sans doute est-il préférable de se montrer discret en ville. D’autant plus qu’il y a de quoi faire dans la nature. Un soupir, bref. Certes, cela peut s’avérer être un exercice périlleux en fonction de l’emplacement, de la saison. Mais cela reste une solution alternative. Ça, et les petits boulots. Même si j’imagine qu’il est difficile d’en trouver lorsque l’on est étranger.

Ô société conservatrice, érigeant une barrière de cristal entre les citoyens et les autres. Quand elle le souhaitait, tout du moins. Car lorsqu'il était question de domination, tout cela n'avait plus la moindre importance, semblait-il. Des circonstances telles que la méfiance s’était instauré presque d’elle-même. Un accent, une couleur, une attitude, une apparence, et bien d’autres faits différenciant les hommes entre eux. Ainsi donc la sélection se faisait, à l’image d’un plafond translucide. La faute à l’époque, aux mœurs. Qu’importe la raison, les faits étaient ce qu’ils étaient.

— La connerie n’a ni frontière ni limite, en effet. Pas plus que la méfiance. « C’est pas comme nous, alors c’est bizarre. C’est pas normal. » Quelque chose comme ça. Et de la méfiance nait la haine.

Un sujet que la femme d’albâtre connaissait particulièrement bien, pour y avoir été confronté. La faute à ces mèches d’ivoire, ornant cette petite tête depuis la naissance. Parfois perçue comme une chose, un phénomène, un monstre. Parfois comprise. En outre, cela apportait tant la curiosité que la crainte. Et pourquoi pas un mélange des deux ? Dans tous les cas, il n’y avait nul doute concernant le fait que l’homme à la peau basanée inspirait la suspicion, notamment dans des lieux où, d’ordinaire, le derme se voulait davantage opalescent.

Les noisettes relevées d’un marron chaud se portèrent une nouvelle fois sur Amarok, cette fois bien conscientes de ce qui les entouraient ; il n’était plus question d’être pensive, mais bien d’assurer le contact entre les deux partenaires. Car s’ils ne l’étaient pas encore, cela ne saurait tarder. En un étirement bienveillant des lippes, la femme hocha la tête d’un mouvement approbateur, scellant par la même occasion l’accord tacite précédemment instauré entre eux.

— C’est parce qu’il est tel un enfant, oscillant entre l’audacieux et l’anxiété. Du genre qui ne supporte pas de rester en place plus de quelques minutes, tant la curiosité est omniprésente. Impétueux, impatient, indiscipliné, aussi. Un rire retenti alors, partiellement masqué par cette main. C’est aussi comme ça que j’imagine mon fils. C’était probablement l’une des raisons pour laquelle je l’ai affublé d’un tel nom. J’ai connu un Ilya durant mon enfance, la ressemblance dans le caractère est assez flagrante !

Un sourire s’installa sur ses traits, tandis que les mirettes se teintèrent d’une mélancolie certaine. La Russie, elle en revenait tout juste pourtant, se relançant une nouvelle fois dans ce pèlerinage précédemment échoué. Et quel échec… Mais quelque part, l’ancienne habitante ne pouvait s’y résoudre, d’abandonner sa terre natale. Incontestablement, la Leskov refusait l’idée-même de révéler cette honteuse vérité, quand bien même celle-ci s’avérait claire comme de l’eau de roche.

— C’est par là, suis-moi. Indiqua-t-elle rapidement, tandis qu’un doigt pointé vers les collines au loin accentuait le tout. Il parait que c’est un petit village adorable, avec quelques bâtiments relativement ancien… Disons que c’est un petit moment de détente avant de reprendre la route !

Aussitôt, la marche débuta, cette main toujours proche de la sienne. Dans la joie et la bonne humeur, pourrait-on dire. Car tel était le cas. Une ambiance presque bonne enfant, comme la femme des glaces n’en avait guère eu depuis quelques années. Toutefois, la crispation d’un ensemble de doigts fût ressentie, engendrant un bref regard vers ceux-ci. Inquisiteur, sans doute l’était-il, en effet. Néanmoins, contrairement à ses habitudes, la mère décida de ne pas surenchérir. Pas pour le moment. Plus tard, peut-être. Plus tard.

— Il y fait froid, en effet. Imagine des multitudes de forêts couvertes d’un manteau de neige, s’étendant à perte de vue. Des villages au sol de pavés, des échoppes dont la lumière perce par-delà la fenêtre, la couche de brouillard, et ce perceptible depuis l’extérieur. Derrière la porte, des verres qui se percutent au rythme des chants traditionnels, des rires, des discussions bruyantes. Puis le bruit d’une clochette qui sonne, lorsqu’on y entre, alléché par cette sensation chaleureuse qui s’en dégage. Rêveuse, assurément l’était-elle. Tant est si bien que la gestuelle se mit en route presque machinalement, ouvrant les bras, mimant les différentes actions. Un peu comme le ferait une enfant.

— Qui sait, on sera peut-être amené à boire un verre. Pourquoi pas ? Cela nous donnerait l’occasion de discuter dans un coin bien au chaud, en tout cas. Par contre, oublie cette histoire de nuit. A ces mots, une paire de doigts s’approchèrent de la joue brunâtre du garçon, cherchant à la pincer affectueusement. T’as des allures de mioche avec cette bouille. Je suis certaine que tu ne rentres pas dans mes critères de potentiels partenaires ! Mais bon, qui sait, tu trouveras peut-être une minette de ton âge à la taverne ou l’on s’arrêtera, hm ?

Une fois de plus, Asya riait de bon cœur, taquine qu'elle était. Cette proposition de voyage commun était sans le moindre doute une idée. Et s’il était vrai que la perspective originelle s’inscrivait en une excursion solitaire, cherchant cette quiétude, obligeant à ressasser la détresse d’un disparu, le fait que cet homme la rejoigne donnait un aspect plus léger à la manœuvre. Et, quelque part, certainement était-ce mieux comme cela.


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[Fin Février 1755] A l'aube du changement [PV : Amarok]

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